Études urbaines - Ce que sont les villes devenues

Assïa Kettani Collaboration spéciale
«Les récents événements à Montréal-Nord ont interpellé les chercheurs», précise Anne-Marie Séguin, professeure à l’INRS. Celle-ci est entourée d’une partie de l’équipe de Villes Régions Monde, dont Jean-Pierre Collin, et (à droite de Mme Séguin) d’Anne-Claude Labrecque, Marie-Ève Lafortune et Valérie Vincent.
Photo: Cindy Rojas «Les récents événements à Montréal-Nord ont interpellé les chercheurs», précise Anne-Marie Séguin, professeure à l’INRS. Celle-ci est entourée d’une partie de l’équipe de Villes Régions Monde, dont Jean-Pierre Collin, et (à droite de Mme Séguin) d’Anne-Claude Labrecque, Marie-Ève Lafortune et Valérie Vincent.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Regroupant 58 membres issus des neuf universités québécoises, Villes Régions Monde (VRM) est un réseau de chercheurs réunis dans l'optique de développer des projets communs et de diffuser les résultats de recherches en études urbaines et régionales.

Le terme «études urbaines» est composite et rassemble de nombreuses disciplines, parmi lesquelles figurent la sociologie, la géographie, les sciences politiques, l'urbanisme, l'architecture, l'économie et l'histoire: le point commun de toutes les recherches est l'intérêt pour tout ce qui touche à la ville et à l'organisation territoriale.

Au coeur du projet, le site Internet VRM, véritable plateforme de diffusion des travaux de recherche, compte plus de 1000 références, des tex-tes, des rapports, des actes de colloques, des capsules thématiques ou encore des mémoires et des thè-ses. À côté de ces recherches diffusées, VRM se présente comme un lieu de réseautage destiné aux chercheurs et organise chaque année des débats, des tables rondes, des lancements de livres et des colloques.

Cet effort de diffusion permet de sortir du milieu universitaire pour rejoindre d'autres acteurs qui travaillent sur le terrain, notamment les municipalités, les ministères ou les regroupements communautaires: «Nous créons un pont entre la recherche et les milieux politiques. Nous voulons connaître ce qui les intéresse, ce à quoi ils sont confrontés, et vice-versa, nous voulons leur faire connaître nos travaux», explique Valérie Vincent, coordonnatrice à VRM. «VRM est aussi utile pour les étudiants et les chercheurs que pour les collectivités.»

Liens urbains

Le réseau Villes Régions Monde comporte un important volet de recherche axé sur la ville de Montréal, mais, comme son nom l'indique, il s'ouvre aussi sur les régions et sur les autres villes du monde. «Les recherches sur des villes comme Trois-Rivières ou Sherbrooke sont foisonnantes, de même que sur l'économie régionale de petits milieux tels que Saint-Hyacinthe», précise Geneviève Cloutier, assistante de recherche à VRM. De même, les villes étrangères seront à l'honneur dans deux événements organisés par le réseau aux mois de mai et juin 2010, soit le Forum sur les méthodologies innovantes et le Symposium VRM des études urbaines: le Vietnam, la France, l'Allemagne ou encore l'Amérique latine permettront aux chercheurs d'adopter une démarche comparatiste et de tisser des liens entre différentes villes.

Au coeur des préoccupations et des enjeux d'actualité, les recherches viennent donc prendre le pouls des municipalités pour se consacrer aux thèmes cruciaux de la vie urbaine, comme l'étalement urbain, le développement durable, les transports, l'immigration et la gestion de la diversité ou encore la division sociale des villes et les problématiques de ségrégation qui en découlent. «Les récents événements à Montréal-Nord, par exemple, ont interpellé les chercheurs», précise Anne-Marie Séguin, professeure à l'Institut national de la recherche scientifique-Urbanisation, culture et société. Le vieillissement de la population, enjeu qui sera amené à prendre de l'ampleur, nous pousse à «repenser les villes», poursuit-elle: alors que la population vieillissante sera amenée à aller vers la périphérie, celles-ci ont été conçues pour de jeunes familles, fortement motorisées et en forme. «Il faut réfléchir à la transformation du cadre bâti pour répondre au vieillissement de la population.»

Méthodologies innovantes

C'est dans cette perspective que VRM organise cette année sa deuxième édition du Forum sur les méthodologies innovantes, qui aura lieu du 19 au 21 mai et qui portera sur les nouveaux lotissements résidentiels dans différentes métropoles du monde. Les intervenants seront amenés à s'interroger sur la question suivante: ces nouveaux lotissements répondent-ils à des logiques d'intégration au reste de la ville ou à des logiques de sécession?

Anne-Marie Séguin, responsable de l'organisation de cet événement, présentera les résultats préliminaires de ses travaux en cours sur les gated communities, ou quartiers résidentiels fermés: ces lotissements fermés par des clôtures ou des remblais, véritables enclaves à l'intérieur des villes, ont connu une prolifération depuis deux décennies un peu partout dans

le monde.

Nés au États-Unis, ces lotissements se développent dans les pays en voie de développement, en Chine et en Amérique latine. Pourtant, «les Montréalais boudent les gated communities», explique Anne-Marie Séguin. Elle se penche sur les facteurs sociaux, politiques ou culturels qui expliquent cette différence marquée avec de nombreuses autres régions du monde, y compris plusieurs provinces canadiennes telles que la Colombie-Britannique: «Alors qu'aux États-Unis les publicités immobilières font valoir le côté fermé, sécuritaire et sélectif de ces lotissements, les publicités immobilières au Québec insistent au contraire sur la proximité du centre-ville, des parcs ou des pistes cyclables. Les Québécois sont très attachés au centre-ville et aux services publics: ce sont des pratiques de consommation différentes.»

En juin

Alors que ce réseau fête cette année ses dix ans d'existence, le symposium organisé du 6 au 11 juin 2010 aura pour mission de revenir sur dix années de recherche, de dresser le bilan et d'ouvrir de nouvelles perspectives.

Le symposium s'attachera essentiellement à retracer les réflexions liées aux quatre grands axes de recherche qui structurent les études urbaines. Après une première journée consacrée à l'action publique et à la transformation des institutions, la deuxième journée du colloque ciblera la société civile, les dynamiques sociales et les pratiques territoriales, volet de recherche tourné vers l'immigration et la diversité culturelle: «Les études s'intéressant au portrait économique de l'immigration au Québec font toutes ressortir un important contraste caractéristique de la situation des immigrants récents: ces derniers sont généralement plus scolarisés que les natifs du Québec, mais aussi plus pauvres», explique à ce sujet Geneviève Cloutier, chargée de l'organisation de cet événement.

La troisième journée sera consacrée aux enjeux de la recomposition économique et des infrastructures, axe de recherche orienté vers l'activité économique et la contribution des acteurs locaux. Enfin, la quatrième journée portera sur les usages, les représentations et la requalification des milieux bâtis et naturels et mettra en lumière les recherches sur l'évolution des environnements urbains, ruraux ou naturels, ainsi que sur l'impact positif ou négatif de l'activité humaine sur ces milieux.

Selon Geneviève Cloutier, le bilan s'annonce positif: «Il y a eu énormément de matériel produit par les chercheurs qui travaillent sur les études urbaines.» Selon Valérie Vincent, le symposium sera l'occasion de «montrer qu'en dix ans VRM a réussi à se faire une place, à prouver sa pertinence scientifique».

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Collaboratrice du Devoir