À l'Université du Québec à Trois-Rivières - Le Saint-Laurent est un fleuve à l'avenir incertain

Gwenaëlle Reyt Collaboration spéciale
Coucher de soleil sur le Saint-Laurent
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Coucher de soleil sur le Saint-Laurent

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le centre de recherche pour l'étude intégrée des bassins versants et des écosystèmes aquatiques (RIVE) est le seul du genre au Canada. Il travaille sur la pollution, les espèces animales envahissantes et les changements climatiques, afin de protéger la faune et la flore aquatiques québécoises.

Pourquoi les algues bleues envahissent-elles les lacs? Quelle influence a l'arrivée du cormoran à aigrette dans la plaine du Saint-Laurent? Et pourquoi la présence de la perchaude dans le lac Saint-Pierre a-t-elle fortement diminué? Beaucoup de questions auxquelles le centre de recherche pour l'étude intégrée des bassins versants et des écosystèmes aquatiques (RIVE) tente de répondre et d'apporter des solutions.

Affilié à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), ce centre regroupe une soixantaine de chercheurs et d'étudiants des cycles supérieurs. Anciennement connu sous le nom de Groupe de recherche sur les écosystèmes aquatiques (GREA), ce centre, qui a été rebaptisé en été 2009, est le seul du genre au Canada. Sa principale mission est de comprendre les interactions entre le milieu terrestre et les écosystèmes aquatiques.

Selon Pierre Magnan, directeur du RIVE, la compréhension du fonctionnement d'un écosystème est essentielle au développement de modèles permettant d'en «prédire» l'évolution à la suite des changements naturels ou causés par l'homme. «La force de cette démarche est qu'elle permet l'intégration rapide des recherches fondamentales à des applications utiles à la société, explique le chercheur. Les besoins tant en recherche qu'en formation dans ces domaines vont continuer d'augmenter, en particulier en raison de l'accroissement des pressions que subissent nos écosystèmes, comme l'agriculture intensive et les changements climatiques.»

Bassins versants

Le RIVE articule ses recherches sur quatre axes. L'un d'eux concerne les bassins versants. Selon Pierre Magnan, il est essentiel de considérer cet aspect pour dresser le portrait global des différentes problématiques liées à l'état des écosystèmes aquatiques dans

la plaine du Saint-Laurent. «Quand il pleut, il n'y a pas que de la pluie qui arrive dans nos cours d'eau. Il faut regarder les montagnes et tout ce qu'il y a autour. Cela forme un entonnoir qui draine beaucoup d'éléments dans l'eau, comme les pesticides et les engrais, assure le biologiste. Il faut observer ce qui se passe dans les bassins versants pour comprendre les changements dans les écosystèmes aquatiques.» Ainsi, cela permet de saisir, par exemple, la présence des algues bleues dans les lacs. «C'est le ressac du développement que nous avons connu depuis la Deuxième Guerre mondiale. Avec l'augmentation de la villégiature en bordure des cours d'eau ainsi que l'agriculture intensive, nous avons eu une accumulation de phosphore dans les sols», explique-t-il.

Et les algues bleues ne sont pas la seule conséquence de cette accumulation. Celle-ci provoque également le vieillissement accéléré des cours d'eau, avec une prolifération des plantes aquatiques ainsi que la modification de la chaîne alimentaire qui peut causer la disparition de certaines espèces. Selon Pierre Magnan, ce phénomène est particulièrement flagrant dans le lac Saint-Pierre. Dans ce dernier, la population de perchaudes a chuté au cours des années 1990. «Pendant deux siècles, ce poisson a été pêché commercialement. Tout d'un coup, on est passé de 210 tonnes de perchaudes par an à 70. Il faut être capable de comprendre ce qui s'est passé, pour changer la tendance», déclare-t-il. Pour éviter la disparition du poisson, le gouvernement québécois a imposé des mesures, sur avis du GREA. En 2002 et 2004, il a racheté les permis de pêche commerciaux pour n'en laisser que six au lieu des quarante-six d'origine. De plus, des critères plus stricts pour la pêche de loisir ont été imposés.

Poissons et cormorans

Toutefois, le poisson ne donne aucun signe de rebondissement. «Depuis le temps, nous aurions dû assister à une hausse de la population. Cela montre que l'écosystème a changé», concède le chercheur. Pour lui, une des explications pourrait être liée à l'affluence des cormorans à aigrette, de plus en plus présents sur les rives du Saint-Laurent, car l'oiseau se nourrit d'une grande quantité de poissons. Il y a aussi le gobie à taches noires qui a été introduit dans nos régions à la fin des années 1980. Ce poisson très envahissant peut être nuisible pour les autres espèces, et les chercheurs sont en train d'étudier les effets de sa présence dans le Saint-Laurent.

Le RIVE s'intéresse également aux conséquences des changements climatiques. «Nous essayons de voir comment nous pouvons nous adapter. En fonction des scénarios, on peut s'attendre à une baisse de 25 cm à 1 m d'eau. Il faut voir quels effets cela aura sur la faune», prévient Pierre Magnan. Même si les perspectives ne sont pas toujours très réjouissantes, le directeur veut rester optimiste: «À travers nos recherches, nous pouvons avoir un impact. La population est plus consciente et nous voyons des améliorations, mais il reste beaucoup à faire.»

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Collaboratrice du Devoir