Employeur cherche désespérément secrétaire

Éliane Dusablon, technicienne en travail de bureau au Département de chirurgie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, considère son travail comme un milieu «stimulant et valorisant», où la débrouillardise est de rigueur.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Éliane Dusablon, technicienne en travail de bureau au Département de chirurgie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, considère son travail comme un milieu «stimulant et valorisant», où la débrouillardise est de rigueur.

Disparu, le vieux préjugé de la secrétaire qui ne fait que taper des lettres et répondre au téléphone? Pas encore, semble-t-il. Malgré sa transformation extrême des dix dernières années, ce métier de femme — elles forment 98 % de la main-d'œuvre — demeure mal aimé et peu convoité. Tellement que les collèges se vident et que les employeurs, eux, cherchent désespérément de la main-d'œuvre.

Selon Emploi Québec, ce secteur compte parmi ceux qui connaissent les plus fortes demandes actuellement, bien qu'il soit déjà au deuxième rang en nombre d'employés dans la province. La pénurie est telle que les employeurs s'arrachent littéralement les finissantes des collèges. «Depuis cinq ans, on ne fournit pas. Nos étudiantes se placent toutes avant de finir et on doit dire non à des demandes de stages», observe Élise Cardinal, responsable du programme de techniques de bureautique au collège François-Xavier-Garneau, à Québec.

Au cégep de Jonquière, on remplit chaque mois un babillard complet de nouvelles offres d'emploi et de stages rémunérés, chose rarissime. «Des employeurs téléphonent même au département parce qu'ils sont mal pris», raconte la coordonnatrice Marcelle Potvin. Au cégep de Rimouski, le taux de placement est de 100 % depuis cinq ans. Bref, partout, c'est du jamais vu.

La raison d'une telle demande? C'est que, depuis l'an 2000, une dizaine de cégeps ont dû suspendre les inscriptions ou fermer leur programme de «bureautique», faute d'intérêt de la part des jeunes. Et à présent, il n'y a qu'une dizaine de diplômés par collège, sauf exception, qui vont grossir les rangs des entreprises chaque année. «L'adjointe administrative a un rôle clé, mais qui n'est pas souvent valorisé. Il y a un manque de reconnaissance de la profession, ce qui n'aide pas les jeunes à vouloir se former», croit Josée Bureau, coordonnatrice du Département de bureautique au cégep de Sherbrooke. Les 25 ans et moins forment en effet un maigre 5 % du bassin de secrétaires au Québec, contre 14 % dans les autres professions.

Le mythe de la simple «secrétaire exécutante», qui apporte son café au patron, pourrait expliquer l'hésitation des jeunes à vouloir embrasser la carrière. Un préjugé qui fait grincer des dents Annick Blouin, technicienne en bureautique au CSSS de Rimouski-Neigette. «Le terme "exécutante" est à bannir, ce n'est plus ce qu'on est», soutient la professionnelle de 34 ans. «Nos patrons nous considèrent comme des collaboratrices, nous impliquent au sein de l'équipe», renchérit Éliane Dusablon, technicienne en coordination du travail de bureau à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Même que le terme «secrétaire» est aujourd'hui dépassé: on parle désormais d'adjointe, d'agente, de technicienne, des mots considérés comme plus valorisants.

Ce changement de terminologie n'est pas étranger au fait que le métier a complètement changé de tête. «Ça fait 32 ans que je suis secrétaire et si je compare à mes débuts, c'est tout un monde, expose Line Ross, présidente de la Fédération des secrétaires professionnelles du Québec (FSPQ). Avant, c'était: "Tu prends le texte, tu le recopies et tu le redonnes". Maintenant, on utilise notre créativité, on est davantage proactives.»

L'entrée fracassante de la technologie dans les bureaux y est d'ailleurs pour quelque chose. Fini, le temps des machines à écrire et du papier carbone: les secrétaires jonglent désormais avec des logiciels sophistiqués, conçoivent des affiches, organisent des réunions, gèrent une caisse, forment du personnel... Le métier évoluant aussi rapidement que la technologie se développe, la formation est de mise pour permettre aux secrétaires de garder le cap. «À l'Université de Montréal, il y a énormément de formation à l'interne: des cours de bureautique, de français, de mise à jour de sites Web...», indique Éliane Dusablon, qui en consulte régulièrement la liste.

Pour valoriser le métier et séduire la jeunesse, la FSPQ et les enseignants mettent donc les bouchées doubles: reconnaissance d'acquis, documents de promotion, kiosques d'information... Et la tactique commence à faire ses preuves. «Aux portes ouvertes du cégep, j'ai découvert un métier polyvalent, où il y a aussi un emploi assuré», relate Alexandra Murphy, étudiante de première année en bureautique au cégep de Sherbrooke. Avec autant d'emplois qui tombent du ciel, l'offre finira-t-elle par (re)créer la demande? «J'aime la pénurie, parce que les employeurs se rendent compte qu'ils ont besoin de personnel. Ainsi, peut-être que les jeunes vont finir par nous revenir», espère Raymond Marcil, coordonnateur du Département de bureautique au cégep de Rimouski.

Hier, une soixantaine de syndiqués de la CSN sont sortis devant l'hôpital Maisonneuve-Rosemont pour exiger le retrait d'une mesure «inacceptable». Le syndicat s'insurge contre le gouvernement qui ne remplacera qu'un départ à la retraite sur deux parmi les employés de bureau du réseau de l'éducation, de la santé et des services sociaux.

«Je trouve ça ridicule, on n'arrive déjà pas. Nous sommes en majorité des femmes qui ont une famille à la maison, et la surcharge, on la vit», s'est emportée Katy Avilés, agente administrative au programme de médecine. Pénurie et non-remplacement dans le même secteur: un beau paradoxe en cette Journée des secrétaires.
6 commentaires
  • Kim Cornelissen - Inscrite 22 avril 2010 08 h 35

    Petite omission ?

    C'est drôle, tiens, on ne parle pas du salaire des secrétaires, ou encore de leur possible ascension dans l'entreprise ou l'organisation... Eh ben, ça doit pas être important si on n'en parle pas... Ça ne doit pas expliquer non plus pourquoi les femmes - et les hommes depuis longtemps - préfèrent avoir des emplois mieux rémunérés et plus prometteurs...

  • Marie Clark - Inscrite 22 avril 2010 09 h 45

    Le salaire suit-il la demande?

    On oublie dans l'article de dire que la vraie raison pour laquelle ce métier n'intéresse plus les jeunes, ce sont les salaires peu intéressants. Si les employeurs reconnaissent aujourd'hui l'importance d'une adjointe administrative, ce serait bien que ça paraisse dans la rémunération...

  • IciMontreal - Inscrit 22 avril 2010 13 h 45

    L'exécutante à bas salaire existe toujours!

    Oui, les choses ont changé. Oui, nous avons maintenant de jolis titres, mais dans la pratique, la porteuse de café dont l'opinion ne vaut rien existe toujours (particulièrement dans les milieux conservateurs comme la finance).
    Et les salaires sont ridicules - des 40-45 mille dollars après 10 ans d'expérience, un peu plus pour les chanceuses (jusqu'à 60-65 pour les très très très chanceuses).
    Soyez prêts, vous qui embrassez cette profession, à vous battre pour faire valoir votre potentiel! Et les jours où l'on vous fera sentir que vous "n'êtes qu'une secrétaire", rappelez-vous que tout allait mal sans vous, cette semaine-là où vous étiez absent(e) du bureau...

  • Helene Bouchard - Inscrite 22 avril 2010 14 h 23

    les salaires

    J'espère que lors de ces sessions d'info ,que l'on donne toutes les informations et que l'on compare les salaires entre les diplômés de cegep:
    salaire de base pour une secrétaire: ?
    salaire de base pour une éducatrice de garderie?
    salaire de base pour une infirmière?
    salaire de base un policier?
    salaire de base d'une hygiéniste dentaire?

    Tous des diplômes de 3 ans ( sauf s'il faut rajouter Nicolet pour les policiers). Et, je ne ferai pas de comparaison avec les salaires de base d'un électricien, plombier et autre métier de la construction qui ne demandent pas de diplôme de cegep.
    Même avec un BAC en secrétariat, les secrétaires ne seraient pas mieux payées.

    Les secrétaires sont loin d'être payées comme les autres diplômés de cegep. Et elles sont probablement les premières à être mises à pied en période de récession. Pas surprenant que les départements se vident et ferment ... et franchement c'est une bonne chose, la demande étant plus forte que l'Offre , les salaires vont surement augmenté.Bonne chose.
    Toutefois je comprend que pour un cegep qui doit fermer un département, ca implique moins de subventions et des profs mis à pied.

  • Bouletrouge - Inscrit 22 avril 2010 18 h 05

    oui mais...

    40 000 à 50 000 $ par année après 10 ans c'est le salaire typique des scientifiques, profession qui demande minimum un baccalauréat.

    On peut bien comparer avec ceux qui gagnent plus en rapport aux études mais on peut aussi comparer avec ceux qui gagnent moins par rapport aux études.

    Votre opinion ne vaut rien? Je vous rassure, ça n'a rien à voir avec votre profession. C'est juste comme ça que ça fonctionne (malheureusement)...