Égalité hommes et femmes - Une étude du Conseil du statut de la femme indique une lente progression

Claire Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Quelle est la situation financière des femmes ? Leurs conditions de vie sont-elles meilleures à Longueuil qu'à Gaspé ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles répond une vaste étude intitulée Où en sommes-nous au Québec ?, réalisée par le Conseil du statut de la femme (CSF).

Dans son étude, le CSF dresse un portrait statistique de la situation socioéconomique des femmes et des hommes dans les 17 régions administratives du Québec. Plus précisément, l'organisme gouvernemental aborde sept thèmes : la démographie, l'éducation, l'économie et l'emploi, la conciliation des obligations professionnelles et personnelles, le revenu, l'intégrité physique et psychologique et, enfin, la participation des femmes au pouvoir.

À cette fin, il a utilisé notamment les statistiques du Recensement de la population de 2006, mais aussi celles de l'Enquête sur la population active et de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes.

Et, au fait, où en sommes-nous? «L'examen des diverses facettes de la vie des femmes et des hommes dans chacune des régions du Québec permet d'observer une amélioration constante depuis la publication des premiers portraits régionaux, il y a 25 ans, signale Hélène Harvey, directrice des bureaux régionaux au CSF. En revanche, cet examen met également en lumière la persistance d'inégalités entre les femmes et les hommes, ainsi que les défis particuliers auxquels font face certaines régions.»

Vieillissement et décrochage scolaire

Sur le plan démographique, l'étude indique que, de 1996 à 2006, la population de la région métropolitaine de Montréal a augmenté. Ainsi, bien que la population de Montréal ait légèrement diminué au profit des couronnes Nord et Sud, lieux de prédilection des jeunes familles, le quart de la population québécoise demeure toujours sur l'île de Montréal. Plus de la moitié de la population québécoise réside à Montréal ou en périphérie. Par ailleurs, le vieillissement de la population s'est accentué au cours de la dernière décennie. Le phénomène est particulièrement marqué en Mauricie, en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, dans le Bas-Saint-Laurent et dans la Capitale nationale. Celui-ci touche surtout les femmes, lesquelles sont également plus nombreuses que leurs homologues masculins à vivre seules, surtout dans les grands centres urbains. Par ailleurs, l'étude note une progression du nombre de familles monoparentales au Québec, et la grande majorité d'entre elles (77,9 %) ont une femme à leur tête.

Au chapitre de l'éducation, le CSF constate que les jeunes femmes sont plus scolarisées que celles des générations précédentes. «Il y a plus de femmes que d'hommes qui détiennent un diplôme et qui terminent leurs études universitaires, signale Mme Harvey. Ce facteur facilite leur intégration sur le marché du travail et, par conséquent, leur autonomie économique. Malheureusement, on observe aussi une augmentation du taux de décrochage chez les jeunes femmes. C'est inquiétant parce que les fem-mes sans diplôme ont plus de mal que les hommes à trouver un emploi. Il faut s'occuper de ce problème.»

Des emplois moins payants

Reste que la présence des femmes sur le marché du travail a légèrement augmenté, passant de 47,7 % en 1996 à 55,6 % en 2006, comparativement à 61,7 % et à 65 % pour les hommes. «Cependant, elles choisissent encore souvent des professions traditionnellement féminines, encore moins bien rémunérées que les professions traditionnellement masculines, explique Mme Harvey. Ce phénomène est particulièrement marqué dans les régions ressources (comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord et l'Abitibi) où les femmes ont accès à un nombre restreint de professions. Dans ces régions, les hommes vont travailler notamment dans les grosses industries où les salaires sont élevés, tandis que les femmes oeuvreront surtout dans le secteur des services offrant des revenus moindres.»

Le résultat? En général, les femmes gagnent en moyenne 68,6 % du salaire des hommes, souligne Mme Harvey. «Pis encore, 50 % des travailleuses ont un revenu inférieur à 20 000 $, comparativement à 33 % des travailleurs, précise-t-elle. Et seulement

19 % des travailleuses gagnent plus de 40 000 $, comparativement à 35 % des hommes. Cet écart de revenu se répercute sur l'épargne et le régime de retraite; il concerne les femmes tout au long de leur vie. À la retraite, elles sont plus pauvres que les hommes. »

Au banc des accusés: les difficultés causées par la conciliation travail-famille. Alors que les écarts de revenu sont moins prononcés en début de carrière, ils augmentent dans la trentaine, lorsque les femmes fondent leur famille. «Les femmes consacrent encore plus de temps que les hommes aux travaux ménagers et aux soins aux enfants. Elles sont également plus nombreuses à travailler à temps partiel ou à s'absenter temporairement du marché du travail lorsqu'elles ont des enfants.

«Cependant, on note une lente amélioration attribuable aux services de garde à contribution réduite et aux congés parentaux. Les efforts doivent être poursuivis.»

Santé et lieux de pouvoir

Sur le plan de la santé, les femmes bénéficient toujours d'une espérance de vie plus longue que les hommes soit 82,3 ans comparativement à 77 ans. Elles sont également moins touchées qu'eux par le cancer. Ce facteur serait attribuable, entre autres, à l'adoption de saines habitudes de vie. Les femmes sont moins sédentaires et moins nombreuses à afficher un surplus de poids et à fumer que les hommes, fait observer le CSF. En revanche, les femmes sont victimes de violence conjugale 4,9 fois plus souvent que les hommes et demeurent nettement plus susceptibles qu'eux d'être victimes d'a-gression sexuelle, s'inquiète l'organisme.

Enfin, si le CSF souligne que les femmes sont plus présentes qu'autrefois dans les lieux de pouvoir, elles demeurent souvent minoritaires dans les différents paliers de gouvernement. Les femmes comptent pour 14 % des maires et forment 29 % du contingent des conseillers municipaux. En décembre 2009, à l'Assemblée nationale, 28,8 % des députés étaient

des femmes et le Conseil des ministres était formé de

46,2 % de femmes.

Voilà autant de caractéristiques que les instances régionales ainsi que les groupes de femmes doivent prendre en considération afin de favoriser l'égalité.

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Collaboratrice du Devoir