Difficile école

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Les enseignantes reçoivent une formation universitaire de qua-tre ans entrecoupée de stages.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les enseignantes reçoivent une formation universitaire de qua-tre ans entrecoupée de stages.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En enseignement, les femmes composent constamment, pour le meilleur et pour le pire, avec la délicate problématique des relations humaines. Elles s'enrichissent au contact des élèves tout en portant souvent le fardeau des problèmes que la société rencontre.

La présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Manon Bernard, jette un regard sur la réalité de l'enseignement vécue au quotidien: «Je suis femme et enseignante; de plus, je représente une profession qui est à majorité féminine, puisque, tous secteurs confondus, 73 % du personnel enseignant est formé de femmes. Pour celles-ci, les relations humaines font partie intégrante de l'exercice de leurs fonctions.»

Les enseignantes reçoivent une formation universitaire de quatre ans entrecoupée de stages, mais il leur revient personnellement d'établir les contacts et d'harmoniser les échanges dans leurs lieux de travail: «On est confronté aux inégalités sociales car on se trouve au secondaire devant 32 élèves qui viennent de tous les milieux; on rencontre la pauvreté au quotidien et celle-ci est liée à la réussite. Dans les négociations avec le gouvernement, on demande donc de revoir la carte de "défavorisation". Celle-ci sert à établir les barèmes de l'aide financière versée aux établissements en vertu de certaines normes.»

Elle dénonce à son tour la précarité qui frappe le personnel: «Le taux s'élève à 44 %, ce qui a pour impact de créer de l'instabilité. On sort d'un baccalauréat de quatre ans avec des dettes et on se retrouve en situation précaire pour des périodes qui peuvent durer très longtemps. Impossible de planifier des projets, des études ou d'organiser correctement la vie familiale. Comment gérer le budget sans connaître les contrats qui vont être attribués et les revenus qui vont entrer?» Il va de soi que la FSE réclame une diminution importante de cette précarité.

Un travail poids lourd

Une fois en classe, apparaît à l'enseignante la sérieuse difficulté de la lourdeur de la tâche, que décrit la présidente: «On manque de ressources professionnelles, techniques et matérielles; on n'a pas les espaces nécessaires pour travailler en dehors de la classe.» Il y a pire: «On fait surtout face aux difficultés inhérentes à l'intégration et au nombre d'élèves dans les classes. Tu passes ton temps comme enseignante à trouver mille et une façons de faire réussir les élèves en réclamant des ressources, en demandant l'identification de certains cas d'enfants en difficulté et en recherchant de la collaboration à gauche et à droite. En plus d'enseigner, on doit se battre pour obtenir cela.» Sans compter que, de retour à la maison, l'enseignante rapporte du travail de préparation, de correction et tout un bagage de préoccupations. La Fédération réclame donc de façon prioritaire de réduire le nombre d'élèves par classe et de revoir la composition de celle-ci.

Faisant abstraction de la négociation, Manon Bernard tient en parallèle ce discours: «On souhaite que soient valorisées la profession, l'expertise des enseignantes et que celles-ci soient écoutées. Si tel était le cas, on commencerait par retirer tout de suite le projet de calendrier scolaire qui a été présenté. Dans tout cela, on ne se sent pas entendues et respectées.»

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Collaborateur du Devoir