L'Église catholique dans la tourmente - « C'est une crise extrêmement grave »

Martine Letarte Collaboration spéciale
L’autorité morale du Vatican est ébranlée depuis que le pape Benoît XVI a été mis en cause dans le camouflage de cas de pédophilie, alors qu’il était à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Photo: Agence Reuters Toni Gentile L’autorité morale du Vatican est ébranlée depuis que le pape Benoît XVI a été mis en cause dans le camouflage de cas de pédophilie, alors qu’il était à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Alors que, partout dans le monde, des millions de chrétiens célèbrent la résurrection du Christ, l'Église catholique traverse une crise profonde.

«C'est une crise extrêmement grave, certainement la plus grave du siècle. Bien honnêtement, je ne sais pas comment elle s'en sortira», affirme Marie-Andrée Roy, professeure au Département des sciences des religions de l'UQAM, en parlant de la situation qui prévaut dans l'institution romaine.

Déjà, l'Église a été grandement secouée ces dernières années, alors que de nombreux scandales sexuels ont éclaté dans plusieurs pays où des prêtres ont été accusés d'agressions sexuelles contre des enfants. C'est maintenant le pape lui-même qui est montré du doigt pour avoir refusé de sanctionner, à la fin des années 90, un prêtre américain accusé d'avoir commis des agressions sexuelles contre 200 enfants sourds durant les années 1950 à 1974.

«C'est majeur, parce que c'est la figure même du pape qui est attaquée. À l'époque, il était à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ce qui signifie que l'autorité de l'Église parlait par lui. S'il a contribué à cacher des choses, à camoufler des scandales, c'est très grave, d'autant plus qu'il a occupé ce poste pendant environ 25 ans», explique-t-elle.

L'autorité morale de Rome

D'après la professeure, la nature des gestes reprochés explique pourquoi l'opinion publique est si scandalisée. «On ne reproche pas à un prêtre d'avoir eu une aventure avec une madame, ou encore à un prêtre d'avoir eu une bonne amie... On parle de pédophilie, d'exploitation sexuelle d'enfants qui, par définition, sont vulnérables. Ces prêtres avaient aussi une autorité sur ces enfants, en plus d'avoir une espèce d'auréole que leur donne leur image religieuse. L'opinion publique ne peut pas prendre ça», affirme Mme Roy.

Pourrait-on aller jusqu'à la démission du pape? «Ah! On a eu de tout dans l'Église! Chose certaine, c'est très très grave, ce qui se passe en ce moment», précise-t-elle.

Toutefois, si le grand public est scandalisé, rares sont ceux qui, à l'intérieur même de l'Église, osent critiquer Rome. Pourquoi? «Bien sûr, depuis la séparation de l'Église et de l'État, Rome n'a plus de pouvoir coercitif. On n'est plus à l'époque du Moyen-Âge où Rome pouvait se servir du bras séculier pour allumer le bûcher de l'Inquisition! Il n'en demeure pas moins que les gens ont intériorisé le pouvoir de Rome et qu'ils ont appris à s'y soumettre. C'est encore comme ça aujourd'hui. Toutefois, je suis convaincue que l'épiscopat québécois doit être profondément mal à l'aise avec ce qui se passe en ce moment», croit Mme Roy.

L'Assemblée des évêques catholiques du Québec n'a pas rappelé Le Devoir. Dans un communiqué, le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, a pour sa part dénoncé «le procès d'intention véhiculé présentement par plusieurs médias visant à mêler le pape Benoît XVI à la dissimulation de cas d'abus sexuels», tout en qualifiant de «drame innommable» les révélations d'agressions sexuelles qui éclaboussent l'Église catholique. Mgr Ouellet affirme également que le pape a toujours défendu la «tolérance zéro» devant les actes de pédophilie.

Il a toutefois précisé qu'il n'accorderait aucune entrevue concernant la crise qui touche le Vatican.

Des problèmes de fond

Jusqu'à maintenant, devant les nombreux scandales, Rome n'a pas annoncé la mise en place de procédures particulières ou encore de réformes majeures à l'interne pour s'attaquer aux problèmes.

«Le pape a dit que c'étaient des crimes épouvantables et il a demandé que les prêtres soient poursuivis en justice. Toutefois, il a fait comme si c'étaient eux, le problème. L'Église ne reconnaît pas la pleine responsabilité dans ce qui arrive», affirme Marie-Andrée Roy.

D'après la spécialiste, qui a beaucoup étudié la question des femmes et de l'Église, Rome devrait revoir sa position sur deux grandes questions pour s'attaquer au problème en profondeur.

D'abord, la sexualité. «Que ce soit à travers ses prises de position pratiquement irresponsables par rapport à la contraception et à l'utilisation du condom, ou encore le rejet de l'avortement et l'interdiction des femmes dans le sacerdoce, puisqu'on les considère comme un sujet sexué dangereux pour les prêtres, l'Église montre qu'elle a une vision profondément négative de la sexualité», explique-t-elle.

La chercheuse croit que cela a pour effet d'encourager les gens qui ont de la difficulté avec leur sexualité, ou encore avec leur rapport aux femmes, à être ordonnés pour vivre à distance de ces problèmes.

Marie-Andrée Roy en a aussi contre le voeu d'obéissance. «Le fait que l'Église demande aux gens de se soumettre veut dire quelque chose. Lorsqu'on demande la soumission d'une personne, on ne favorise pas qu'elle devienne une adulte responsable capable d'exercer son propre jugement moral.»

Qui est rejoint par l'Église en 2010 ?

Scandales sexuels, rejet de la contraception et de l'avortement, exclusion des femmes, soumission à l'autorité: rien pour convaincre les Québécois de retourner dans les églises qu'ils désertent depuis la Révolution tranquille! Pour tenter de reconquérir des fidèles, Rome devra-t-elle revoir ses positions?

«Attention!, s'exclame Mme Roy. Au Québec, c'est vrai que seulement 5 à 10 % des gens sont pratiquants. À cet égard, le Québec ressemble à la France. Mais il ne faudrait pas penser que c'est représentatif de ce qui se passe ailleurs en Amérique et en Europe. Au Canada, on retrouve entre 25 et 35 % de pratiquants. Si on traverse du côté des États-Unis, on arrive à 40 ou 45 %. En Inde aussi, même si les catholiques sont très minoritaires, on retrouve de fervents pratiquants. Il y en a aussi énormément en Amérique latine», affirme-t-elle.

C'est d'ailleurs par l'immigration, croit Marie-Andrée Roy, que le Québec remplira à nouveau ses églises.

«Dans le recensement de 2001, 83 % des gens se sont déclarés catholiques. Pourquoi pensez-vous que le chiffre est si élevé? C'est clairement en raison de l'immigration. Même si on parle beaucoup des musulmans, près de 50 % des immigrants sont catholiques.»

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Collaboratrice du Devoir
5 commentaires
  • Jacques Légaré - Inscrit 3 avril 2010 08 h 48

    Elle n'est pas en crise, mais en phase terminale

    Une crise est un mauvais moment à passer. Mais l'Église et la religion ne vivent pas une crise, mais une étape déshonorante d'une fin de vie depuis longtemps commencée. En fait, elle a commencé son déclin dès la faillite des Croisades... (1270) Comme quoi on meurt lentement chez les malades chroniques...

    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique.

  • Michel Gaudette - Inscrit 3 avril 2010 09 h 33

    Les victimes ne l'intéressent pas vraiment...

    Avec ses comparaisons avec l'antisémitisme. l'Église de Rome démontre encore une fois que c'est l'image de la papauté et de l'institution qui prime sur tout...

    Les victimes qu'elle a faits, cela ne l'intéresse pas vraiment...

    Mais jouer la victime, c'est son "bag" quand ça va mal...

  • Claire Vuitton - Inscrite 3 avril 2010 23 h 17

    @Jacques L'égaré @ Michel

    @Jacques vous vous égarez.
    J'ai lu vos commentaires bileux, qui traduisent une ignorance surprenante de la religion catholique. Malgré votre "titre", votre agressivité et vos insultes me paraissent d'ailleurs radicalement incompatibles avec une approche philosophique ou scientifique. Vous n'êtes pas catholique, tant mieux pour vous, mais cela ne vous autorise pas à porter ces jugements aussi intolérant sur les catholiques, dont la foi a autant droit au respect que vos "convictions" personnelles, dont la certitude apparait, là encore, bien peu philosophique. Votre approche matérialiste, que vous croyez pouvoir rattacher aux lumières (à tort, elles n'étaient nécessairement athées), montre chaque jours un peu plus ses limites (l'histoire témoigne parfaitement du génie de l'homme). Lisez quelques ouvrages de penseurs catholiques avec l'esprit ouvert du philosophe et ensuite on en rediscutera.
    Cordialement.

    @Michel
    Michel,
    Je ne crois pas que l'on puisse dire "les victimes qu'elle fait, cela ne l'intéresse pas" : d'une part, l'Eglise n'a pas fait de victimes ; c'est une infime minorité de prêtres ont commis des actes qui font honte à l'Eglise et à l'immense majorité des autres prêtres dont la morale est aussi irréprochable que le dévouement est grand. D'autre part, l'Eglise et le Pape ont clairement condamné et sanctionné ces actes. Mais, la présomption d'innocence exige que l'on démontre la culpabilité avant de condamner. Maintenant, admettez qu'à l'époque personne ne parlait de ce genre de chose et personne n'ose prétendre que la pédophilie n'existait que dans l'Eglise : alors, si la démarche était sincère, n'y a-t-il que l'Eglise à qui on puisse reprocher son silence, sur des faits qui n'étaient que rarement connus et dénoncés ?

  • art5 - Inscrit 7 avril 2010 22 h 06

    crise profonde

    Le message du Christ, c est une chose. L institution criminelle qui se cache derriere depuis des siecles, c est autre chose.

    Des crimes contre l humanite, l eglise les a tous commis et plus.

    Ses representants doivent faire face a la justice civile et rendre compte pour ces crimes.

    Les abus sexuels sur des mineures c est tres graves. Et la fraude, la
    torture, bruler ses emblables (le message du Christ), precher la haine, bannir la femme (la moitie de l humanite) de participer comme il est normal au 21ieme siecle apres J-C a la gestion de cette institution de vieux mysogines, criminels et decadents.

    On s etonne devant l Islam et les Talisbans et l eglise catholique elle, pas tres catholique, loin d etre tres catholique.

    Merci.


    _

  • Jacques Légaré - Inscrit 22 avril 2010 09 h 44

    Sa phase terminale sera longue car l'effet placebo est naturel...

    Bonjour IKSV (pourquoi cachez-vous votre identité véritable ?)

    Les Lumières n'étaient pas toutes athées, pour une bonne raison: ils encourraient d'être brûlés vifs sur la place publique. Leur religiosité, de façade souvent, était celle des combattants prudents.
    Certains par ailleurs étaient sincèrement croyants (Descartes, Kant, Rousseau), mais au détriment de leur rigueur intellectuelle, et c'est la partie de leur oeuvre qui est devenue la plus obsolète.

    Quant à ma scientificité et qualité philosophique, lisez Durkheim, Renan, Comte-Sponville, Michel Onfray, Montaigne, Marcel Conche, Alain, et Mircea Eliade, et que d'autres. Je tiens de ces auteurs la sève de mes raisonnements et affirmations.

    Ces dernières sont brutales il est vrai. Elles répondent aux violences invraisemblables que votre religion fit sur tous les esprits vraiment originaux et novateurs d'Occident, et qui continue sa pédophilie métaphysique dans les écoles de toute la planète.

    L'Infâme hypocrite et criminelle ne mérite aucune pitié.

    Cependant, mon amitié citoyenne ne vous sera jamais retirée, car tout drogué ou malade de malbouffe culturelle a droit à notre amitié citoyenne. Il nous faut, nous hommes des Lumières, être patients.

    L'éducation est lente, mais c'est vraiment la seule méthode d'émancipation des hommes.

    Bonne journée.

    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique