Affaire Villanueva - Le policier Lapointe a déjà été impliqué dans un incident semblable

Dany Villanueva, le frère de Fredy, hier au Palais de justice de Montréal
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dany Villanueva, le frère de Fredy, hier au Palais de justice de Montréal

Le policier Jean-Loup Lapointe a déjà été impliqué dans un intervention au cours de laquelle il a dû asperger de poivre de Cayenne six jeunes de 16 à 20 ans parce qu'il craignait d'être désarmé et d'être tué.

Cet épisode étrange est revenu hanter le policier Lapointe, en portant ombrage à sa crédibilité, hier lors de l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva.

En effet, lors de son contre-interrogatoire aux mains d’Alain Arsenault, en février dernier, Lapointe a déclaré sous serment qu’il avait eu peur d’être désarmé et tué une seule fois dans sa carrière. C’était le 9 août 2008, lorsqu’il a abattu le jeune Villanueva à la suite d’une intervention qui a mal tourné, à Montréal-Nord.
 
Contrairement à ses dires, Lapointe a déjà évoqué la peur d’être désarmé et tué, par le passé, pour justifier une intervention à grands renforts de poivre de Cayenne auprès de quatre jeunes filles de 17 à 20 ans, un adolescent de 16 ans, et un jeune homme de 18 ans.
Un rapport d’événement du SPVM dont Le Devoir a obtenu copie laisse entrevoir la possibilité que le policier ait commis un parjure.  Ce document est rédigé et signé de la propre main de Jean-Loup Lapointe. 
 
Le 24 juillet 2006, le policier est intervenu dans un logement de la rue Monselet, à Montréal-Nord, à la suite d'une plainte pour bruit et bagarre. À son arrivée sur les lieux, c'est le calme plat. Seule une fenêtre brisée, à la porte arrière, témoigne d'une possible dispute. Comme il l'explique dans son rapport de police, Lapointe demande la permission d'inspecter les lieux.
L'occupante du logement, une adolescente de 17 ans, lui crie par la tête. "Va-t-en, j'ai le droit de faire ce que je veux, je suis chez nous", lui dit-elle, une phrase rapportée par le policier dans son rapport.

Dans la chambre à coucher

En moins de deux minutes, voilà le policier dans la chambre à coucher, où il trouve un jeune homme de 18 ans, allongé sur le lit.
 
Lapointe est préoccupé par l’attitude de la jeune femme, qui crie et gesticule de façon agressive. Pour maintenir une distance sécuritaire, il la repousse d'une main qu'il pose sur le haut de sa poitrine.
 
C'est à ce moment que le jeune homme de 18 ans bondit du lit pour pousser Lapointe à deux mains. Les signes ne trompent pas: il a les «dents serrés», le «visage crispé» lorsqu'il sonne la charge, écrit le policier. Fait à souligner, l’agent Lapointe a utilisé des qualificatifs similaires à l’enquête du coroner pour décrire l’attitude de Dany Villanueva (le frère de Fredy), dont l’arrestation fut la bougie d’allumage de la tragédie du 9 août 2008.
 
Retour en 2006. Après avoir été poussé, le patrouilleur ne perd pas une seconde. Il décide d'arrêter l'homme pour voies de fait contre sa personne. Le suspect offre de la résistance. «Écume dans la bouche et poingts [sic] serrés», il tente de se libérer.
 
Deux autres filles

Au même moment, deux autres filles de 17 ans et 20 ans font irruption dans la chambre et elles s’avancent vers Lapointe. Elles refusent d'obtempérer à ses ordres de reculer.
 
«Elles ont tenté de me rettenir [sic] pour libérer le suspect # 1, en tirant sur mes bras. Ma sécurité était alors gravement compromise. Le suspect #1 se débattait toujours et je n'arrivais pas à le menotter. Je criait [sic] au femme [sic] derrière de reculer et au suspect # 1 d'arrêter de résister, mais aucun d'entre eux m'ont écouté», écrit Lapointe dans son rapport.
 
Le policier s'en remet donc à son gaz poivre, dans l'espoir de maîtriser rapidement le suspect et se défendre contre les trois femmes. Mais il se trouve tellement près du suspect qu'il reçoit aussi du poivre de Cayenne. Incapable de voir, il se sent «très vulnérable».
 
Lapointe, les yeux en larmes à cause du poivre de Cayenne, crie aux jeunes filles (elles sont maintenant quatre) de sortir de la chambre. «Les quatre suspectes ont résisté et je ne voyais presque plus. Je craignais pour ma vie et de ne faire désarmer. J'ai pousser [sic] les quatre femmes vers l'extérieur de la chambre avec mes mains, une après l'autre», écrit-il.

Des similitudes

Encore une fois, cette version présente des similitudes avec l’affaire Villanueva. Dans son rapport et dans son témoignage, Lapointe a indiqué qu’il avait dû ouvrir le feu sur Dany Villanueva, Jeffrey Sagor-Metellus et Denis Meas parce qu’ils avaient refusé d’obtempérer à ses ordres de reculer en fonçant sur lui. Se disant pris à la gorge et agrippé de toutes parts, il a été envahi par la peur de mourir. Les jeunes allaient le désarmer et le tuer, craignait-il.
 
Dans l’appartement de la rue Monselet, Lapointe ne dégaine pas son arme. Il utilise son poivre de Cayenne une deuxième fois pour repousser les quatre jeunes femmes et l’adolescent de 16 ans, avant de leur fermer la porte au nez. Au même moment, son partenaire, l’agent Philippe Coulombe, parvient à maîtriser le suspect récalcitrant. Lapointe, encore incommodé par les effets du gaz poivre, doit mettre son poids contre la porte pour empêcher le groupe d’entrer à nouveau.
 
Barricadés dans la chambre avec leur suspect sous contrôle, Lapointe et Coulombe appellent des renforts pour se sortir d'embarras. Dix collègues viennent leur prêter main forte. Affaire réglée. L’ado de 16 ans et les quatre filles sont accusés d’entraves au travail des policiers par voie de sommation. Des accusations de voies de fait et entrave au travail des policiers sont aussi portées contre le jeune de 18 ans. Sa cause est toujours pendante en Cour municipale.
14 commentaires
  • Claude Archambault - Inscrit 12 mars 2010 13 h 51

    Bon, qu'on n tire des leçons

    Qu'on en tire des leçons, on ne met pas la santé et la sécurité d'un policier sans risquer de perdre la vie. Et c'est bien ainsi car on paie les policier pour NOUS protéger et si quelqu'un menace un policier armé, imaginez ce qui peu faire à un simple citoyen.

    Le jeune Villanueva a été victime de ses propres actions. Il a été l'artisan de son sort.

    BRAVO au policier Lapointe, et qu'attend on pour déporter son frère?

  • Jean-François Trottier - Inscrit 12 mars 2010 14 h 43

    Le côté absurde de tout ça

    Il me semble que cette intervention, telle que décrite ici, a rapidement tournée au vinaigre. Évidemment, dans le feu de l'action, on ne réagit pas toujours la tête froide (est-ce seulement possible?), mais je me demande si ce policier sait gérer les éléments humains pendant ses interventions. Après tout, une perquisition pour grabuge a tourné en foire d'empoigne. Ça ne semblait pas nécessaire.
    Cela dit, l'attitude du "je vois un policier, donc je deviens agressif" a l'air présente dans ce cas aussi. Donc, je vois 3 conclusions possibles:
    1) Le policier est un peureux qui sort son arme n'importe quand
    2) Le policier ne sait pas comment calmer le jeu, et ses interventions virent souvent à la panique.
    3) Le climat de tension est tel qu'un rien fait en sorte que les situations anodines dégénèrent: une perquisition pour tapage nocturne, un contrôle d'identité dans une cour d'école... L'agressivité des "victimes" n'était pas plus justifiée que la propension du policier à utiliser la force, elle en est même l'élément déclencheur.
    Personnellement, même si le policier a peut-être de la difficulté à gérer les situations critiques, je penche pour le 3e cas. Une bande de jeunes N'A PAS à sauter sur un policier, PEU IMPORTE la raison. Et ça a des conséquences.
    Spéculation: Le policier faisait peut-être du "racial profiling"? Il soupçonnait peut-être les résidents de cet appartement de faire du trafic de drogue et utilisait un prétexte pour entrer? Ce genre de comportement, s'il est abusif, est propice à faire monter les tensions. Je ne dis pas ça pour excuser qui que ce soit. Je cherche à comprendre, c'est tout. Encore une fois, 2 incidents mineurs ont dégénéré et CE N'ÉTAIT PAS OBLIGATOIRE que ça finisse comme ça.

  • Michel Gaudette - Inscrit 12 mars 2010 16 h 00

    La tour de Pise médiatique... Pitoyable déontologie

    Les médias ont été comme la tour de Pise dans cette histoire.

    Tout le blâme à la police, alors que nous faisons affaire à de dangereux membres de gangs de rue...

    Pitoyables médias... Et ça continue en s'attaquant au passé du policier en question... Pitoyable...

    D'un ex-journaliste

  • Marcel Duhaime - Abonné 12 mars 2010 17 h 03

    On est honnête

    Comme disait l'autre (un policier, évidemment) "On est honnête nous autres dans la police" ou quelque chose de semblable. Alors, on ne se parjure pas? Toute la vérité, rien que la vérité, par toute la police, rien que par la police, n'est-ce pas? Alllloooo!!!!!

  • Pierre-E. Paradis - Inscrit 12 mars 2010 17 h 29

    Plaintes pour bagarre?

    Plainte pour bagarre.... C'est exactement le prétexte utilisé par 3 policiers du SPVM pour faire une RAZZIA ILLÉGALE dans un appartement du Mile-End il y a quelques années. Un appartement où se tenait une petite fête d'Halloween avec 15 personnes, assez tranquille je dirais même.

    Heureusement que les 15 personnes en question - dont je faisais partie - étaient universitaires et pas du genre à sauter sur un policier, mais à s'expliquer...

    Était-ce la propriétaire de l'immeuble qui avait un compte à régler en faisant une fausse plainte de bagarre, ou une «partie de pêche» pour trouver de la drogue? On ne le saura jamais: le prétexte de bagarre étant la réponse finale à toute question.

    Cela dit, même après avoir constaté que l'harmonie régnait sur les lieux, les constables du SPVM ont fouillé toutes les pièces, chambres à coucher incluses.

    Bref, il y a des pratiques douteuses au SPVM, et cet incident au poivre de cayenne dans lequel a été impliqué l'agent Lapointe en est une preuve de plus.