Entrevue avec Christine St-Pierre - Le Québec expose son bilan à New York

Martine Letarte Collaboration spéciale
Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Quinze ans après la Conférence mondiale sur les femmes, à Pékin, où une déclaration et un programme d'action ont été adoptés à l'unanimité par les 189 États participants, l'ONU organisait cette semaine une grande rencontre à New York pour que les États partagent leurs expériences et réaffirment leur engagement. Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine s'y est rendue.

«Ce genre de rencontre permet de faire le point, de voir comment certains progressent et comment d'autres ont de la difficulté. Chose certaine, la violence faite aux femmes demeure le problème numéro un», a confié Christine St-Pierre au Devoir.

Mais qu'avait le Québec à présenter comme bilan? La délégation québécoise a en fait mis de l'avant la politique élaborée par la prédécesseure de Christine St-Pierre, Carole Théberge, Pour que l'égalité de droit devienne une égalité de fait, 2006-2016. «C'était une réponse à la conférence de Pékin et c'était une réponse très forte puisque c'est un plan d'action sur 10 ans qui force tous les ministères et organismes gouvernementaux à faire progresser la notion d'égalité entre les hommes et les femmes pour atteindre toutes les sphères de la société», explique Mme St-Pierre.

Violence faite aux femmes

Ici, comme ailleurs, la violence faite aux femmes demeure donc préoccupante, remarque la ministre. Elle donne toutefois quelques exemples de ce qui a été fait au Québec pour s'y attaquer. «Nous avons fait une grande campagne de sensibilisation à propos de la violence conjugale. Nous avons aussi travaillé à former les policiers pour qu'ils améliorent leur intervention dans des cas de violence conjugale.»

Le gouvernement du Québec a aussi réalisé une campagne de sensibilisation aux agressions à caractère sexuel et modifié un article du Code civil du Québec pour permettre, depuis 2006, à un locataire victime de violence conjugale ou d'agression sexuelle de résilier son bail. «Pour ce qui est des victimes, nous avons fait des efforts pour mieux les prendre en charge», précise la ministre St-Pierre.

Le gouvernement Charest a aussi annoncé, il y a quelques années, la création du Centre de détention de Percé qui évaluera et traitera les délinquants sexuels sur une base volontaire. Le projet de plus de 11 millions $ comptera 46 cellules et devrait accueillir ses premiers détenus en avril.

Marché du travail

Alors que les femmes gagnent encore moins d'argent que les hommes et qu'elles sont plus nombreuses à occuper des emplois rémunérés au salaire minimum, du travail reste à faire au Québec dans le secteur de l'emploi pour améliorer l'égalité de fait entre les hommes et les femmes.

À cet égard, Christine St-Pierre est particulièrement fière des efforts de son gouvernement pour soutenir l'entreprenariat féminin. «Les Organismes régionaux de soutien à l'entreprenariat féminin (ORSEF) accordent des prêts, comme une forme de micro-crédit, aux femmes entrepreneures qui ont de la difficulté à obtenir du crédit dans les banques. Bien souvent, ces sommes permettent de créer, de sauver ou de solidifier des entreprises dirigées par des femmes», explique-t-elle.

Lieux de pouvoir

Le gouvernement du Québec a aussi fait des efforts pour que les femmes investissent les lieux de pouvoir. «Ici, au ministère, nous avons fait campagne pour encourager les femmes à aller de l'avant parce que si on veut que les choses changent, il faut que les femmes investissent les lieux de pouvoir pour être là où les décisions se prennent et pour faire valoir leur point de vue», affirme Mme St-Pierre.

Le gouvernement Charest s'est d'ail-leurs engagé, en décembre 2006, à ce que les conseils d'administration des 24 sociétés d'État soient composés à parts égales de femmes et d'hommes d'ici le 14 décembre 2011. Déjà, la représentation des femmes est passée de 27,5 à 44,4 %, une augmentation de 61 %.

Deux dossiers vedettes

Sur la scène internationale, le Québec a aussi toujours deux grands dossiers sur lesquels il peut compter pour montrer son leadership en matière d'égalité entre les sexes. D'abord, les congés parentaux. «Le Québec est vraiment à l'avant-garde dans ce domaine. Nous sommes seulement six États au monde qui offrent un congé parental avec une partie dédiée au père seulement. Et les pères le prennent, ce congé ! De plus en plus, les pères sont présents pour leurs enfants et on assiste à un beau changement des mentalités», affirme Christine St-Pierre.

Le système de garderie québécois est aussi fréquemment cité en exemple, indique la ministre. «Les garderies accessibles permettent aux femmes de demeurer sur le marché du travail», explique-t-elle.

Charte corporelle

Enfin, la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, lancée l'automne dernier, continue d'être d'actualité. Dernièrement, la top modèle canadienne Coco Rocha, 1,77 mètre, 51 kilos, a été écartée de la Semaine de la mode de New York puisqu'elle était considérée comme trop grosse. La mannequin a dénoncé publiquement l'industrie de la mode qui réduit les femmes et les enfants à des squelettes et qui devrait mettre en valeur la beauté du corps de la femme plutôt que le détruire.

«Il y a une certaine folie dans l'industrie de la mode et il doit y avoir une prise de conscience, affirme Christine St-Pierre. Les dessinateurs de mode ne peuvent pas vendre seulement leurs vêtements à des femmes qui portent la taille 0. Ils ont intérêt à faire de beaux vêtements qui font bien à toutes sortes de femmes.»

Le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine se prépare d'ail-leurs à lancer un microsite sur lequel les gens pourront aller s'inscrire pour adhérer à la Charte. «On veut donner un second souffle à la Charte, la faire pénétrer dans l'opinion publique, explique-t-elle. C'est très complexe comme dossier et tout ne se réglera pas du jour au lendemain avec une Charte. Mais on souhaite susciter une véritable prise de conscience, on mise sur l'adhésion des gens plutôt que sur la coercition.»

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Collaboratrice du Devoir