L'Église d'ici en mutation technologique

Les voies du Seigneur sont peut-être impénétrables, mais elles se numérisent. Le diocèse de Saint-Jean-Longueuil en a donné une belle preuve, il y a quelques jours, en s'autoproclamant «premier diocèse catholique romain francophone» à prendre d'assaut les réseaux sociaux, dont Facebook et Twitter sont les fers de lance. Une étonnante mutation technologique pour ce groupe de chrétiens qui cherche ainsi, en passant par le degré 2.0 de la communication, à traquer le fidèle là où il se trouve. Comme bien d'autres Églises d'ailleurs.

«Je ne dirais pas que l'on va à la pêche, mais, avec ces outils de communication, on se met sur la place publique», explique au téléphone M. Jacques Berthelet, archevêque de cette circonscription ecclésiastique du 450, qui a toutefois décliné, en souriant, l'invitation du Devoir de discuter du sujet par l'entremise de Skype, le système de téléphonie par ordinateur. «Nous sommes convaincus de pouvoir ainsi entrer en conversation avec les jeunes générations et les jeunes adultes, les 25 à 40 ans qui forment la tranche d'âge la plus difficile à atteindre.»

Le prosélytisme numérique est noble. Il est aussi à l'origine de l'ouverture, il y a quelques jours, par le diocèse d'une page dans le célèbre réseau de socialisation Facebook où, pour le moment, 113 brebis ont convergé. On y parle des activités de cette succursale du Vatican, y expose une vidéo de l'archevêque qui parle des réseaux sociaux, y oriente les visiteurs vers des contenus religieux, y invite à des rassemblements, le tout entrecoupé de quelques commentaires de fidèles satisfaits.

Dans la foulée, le diocèse a également activé un fil de communication dans l'espace de microclavardage Twitter. Une vingtaine de personnes y est abonnée pour communier avec le diocèse, dans un format contraignant de messages ne pouvant pas dépasser les 140 caractères.

«Nous avions déjà un site Internet, résume M. Berthelet, tout en soulignant une tradition de communication de son diocèse vieille de 50 ans. Mais, cela manquait d'interactivité. J'ai donc demandé à deux jeunes qui travaillent pour nous de me conseiller sur les modes de communication à adopter. Et ils m'ont convaincu qu'en ces lieux, l'on pourrait initier de nouvelles rencontres.»

La tonalité vient d'en haut

Le diocèse de Saint-Jean-Longueuil n'est d'ailleurs pas le seul à le croire. Un peu plus haut, un peu plus loin, au Vatican, le virage numérique de l'Église catholique semble aussi en train de se négocier comme en témoignent les signes envoyés récemment par le Saint-Siège.

En octobre dernier, le Conseil pontifical pour la communication a tenu en effet une grande rencontre à Rome avec des représentants des empires Facebook, Twitter, YouTube, Wikipedia et consorts. Mission? Évaluer les possibles conjugaisons de la parole biblique au temps du web 2.0. L'Assemblée plénière de la commission épiscopale européenne pour les Médias a mené un exercice similaire afin de voir «comment l'Église peut faire passer le message chrétien dans la culture actuelle marquée par l'interactivité».

L'équipe de Benoît XVI donne d'ailleurs le ton avec l'ouverture récente d'un canal spécialisé dans l'espace de partage de vidéo YouTube. Cette «chaîne du Vatican» en ligne et multilingue distille un catalogue de plus de 500 vidéos. Au programme: bénédictions et messes pilotées par le pape ainsi que quelques documents relatant ses rencontres officielles. L'angélus du 21 février dernier a été vu par plus de 1000 personnes.

En marge, l'Église catholique a également ouvert, dans les espaces numériques de communication, le site pope2you.net (traduction: le pape pour toi) qui donne accès en cinq langues à des outils de partage et de communication faciles à intégrer dans les environnements comme Facebook. «Le Vatican nous donne l'exemple, reconnaît M. Berthelet. En matière de spiritualité, il se passe beaucoup de choses en ligne, et la foi catholique doit aussi y trouver sa place. Il faut placer notre pion là-dedans. C'est une question de marketing.»

Un développement normal

Marketing? Le mot est lâché et il n'étonne pas le théologien Olivier Bauer de l'Université de Montréal qui suit de près cette numérisation de l'activité religieuse dans le monde. «Nous sommes devant un développement normal, dit-il. De tout temps, les religions ont cherché à se rendre visibles. Quand on a construit les églises, c'était dans un souci de visibilité, pour se montrer, pour se faire voir. Dans un monde comme le nôtre, la visibilité est aussi nécessaire, mais elle se fait par d'autres modes.»

Autre branche de la chrétienté, autres moeurs: l'Église unie du Canada a opté pour un café virtuel, baptisé CaféChange (WonderCafé, dans la langue de Stockwell Day). L'endroit se veut un espace de partage et de discussion sur les questions touchant autant la vie quotidienne, l'actualité que le rapport à l'autre et au divin. Entre autres choses. «Le message divin devient intéressant quand il se dilue dans les lieux de partage, poursuit M. Bauer. Et c'est ce que permettent les réseaux sociaux, les sites Internet, les blogues...»

La voie est peut-être bonne, mais elle est aussi appréhendée avec une certaine lucidité par le diocèse Saint-Jean-Longueuil qui ne voit pas dans ses activités en ligne une façon de ramener les gens dans les églises (désertées au Québec dans la foulée de la Révolution tranquille). C'est pour lui un outil de plus dans son arsenal de communication. Point. «Notre objectif est de ranimer la foi, dit M. Berthelet, d'aider les gens à vivre la foi dans un monde sécularisé qui est le nôtre.» Un monde d'ailleurs où Dieu, lui-même, a désormais sa présence dans Facebook. Vraiment.

Se présentant sous la dénomination de «God», l'entité y a pour le moment 3,26 millions d'amis, soit 690 000 de plus que la chanteuse américaine Britney Spears. M. Berthelet ne sait pas encore s'il va prochainement se connecter, numériquement, à lui. «C'est déjà mon ami», dit-il en riant. Et il ajoute: «On dit que Dieu est partout, pourquoi pas sur Facebook?»
20 commentaires
  • René Girard - Inscrit 2 mars 2010 01 h 12

    Un dieu invisible qui veut être mon ami? Non merci.

    C'est bien dit ça : "traqué le fidèle là où il se trouve". Mais le fidèle n'a pas besoin d'être traqué puisqu'il est déjà convaincu.
    Vous vous demandez comment faire passer le message chrétien? Votre dieu n'est pas assez puissant pour vous inspirer coudon'? Semblerait que l'homme est trop vite pour lui, il a de la misère à le rattraper.

    Un autre beau message : transmettre la foi catholique est une question de marketing nous dit Berthelet. Vous vendez quoi? Dieu? Mais ça va pas la tête!

    Dieu attendait l'homme pour se rendre présent dans Facebook faute de pouvoir l'être partout, c'est étrange tout de même comme ça contredit l'omniprésence divine.

    Pour dire vrai dieu n'existe pas.

  • René Girard - Inscrit 2 mars 2010 03 h 38

    Le droit de ne pas croire

    si je ne crois pas ça ne fait pas de moi un damné, ni un infidèle. Je serais un infidèle si j'étais un croyant et que je n'observerais pas les dogmes et les commandements. Mais comme mon incroyance me situe en dehors de la religion je demeure fidèle à moi-même en ne croyant pas. En cela je suis bien plus fidèle que bien des croyants infidèles.

  • Roland Côté - Inscrit 2 mars 2010 07 h 41

    Une Église vraiment branchée?

    L'Église catholique, à l'instar des autres religions, cherche à tout prix à augmenter son troupeau de fidèles. Grand bien lui fasse mais, est-ce que l'on pourra apostasier en ligne?

  • Gabriel RACLE - Inscrit 2 mars 2010 09 h 16

    Et ensuite...

    Extrait du journal Le Monde de ce jour :

    « "Pourquoi ne pas mettre la technologie au service de la spiritualité. Et grâce à nos moyens modernes, faire rentrer l'Eglise dans nos vies et dans nos cœurs... sur un simple coup de téléphone ?" Lancé il y a quinze jours, le Fil du Seigneur propose aux catholiques de "reconnaître leurs péchés devant Dieu", en ne passant pas par la case du confessionnal. Une fois le chemin de la pénitence et le temps de la confession effectués, c'est l'heure du soulagement de la conscience au bout du fil (0,15 centime la minute). "Cela ne vaut pas l'absolution, certes, mais pour les petits péchés, pas besoin d'un prêtre", explique la créatrice du Fil du Seigneur, Camille Hautier, dans le Parisien de mardi.»

  • Roland Berger - Inscrit 2 mars 2010 09 h 32

    Non à la confession téléphonique

    Pour l'Église, la modernisation a ses limites. À preuve, son refus de reconnaître la validité de la confession par téléphone, comme si le repentir et l'absolution perdaient toute valeur ainsi communiqués.
    Roland Berger
    St Thomas, Ontario