Une Guinéenne fait face à l'expulsion

La Guinéenne Sayon Camara, qui s'est vu refuser le statut de réfugiée et de résidente permanente, fera face à son expulsion, aujourd'hui, même si elle craint pour sa vie, a-t-elle fait savoir, hier.

La femme enceinte de 24 semaines et atteinte du diabète de type deux a lancé, hier, un ultime cri du coeur au ministre de la Citoyenneté, de l'Immigration et du Multiculturalisme, Jason Kenney, et au ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, afin qu'ils sursoient à la décision de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié de la chasser hors du pays. «Je demande à monsieur le ministre de m'aider. Je veux vivre aux côtés de mon mari [et] j'ai peur de perdre mon bébé, à mon âge», a affirmé Sayon Camara.

La femme âgée de 42 ans n'entendait pas défier l'ordre d'expulsion, malgré le cri d'alarme poussé par une poignée de médecins sur les risques qu'elle court si elle est suivie médicalement en Guinée Conakry. Pourtant, elle avait fait faux bond, le 19 février dernier, alors qu'elle devait être expulsée. Son type de grossesse nécessite un suivi particulier, inenvisageable en Guinée, selon la Dre Fanny Hersson-Edery. «Il y a des risques réels d'une mort intra-utérine et de malformations. Après l'accouchement, le bébé pourrait avoir des chutes de sucre qui pourraient entraîner des séquelles neurologiques à long terme», estime-t-elle. «Si elle rentre en Guinée, il y a de très fortes chances qu'elle perde le bébé et qu'elle puisse mourir», a renchéri son avocat, Stewart Istvanffy. «En Guinée, les soins médicaux sont inexistants. Les Guinéens vont se soigner dans les pays limitrophes», a pour sa part fait remarquer son mari, Abdul Sow, qui est établi au Canada depuis 14 ans.

Sayon Camara a promis d'être présente au comptoir de l'Agence des services frontaliers de l'aéroport Montréal-Trudeau sur le coup de 11h. Son vol est pour sa part fixé à 14h. Placée en détention depuis vendredi dernier, Mme Camara s'est dite néanmoins «un peu soulagée» d'être remise en liberté 24 heures avant son expulsion. Mais les prochaines heures s'annoncent difficiles. Elle craint notamment des représailles des proches de son ex-mari, aujourd'hui mort, et d'être emprisonnée. «C'est à cause de moi que mon mari est décédé», a-t-elle laissé tomber sans expliquer en détail les circonstances de sa fuite de Conakry en 2006. «La famille la tient responsable de la mort de cet homme-là [dont elle était la troisième femme]», a fait savoir Denise Côté du Mouvement contre le viol et l'inceste. «Elle a été brutalisée. Elle a des cicatrices. Elle a une brûlure au fer à repasser, mais [les autorités] continuent de dire que ce n'est pas vrai.»
4 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 avril 2010 09 h 19

    "Une poignée de medecins"

    Ce que j'aimerais que Le Devoir nous sorte c'est pas la cassette de l'immigrante illégale, qu'on connait par coeur, mais plutot la facture. Combien cette dame, qu'on n'a nullement besoin pour l'économie de notre pays, a couté aux contribuables?
    Pourquoi les fonctionnaires sont menottés?
    Pourquoi que ce sont toujours les mêmes groupes qui défendent ce type d'illégales

    Québec

  • Martin Dufresne - Inscrit 27 avril 2010 10 h 37

    Madame Sow ne doit pas être déportée - Faites-vous entendre SVP!

    Toews.V@parl.gc.ca
    Kenney.J@parl.gc.ca
    MM. Toews et Kenney,
    Vous seuls pouvez encore empêcher la déportation inique d'une femme dont votre gouvernement refuse de reconnaître le mariage et dont la grossesse est compromise par son embarquement forcé pour la Guinée aujourd'hui, un pays où elle a subi de la violence sexuelle.
    Si Mme Sayon Camara Sow est ainsi chassée du Canada malgré ses mérites, ce sera la preuve de l'intolérance croissante dont fait preuve le Canada et qui discrédite votre gouvernement auprès de l'électorat et sur la scène internationale.
    Posez un geste d'équité et annulez sans délai la déportation de Mme Sow, s'il-vous-plaît.

  • 666 - Inscrit 27 avril 2010 13 h 00

    Cachette

    Quand on est dans son droit,on affronte ceux qui nous accusent.
    Le fait de se cacher nous demontrent qu'il y a anguille sous roche.

  • Le Voyageur - Inscrite 27 avril 2010 13 h 29

    Cri d'alarme

    La question que je me pose en tant que citoyenne canadienne : pourquoi le gouvernement a-t-il refusé de lui offrir un statut de réfugiée s'il savait que cette femme a subi de violents sévices sexuelles dans son propre pays? Mais quels sont les critères pour recevoir un statut de réfugié? La Guinée, c'est connu, est un pays d'Afrique dirigé par la junte millitaire, qui réprime donc toute opposition. Mais cela ne suffit-il pas donc?
    Et le gouvernement est prêt à déporter cette pauvre femme enceinte qui souffre du diabète, et qui pourrait perdre sa vie là-bas en donnant naissance à un enfant malade dans des conditions indécentes? Je trouve que ça n'a aucun sens, vu le cas extrême de Mme Sow. Je commence à sentir de plus en plus les fantômes racistes du gouvernement conservateur, surtout envers les Arabes et les Noirs (le cas de Mme Souad Huagi Muhammad revient en écho dans ma tête).

    Ceux qui diront que cette femme profite de notre système en voulant accoucher au Canada ne savent pas faire preuve de discernement entre chaque affaire. Bien sûr, il existe beaucoup de cas malhonnêtes (comme les faux passeports canadiens de quelques Libanais), mais ici, il s'agit de Mme Sow qui a voulu fuir une famille opressante et qui risquerait la mort si elle retournerait en Guinée. Et dans ce contexte, notre gouvernement est son seul espoir.

    Bon courage Mme Sow! Nous sommes avec vous.