La troisième Marche mondiale des femmes - «Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche !»

Catherine Lalonde Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Partout dans le monde, plusieurs groupes de femmes se joindront à la troisième Marche mondiale des femmes. Ici, la Fédération des femmes du Québec invite à gonfler les rangs pour «faire reculer le vent de droite, le néolibéralisme et le délestage du partage et de la solidarité».

L'idée est née en 1995, en droite ligne de la marche québécoise Du pain et des roses contre la pauvreté. Pourquoi les femmes ne se retrouveraient-elles pas, partout, par le biais des rencontres internationales et des Marches mondiales? «Le mouvement des femmes ici est fort, rappelle la présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Alexa Conradi. On s'est rendu compte que pour faire des gains substantiels, il fallait mondialiser les solidarités. On a besoin d'une force collective, de par le monde.» Une façon d'identifier les problématiques propres aux femmes et de partager les idées, les actions et le savoir acquis: «On n'avait surtout pas envie d'un rapport où les femmes du Nord allaient dire à celles du Sud quoi faire et comment être. C'est une façon d'être ensemble.» Ainsi sont nées les marches de 2000 et de 2005.

Les défis de la Marche 2010? D'abord, «défaire le mythe de l'égalité atteinte. Même si sur papier, ici, on est égal, il reste beaucoup de choses à régler», rappelle Ève-Marie Lacasse, organisatrice de la Marche. «On a noté davantage d'acquis dans les années 70 et 80. Là on se bat aussi pour ne pas reculer. En santé des femmes, en services d'avortement, on a des craintes de reculs, qui peuvent s'effectuer de façon sournoise, en ne finançant pas certains services ou en limitant l'accès à la contraception. Aujourd'hui, c'est encore à 70 % le taux des femmes qui travaillent au salaire minimum. Et la question de la violence demeure un tabou qui est loin d'être réglé. Il y a encore autant de cas de violence recensés au pays.»

Le 7 mars: départ !

Le 7 mars verra donc à Montréal le lancement national de la Marche mondiale 2010 et le dévoilement de ses revendications. Toutes et tous sont invités à 13h à un rassemblement sur la Place Phillips, suivi d'une courte marche et d'une action-surprise «dont on ne peut rien dévoiler».

Les lancements régionaux se feront le lendemain et les multiples marches, spectacles, rencontres et manifestations sont «le reflet de la diversité du mouvement des femmes». Différentes actions auront ensuite lieu jusqu'en octobre, pour que les revendications restent aux agendas politiques et médiatiques.

«Depuis 15 ans, on est dans une ère où les services sociaux sont sabrés, ce qui fait que l'égalité des femmes recule, précise la nouvelle présidente de la FFQ, élue en septembre dernier. Cette marche devrait mettre une pression sur les gouvernements.»

En particulier sur le gouvernement fédéral. Trois des revendications lui seront dédiées le 7 mars, alors que la FFQ s'est historiquement davantage adressée au provincial. «Le gouvernement conservateur actuel est l'un des plus hostiles aux droits humains au Canada depuis 40 ans, et plus spécifiquement aux droits des femmes. Pour eux, l'égalité est atteinte. C'est une croyance idéologique car aucune statistique ne nous permet de la voir, qu'on parle de l'accès à l'emploi, des plafonds de verres, des agressions et encore plus des immigrantes ou des handicapées qui, dans les faits, n'ont même jamais approché l'égalité.»

La présidente donne en exemple la tentative de démantèlement de Condition féminine Canada et le droit à l'avortement attaqué par un projet de loi privé. «Si au pays les femmes sont beaucoup plus instruites qu'il y a 40 ans, on assiste à un recul de leurs revenus comparativement aux hommes. Le gouvernement ne doit pas abandonner le droit des femmes aux aléas du marché.»

« Il n'y a jamais trop de solidarité »

Les revendications de la FFQ touchent tout le monde. L'organisatrice de la marche rappelle qu'«il n'y a jamais trop de solidarité. Parmi les revendications urgentes, dit Ève-Marie Lacasse, nous demandons l'augmentation du salaire minimum, l'abolition des catégories à l'aide sociale, l'augmentation des prestations d'aide sociale, l'arrêt des privatisations et des hausses de tarif des services publics, une loi sur les publicités sexistes et le retour des cours d'éducation sexuelle».

Des préoccupations somme toute plus sociales que féministes? «Le plus insidieux pour le droit à l'égalité demeure les rapports historiques, rappelle Alexa Conradi. Les hommes souffrent aussi d'enjeux spécifiques, comme le taux de suicide élevé. La différence, dans la perspective féministe, c'est l'inégalité structurelle. On cher-che à changer des rapports sociaux qui ont de 2000 à 4000 ans d'histoire et certains nous blâment pour le désarroi que ça entraîne.»

Et c'est pour identifier les problématiques précises à chacun que les groupes de femmes, selon la présidente, ont encore leur place. Comme les groupes d'hommes: «On reste en lien avec des groupes mixtes, mais il est essentiel que la FFQ ait un membership de femmes, précise madame Conradi, en tournée sur la Côte-Nord. Par exemple, dans le Nord, les femmes aînées sont nettement plus pauvres que les hommes. Et parce qu'elles vivent beaucoup plus longtemps, elles sont seules beaucoup plus longtemps. Il y des problématiques d'isolement et d'agression sexuelle sur les aînées spécifiques aux femmes.» Une autre raison de marcher.

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Pour plus d'information:

La Fédération des femmes du Québec : www.ffq.qc.ca

La Marche mondiale 2010: www.marchemondiale.org

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Collaboratrice du Devoir