Étude sur le profilage racial - Les avocats de Villanueva veulent faire témoigner les chercheurs du CREMIS

L'étude du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales et les discriminations (CREMIS) sur la «sur-surveillance» de jeunes Noirs par la police est si percutante que des avocats veulent faire témoigner les chercheurs à l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva.

Selon les avocats de la famille Villanueva et des jeunes blessés par le policier Jean-Loup Lapointe, l'étude en question prouve que le Service de police de Montréal (SPVM) applique la méthode illégale du profilage racial contre les jeunes des minorités.

«Ces chiffres démontrent ce qu'on dit depuis le début de l'enquête: il y a du profilage racial», affirme Alain Arsenault, l'avocat d'un jeune blessé au dos par le policier Lapointe.

«Que l'on parle de "visites de courtoisie", comme le font les policiers, de "surreprésentation des Noirs", comme disent les chercheurs, ou de "profilage racial", ça revient à dire la même chose, enchaîne Alain Arsenault au nom de ses collègues. Les jeunes Noirs sont plus souvent interpellés et fouillés, non pas à la suite d'une plainte d'un citoyen, mais à la suite d'une observation directe d'un policier.»

Une étude publiée hier par le CREMIS révèle que les jeunes Noirs couraient 4,2 fois plus de risques que les jeunes Blancs d'être interpellés par la police en 2006-07.

Les chercheurs, Christopher McAll et Léonel Bernard, ont aussi passé en revue les dossiers de la Chambre de la jeunesse pour l'année 2001. Pour les principales catégories d'infractions, les patrouilleurs et les agents de sécurité étaient plus enclins à observer et à sanctionner les gestes de délinquance commis par les jeunes Noirs. Conclusion? La surreprésentation des jeunes Noirs dans le système de justice est tributaire d'une surveillance accrue de la part des autorités, voire d'une «sur-surveillance».

Les avocats de la famille Villanueva et des deux jeunes blessés lors de l'intervention du 9 août 2008, à Montréal-Nord, trouvent dans cette étude scientifique la confirmation de leurs intuitions. «Dans le dossier de Montréal-Nord, on parle exactement de la même affaire. Les jeunes racialisés font l'objet d'une plus grande surveillance par les policiers. Le 9 août 2008, personne n'avait appelé la police pour dire que des jeunes jouaient aux dés dans le stationnement de l'aréna Henri-Bourassa», explique Me Arsenault.

Le SPVM en réflexion

Au SPVM, le directeur adjoint Denis Desroches, grand spécialiste des questions de profilage racial, a pris connaissance de l'étude hier.

«Ces données nous amènent à nous interroger et à creuser le sujet», a dit M. Desroches, qui a l'intention de contacter les chercheurs pour discuter plus à fond de leurs résultats. «C'est clair que nous cherchons à avoir une prestation de travail exemplaire», a-t-il ajouté.

M. Desroches a rappelé que 92 % des quelque 4700 policiers de Montréal avaient reçu une formation d'un jour sur le profilage racial. «On leur dit: "Soyez conscients que vous pouvez avoir des filtres, des stéréotypes, que ce soit par l'éducation, les médias, etc." On fait l'étude de leur profil psychologique.»

Selon M. Desroches, les patrouilleurs n'ont pas besoin d'une formation théorique plus poussée. «C'est prouvé que les préjugés s'estompent quand on a une meilleure connaissance d'un groupe exogène. La solution, ce n'est pas de les asseoir plus longtemps en classe. C'est de les mettre en contact avec les communautés. Il faut augmenter les interactions et la qualité de ces interactions entre les policiers et les membres des différentes communautés», estime-t-il.
1 commentaire
  • Michel B Pilon - Abonné 20 mars 2010 01 h 26

    D'une classe l'autre

    L'article de Myles est fort instructif. Il ne fait plus de doute que le profilage racial est une réalité quotidienne pour nombres de minorités. La plupart des analyses faites au fil des années confirme son existence. Le Mouvement Action Justice en avait fait une de ses principales cibles. Nos recherches faites auprès de la Commission de déontologie policière le confirme, le profilage racial est une technique policière la plus répandue. Au SPVM, le directeur adjoint Denis Desroches, grand spécialiste des questions de profilage racial, selon Myles, propose entre autre comme solution de favoriser les contacts entre les communautés et le service de police. A notre humble avis le problème se situe en amont. Dans un premier temps, dans l'embauche, non seulement dans le choix des candidats/tes qui auraient une connaissance au préalable des communautés. La fin d'une culture du gun et du machisme ambiant et finalement une plus grande visibilité policière émanant de membres des différentes communautés culturelles. Et en dernière instance remetttre la Fraternité des policiers à sa place, soit la défense de ses membres, et non pas au poste de commandement du SPVM. Les médias ont un rôle de premier plan à jouer à cet égard, briser la politique du silence quant aux exactions policières. Le jugement Keable est tombé, il a plusieurs jours déjà, sans que les médias en ait parlé. Le dossier Lizotte est maintenant clos, le juge Keable, en appel, a exonoré les policiers Stante et Fourquette des manquements déontologiques que le comité de déontologie policière avaient relevé. La justice tout comme Lizotte vivent dans l'itinérance lorsqu'un Etat de droit laisse faire des personnes en autorité agir, comme s'ils étaient au dessus des Lois et des Chartes.