Une cohabitation impossible ? - Le débat sur la laïcité soulève des passions

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Marc Gold, président sortant du Combined Jewish Appeal
Photo: Le Devoir Marc Gold, président sortant du Combined Jewish Appeal

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À l'heure où la laïcité s'immisce dans les lois, où l'actualité est marquée par divers scandales, des garderies confessionnelles à l'aménagement du calendrier scolaire, on arrive aujourd'hui à se poser la question de la compatibilité entre judaïsme et laïcité: s'agit-il de deux réalités antagonistes? Notre société, actuellement traversée par un mouvement de revendication laïque, évolue-t-elle vers une plus grande intolérance envers les communautés religieuses? À l'inverse, est-il possible de vivre dans une société laïque tout en restant attaché aux traditions d'une communauté et d'un enseignement religieux?

Force est de constater que la grogne monte des deux cotés, tant chez les partisans de la laïcité que chez les communautés qui se sentent menacées. Les partisans de l'adoption d'une charte de la laïcité ou de l'affirmation du principe de laïcité dans la Charte des droits et libertés du Québec veulent poursuivre le mouvement de sécularisation amorcé dans les années 60 et bousculer le modèle de laïcité «ouverte» aux communautés pour privilégier une laïcité normative à la française.

De l'autre coté, c'est l'inquiétude: Marc Gold, président sortant du Combined Jewish Appeal, coprésident de la Fondation pour la tolérance et professeur adjoint à la Faculté de droit de l'Université McGill, souligne l'inquiétude de la communauté juive à propos de la tendance actuelle: «C'est très troublant, ce qui se passe au Québec en ce moment. C'est difficile et douloureux de lire tous les jours des réactions hostiles, méfiantes envers notre communauté. Beaucoup de membres de la communauté juive se sentent mal à l'aise et ciblés.»

Communauté complexe

Selon lui, ce sentiment de menace est injuste: «Ça fait 250 ans que la communauté juive est établie au Québec. On fait partie du patrimoine québécois. Nous ne sommes pas des nouveaux arrivants qui veulent tout changer.»

Tout en insistant sur le fait que parler de LA communauté juive est réducteur et ne tient pas compte de la diversité des 90 000 individus qui partagent cette religion à Montréal, Marc Gold tient à réfuter le cliché de la communauté fermée sur elle-même, qui refuse de s'adapter: «Pendant des siècles, le peuple juif s'est trouvé dans des sociétés d'accueil. Pour des raisons pratiques, stratégiques, on accepte les lois du pays d'accueil. C'est écrit dans le Talmud: la loi du pays doit être respectée. Dans toute société démocratique, il y a des limites à ne pas dépasser et il faut accepter ces limites.»

Il lie également la situation actuelle à une histoire du peuple juif, plus ancienne, et souligne la place de la question de l'intégration pour cette communauté: «Compte tenu de notre expérience des diasporas, nous avons quelque chose à apporter au Québec, nous avons une expérience de vivre avec les autres, de s'ajuster aux autres.»

Tolérance

La balle n'est donc pas dans un seul camp: il y a, d'un côté, un effort d'adaptation et de respect des lois du pays et, de l'autre coté, un travail de tolérance qui doit passer par l'éducation. C'est notamment le but de la Fondation pour la tolérance, dont il est le coprésident: «Cette fondation travaille avec les jeunes et les encourage à s'exprimer sur les enjeux qui les préoccupent, y compris le "taxage" ou l'homophobie. Il s'agit d'explorer les liens entre les actes discriminatoires, les préjugés et les souffrances provoquées, pour apprendre à vivre ensemble dans une société de plus en plus diverse.»

C'est en rappelant la souffrance provoquée par un discours d'exclusion qu'il met en garde contre une dérive: «Nous sommes une minorité dans une société minoritaire, en proie à un réflexe de protection devant des immigrants. Mais, quand le monde a peur, c'est facile d'invoquer l'autre, l'étranger, qui devient le symbole des craintes.»

Tous les pays du monde ne connaissent-ils pas des conflits entre une majorité et des minorités? Reste à savoir de quelle manière il faut régler ces conflits, en retenant si possible les leçons de l'Histoire et en apprenant des réussites et des erreurs passées: «Une société ouverte, démocratique, pluraliste, qui respecte l'égalité hommes-femmes et les différentes religions: ce sont les conditions gagnantes d'une société.»

Il rappelle l'histoire du Québec, qui a été l'histoire d'un partage, d'un apprentissage à vivre ensemble: «Quand on voit comment d'autres pays ont géré leurs propres minorités, le Québec peut être fier de la façon dont il a réglé ses problèmes, même si, bien sûr, il y a des tensions. Je comprends qu'on défende une laïcité pure et dure, je respecte ceux qui ont fait la grande bataille de la laïcité, mais, selon moi, ce n'est pas la vision de la société la plus appropriée, compte tenu de notre histoire, de nos valeurs. Il faut être conscient de nos traditions et fidèle à notre histoire. Il ne faut pas être tenté d'incorporer un modèle qui est le produit d'une tradition différente.»

Neutralité de l'État

Et, pour garder cet équilibre difficile mais nécessaire, la seule solution pour lui est la neutralité de l'État: «Tout ce que je demande, c'est que l'État ne fasse pas la promotion d'une religion par rapport à une autre: d'une religion de la laïcité, encore plus rigide, qui ne laisse aucune place à la liberté. Si un professeur ou un médecin fait son travail correctement et ne fait pas la promotion de sa religion, ça ne me dérange pas qu'il porte une croix, une kippa ou un turban. La laïcité ouverte comprend le droit de s'habiller comme on veut et tout le monde a le droit de s'exprimer à travers la manière dont il s'habille.»

Il faut donc marquer la différence, selon lui, entre un réel débat autour de la place de la religion dans la société et une série de scandales médiatisés et utilisés à des fins politiques. Pour quitter le terrain des réactions passionnées et stériles, Marc Gold appelle à un débat: «Sans leadership politique sur la question, le terrain se laisse combler par des discours partisans. Nous avons besoin d'un vrai débat sur la place de la religion dans la société. On doit mettre sur la table les enjeux et les choix que nous devons faire, en discuter de façon moins idéologique et moins partisane, pas sur le dos des symboles religieux et des étrangers.»

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Collaboratrice du Devoir
6 commentaires
  • Democrite101 - Inscrit 24 avril 2010 09 h 46

    L'agresseur est la religion, et sa victime désignée la société civile

    À monsieur Marc Gold

    Ne renversons pas les rôles d'agresseurs et de victimes. Ce n'est pas les laïcistes qui attaquent les croyants, ni même les croyants qui attaquent les agnostiques, athées ou laïcistes. Curieusement, les personnes ne sont guère en cause.

    Ce sont les organisations, étatiques ou privées (Églises, sectes et autres organisations religieuses sectaires) qui veulent phagocyter l'espace public en petits espaces religieux, ou religioser la vie nationale commune.

    Ne pouvant instaurer un État théocratique, ils se limitent à vouloir infuser dans la société civile leur credo mythomane, leurs prescriptions morales d'un autre âge et diverses bizarreries rituelles à tout l'espace public ou à l'une de ses parties (territoires ou institutions).

    Comme la quasi totalité des croyants du Québec sont de bons et honnêtes citoyens, nul doute qu'ils souhaitent la paix idéologique et culturelle pour tous dans cette province.

    Nul doute qu'ils sont las des critiques féroces, dures et méritées que leur religion reçoit du monde entier. J'ai pour eux la solution: sous forme de 10 commandements «Rendez à César ce qui est à César». Et César aujourd'hui est démocrate.

    Pour faire vite, monsieur Gold, voici que ce que je demande aux croyants et ce que je souhaite voir réussir par les laïcistes. En clair, acceptez de bon coeur ce qui suit:

    Les 10 nouveaux commandements pour les croyants québécois:

    1. Un dédommagement substantiel aux victimes des vos prêtres.

    2. Une charte de la laïcité rédigée par les laïcistes.

    3. Le retrait de la partie «culture religieuse» du cours d'Éthique.

    4. L'arrêt de tout enseignement religieux (car pédophilique) aux moins de 18 ans.

    5. Le retrait de tout symbole religieux dans tout espace public et à tout préposé au public.

    6. L'interdiction de tout signe religieux (du foulard à la burka) qui identifie un sexe à une religion.

    7. La fin de toute marque dans l'espace public indiquant un espace religieux.

    8. La concentration de toute manifestation de croyances à l'intérieur de lieux privés (domicile et lieux de culte traditionnels).

    9. L'acceptation de la philosophie des Lumières dans les écoles, tant publiques que privées, pour faire de chaque enfant en formation un citoyen égal et convivial avec tous les autres.

    10. La rentrée de toutes les organisations religieuses dans l'espace juridique commun, telle la loi des compagnies pour les Églises afin de payer ses impôts comme tout le monde, et la renonciation à tout privilège fiscal pour toute organisation religieuse.

    Ainsi, la lutte des Lumières contre les religions cessera car nous serons tous devenus des citoyens partageant la même philosophie politique pour soutenir et faire vivre une démocratie paisible.


    À tous les Juifs qui ont tant souffert, je demande d'appuyer le laïciste le plus rigoureux pour que ne se répète jamais les exactions ignobles dont fut victime le peuple juif ces derniers 2000 ans justement parce que la philosophie des Lumières n'existait pas ou était combattu par toutes les armes sadiques de la répression des États de droit divin.

    Moi qui suis pro-Juif, mais non sioniste, pro-Palestinien mais non islamiste, j'en appelle à la philosophie des Lumières, la seule qui donna aux Juifs la vraie paix, leur remarquable prospérité et sécurité qu'ils ont à New York et à Montréal.

    Elle est solide la Philosophie des lumières, laïciste, citoyenne, créée par Thomas Jefferson et des dizaines d'autres penseurs-hommes d'action. C'est cette voie qui nous sauve tous. Le salut pour notre amitié politique (Cicéron) aujourd'hui appelée amitié citoyenne est à ce prix.

    Alors je demande aux Juifs, si confortés dans leur sécurité présente en Occident aujourd'hui, de s'unir aux laïcistes les plus rigoureux pour que des hommes comme Einstein, Freud, Woody Allen et des milliers d'autres inondent le monde entier de leur génie bienfaisant. Ce n'est pas de la religion que cela, c'est de la philosophie rationaliste et raisonnable, confirmée en ses succès humanistes par l'Histoire.

    Longue vie à nos amis juifs.

    Jacques Légaré, né 1948...) athée pur et dur, ph.d. en philosophie politique
    Professeur (retraité) d'Histoire, d'Économique et de Philosophie.

  • René Girard - Inscrit 24 avril 2010 21 h 12

    Que de propos malveillants envers la laïcité!

    L'auteur de cet article, monsieur Kettani, nous propose à sa manière une distinction entre laïcité rigide et laïcité 'ouverte'. La première, selon lui, veut "poursuivre le mouvement de sécularisation amorcé dans les années 60 [sic] et bousculer le modèle de laïcité ouverte 'ouverte' aux communautés pour privilégier une laïcité normative à la française". Cette phrase est tendancieuse et fallacieuse car elle laisse entendre que le modèle de laïcité 'ouverte' était déjà présent depuis les années '60 pour qu'il faille que le mouvement de sécularisation le 'bouscule'. Or le concept de laïcité 'ouverte' ne sera proposé et débattu que lors des audiences de la Commission Bouchard-Taylor, il n'y a de cela que 3 ans. Dans l'actualité il n'est aucunement question d'un tel débat avant cela. Alors il est faux de prétendre que le mouvement de sécularisation venait bousculer un modèle de laïcité 'ouverte' qui n'existait pas avant les années 2000. C'est plutôt l'inverse qui s'est passé, c'est le mouvement mis en place par le lobby religieux formé des facultés de théologie, des sciences religieuses, de la sociologie des religions et du Secrétariat aux Affaires Religieuses qui sont à l'origine de ce désir de remplacer la laïcité par un retour du religieux dans nos institutions publiques.

    Ensuite, la laïcité a le dos large alors que l'auteur lui attribue les propos de son interlocuteur Marc Gold qui, pourtant, ne mentionne pas la laïcité comme étant la cause des "réactions hostiles, méfiantes envers notre communauté. Beaucoup de membres de la communauté juive se sentent mal à l'aise et ciblés". Ces réactions ne peuvent certainement pas être attribuées à la laïcité qui elle n'entend aucunement "brimer la liberté de religion de quiconque" comme nous le rappelle les signataires de la Déclaration des Intellectuels pour la laïcité, comme nous le rappelle aussi le Collectif Citoyen pour l'Égalité et la Laïcité et aussi le Mouvement Laïque Québécois. Alors si des "réactions hostiles et méfiantes" sont tenues vis-à-vis la communauté juive ce n'est pas du côté de la laïcité qu'il faut chercher.

    Quand monsieur Marc Gold parle de la laïcité c'est pour la confondre avec la religion : "Tout ce que je demande, c'est que l'État ne fasse pas la promotion d'une religion par rapport à une autre : d'une religion de la laïcité, encore plus rigide, qui ne laisse aucune place à la liberté". Qu'entend-il par 'encore plus rigide'? Plus rigide que les autres religions? Si la laïcité entendu dans son vrai sens, qui n'est ni une doctrine, ni une religion avec des dogmes, des rituels, des interdits, des péchés, des fautes punies par un dieu 'bon' si, dis-je, la laïcité ne cherche nullement à "brimer la liberté de religion de quiconque" de quoi parlez-vous quand vous parlez d'une religion de la laïcité? De quelle laïcité parlez-vous quand vous dites qu'elle ne laisse aucune place à la liberté? Ce n'est certainement pas de celle qui favorise le pluralisme. Ne serait-ce pas plutôt de celle qui favorise la ghettoïsation par le multiculturalisme ou l'interculturalisme? cette laïcité 'ouverte' qui veut accorder de plus en plus de place aux religions dans l'espace public avec tout ce que cela comporte de négation des libertés fondamentales et universelles? cette laïcité ouverte qui est une véritable fermeture à la démocratie et à l'égalité hommes-femmes. Cette laïcité ouverte qui ouvre la porte aux islamistes radicaux qui n'ont de cesse de proclamer que seule leur religion devrait exister, qui pourchassent les homosexuels, les sans-dieu et qui est un véritable fléau dans nos sociétés modernes par trop laxistes? Oui c'est bien d'elle qu'il s'agit.

    Enfin, je souligne une contradiction qui est également une aberration dans le propos de l'interlocuteur Gold, "Si un professeur ou un médecin fait son travail correctement et ne fait pas la promotion de sa religion, ça ne me dérange pas qu'il porte une croix, une kippa ou un turban. La laïcité ouverte comprend le droit de s'habiller comme on veut et tout le monde a le droit de s'exprimer à travers la manière dont il s'habille." Que veut dire 'le droit de s'exprimer à travers la manière dont il s'habille' si ce n'est faire la promotion d'une religion, cela même qu'il demande à l'État de ne pas faire comme il le dit plus haut. S'il le demande pour l'État qui plus est il devrait le demander pour l'individu, citoyen de cet État.

    Ainsi donc tout l'article est une attaque en règle contre la laïcité, une attaque insidieuse contre les libertés fondamentales et contre la démocratie. Cet article entend faire la promotion de la laïcité ouverte aux religions, source de disputes interminables où chacune voudra avoir droit au chapitre.

    Cette ouverture aux religions qu'est la laïcité ouverte est une véritable source de division qui ne fera qu'exacerber les tensions entre les religions au lieu qu'une laïcité entendue dans le sens où elle doit l'être est une source de paix sociale car elle empêcherait sûrement mieux les confrontations entre les religions. Celles-ci maintenues en dehors des lieux publics neutraliseraient leurs haines mutuelles et l'harmonie serait créée.

    Que le gouvernement cesse donc une fois pour toutes d'écouter les lobbys religieux qui tirent la couverture de leur bord en faisant fi de la liberté des incroyants qu'ils considèrent comme des nuisances dans la société alors qu'une saine démocratie fait de la place pour tout le monde. Mais comment faire comprendre cela à des gens qui se croient investis d'une mission du très-haut. Des gens qui s'imaginent qu'ils possèdent seuls la vérité. Ne nous laissons pas diriger par ces pourfendeurs de la liberté que sont les défenseurs de la laïcité ouverte qui est tout le contraire de la laïcité. Cette laïcité ouverte aux religions qui est, redisons-le, une véritable fermeture à la démocratie.

  • Lise Boivin - Abonnée 2 mai 2010 15 h 46

    Deux, trois petits détails

    Monsieur Girard a dit l'essentiel à propos de cet article. Je n'y ajoute qu'un ou deux détails.
    D'abord, il n'est jamais question d'intégrisme dans cet article, il n'y a que la laïcité qui soit pure et dure.
    On dit de la laïcité ouverte qu'elle est ouverte aux communautés plutôt qu'aux religions.
    Sur le droit de s'habiller comme ont veut, on oublie de mentionner qu'il y a des codes vestimentaires dans la plupart des milieux de travail et, très souvent, dans les lieux de loisirs ou de culture.
    Monsieur Girard a raison et cet article est tendancieux et fallacieux, sinon il est terriblement irréfléchi et pauvrement documenté. Dans un cas l'attaque est volontaire, dans l'autre, c'est l'ignorance qui fait son mal, comme toujours.

  • Jacques Légaré - Inscrit 9 mai 2010 17 h 18

    La dernière fièvre religieuse est leur chant du cygne

    Messieurs Girard et La Rivière ont parfaitement raison.

    Ils disent clairement ce que devraient entendre ceux dont la religion arriérée a bouché partiellement les oreilles.

    Je dis «partiellement», car depuis 300 ans la philosophie des Lumières les a éduqués tant soit peu et leur a enlevé pinces et bûchers...

    Nous leur souhaitons de continuer leur éducation moderne pour nous rejoindre dans l'amitié citoyenne.


    Bravo à tous les laïcistes.

    Disons-le haut et fort: les archaïques ne passeront pas.

    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique

  • novis - Inscrit 23 mai 2010 18 h 32

    laïcité intégrale - catéchisme de l'athée?

    C'est difficile pour un croyant de concevoir que la négation de l'existence de Dieu (ou une ambivalence face à elle) puisse être neutre ou bienveillante envers les religions. Quoi qu'en disent les manifestes pour une laïcité intégrale qu'on a vu poindre, comme celui du MLQ, en ce qui me concerne ça ne passe pas. À la limite je préférerais une formulation où on affirme l'athéisme de l'État, et sa tolérance envers les religions... ce serait moins hypocrite que de prétendre à une neutralité bienveillante. Cette hypocrisie-là me paraît très inquiétante. Et puis il n'y a qu'à lire les 10 commandements de M. Légaré pour voir toute la bienveillance qu'on nous réserve. Confiner la religion à la sphère privée est un non-sens, et c'est de la démagogie (par définition; la religion implique des regroupements dans un espace public).

    À mon sens, l'événement historique qu'on traverse, ce n'est pas tant la montée des "intégrismes religieux", que l'affirmation d'une majorité athée, parfois assez intolérante. À tel point que toute religiosité est dépeinte comme entachée d'intégrisme (tout ça n'empêche pas qu'il y ait également de l'intégrisme religieux, bien entendu).

    Le credo de ma religion chrétienne est basé sur l'affirmation de l'amour, et le début de la 2ème épître de Pierre en résume merveilleusement toute l'énergie et toute la beauté. On n'a pas besoin d'énumérer l'incroyable créativité qui en a émané pendant 2000 ans. Où est mentionné l'amour dans le credo laïque?

    En terminant, une petite réflexion pour mes amis athées ambivalents. Demain matin un bonhomme déprimé décide de mettre fin à sa déprime et à celle des autres: appuyer sur le bouton rouge et zigouiller l'humanité. Scénario un peu farfelu, mais pas tout à fait impossible. Bilan universel, d'un point de vue athée? Zéro. Ça a du sens, selon vous? Il se trouve que la religion interdit ça noir sur blanc, alors que l'athéisme... je ne sais pas trop. Je préfère donc qu'il y ait des religieux autour de moi, y compris dans l'univers politique.

    p.s. les arguments apportés ici par M. Girard quant à la laïcité ouverte depuis les années 60 semblent éluder le fait que la législation actuelle, découlant de ces années, est quand même nettement plus proche d'une laïcité ouverte que de la laïcité intégrale (que ces termes aient existé ou non dans le passé).

    p.p.s. je ne suis pas dupe quant à l'aspect politique de toute cette affaire (ironique n'est-ce pas, pour des gens qui clament la pureté du détachement politique?). Le PQ semble vouloir ériger une charte de laïcité intégrale, faisant écho à la montée de l'athéisme, probablement dans le but de démontrer qu'elle est irréalisable au Canada. Je suis souverainiste, mais si on nous présente un projet de souveraineté basé sur cette astuce, je passerai mon tour. Et mon vote est égal au vôtre.