Le contre-choc de la grippe H1N1

«Les professionnels sont frustrés et on est conscient de ça, le système manque de marge de manœuvre pour faire face aux pics d’achalandage», a déclaré hier le p.-d.g de l’Agence de santé et des services sociaux de Montréal, David Levine.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Les professionnels sont frustrés et on est conscient de ça, le système manque de marge de manœuvre pour faire face aux pics d’achalandage», a déclaré hier le p.-d.g de l’Agence de santé et des services sociaux de Montréal, David Levine.

La hausse des cas lourds et l'achalandage hivernal, combinés à un «rebond» de cas «non urgents» mis de côté pendant la pandémie de grippe font que les malades doivent s'armer de patience en se présentant dans les urgences montréalaises ces jours-ci, elles qui affichent des taux d'occupation qui sont près du double de leur capacité.

Le personnel hospitalier a vivement dénoncé la situation, hier, alors que la marge de manoeuvre est pour ainsi dire inexistante. «On vit un rebond important», explique le p.-d.g de l'Agence de santé et des services sociaux de Montréal, David Levine. «Avec la pandémie, on a enlevé beaucoup de personnes âgées des établissements, on a arrêté les chirurgies non urgentes.» Aujourd'hui, en plein pendant les mois d'hiver les plus achalandés, ces cas s'ajoutent à un débordement systémique.

«Le personnel souffre de l'accumulation progressive», constate le Dr Bernard Mathieu. «On n'a pas eu de répit pendant plusieurs semaines, des heures supplémentaire obligatoires à tour de bras», ajoute le vice-président de l'Association des médecins d'urgence du Québec (AMUQ). La situation à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, où il pratique, est particulièrement difficile.

Ce sont 42 des 106 lits de soins de longue durée qui ont été fermés fin décembre, faute d'omnipraticiens. Les patients restent littéralement bloqués à l'urgence pendant plusieurs jours. Des lits ont été libérés ailleurs, dit David Levine, mais la transition est difficile. «Les professionnels sont frustrés et on est conscient de ça, le système manque de marge de manoeuvre pour faire face aux pics d'achalandage.»

Conséquences mortelles?

Et si les patients en mouraient? Le coroner conclut dans un rapport non publié, mais obtenu par La Presse, que Marielle Bossé, 64 ans, ne serait peut-être pas décédée en mai 2009 si la salle de réanimation de l'hôpital Sacré-Coeur n'avait pas été bondée.

Le Dr François Dufresne, qui pratique aux urgences de Charles-Lemoyne et de l'Hôpital général de Montréal, s'en inquiète: «Ce n'est pas fréquent qu'un coroner conclut que c'est l'engorgement qui est en cause.» «On ne vit rien de neuf, rappelle le président de l'Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec (ASMUQ). C'est un cancer qui n'est pas traité. Malheureusement, ça prend des cas comme ça pour réveiller le monde.»

«L'urgence, c'est le bout de l'entonnoir, tous les problèmes du système y aboutissent», résume-t-il.

Les Australiens ont étudié de phénomène en détail. Une étude en particulier, menée sur plus de 62 000 patients admis aux urgences dans la région métropolitaine de Perth, publiée en 2006, arrive à des conclusions inquiétantes: le débordement des hôpitaux et des urgences est associé à un taux de mortalité de 30 % plus élevé de deux à sept jours après l'arrivée des malades à l'urgence.

«Un hôpital débordé devrait être vu comme un hôpital non sécuritaire», concluait le Dr Peter Cameron, dans un éditorial du Médical Journal of Australia. Les études «montrent qu'il y a une association entre le débordement et la mortalité, pas que le débordement cause la mortalité, précisait-il, mais il y a de bonnes raisons pour établir une relation entre les deux.»

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a rencontré les chefs des urgences montréalaises la semaine dernière et se dit «préoccupé et au courant de la situation», explique sa porte-parole.
3 commentaires
  • Assez merci - Inscrit 26 février 2010 04 h 28

    Et puis?

    Gouverner est planifier!
    Pourquoi ne pas avoir garder l'hopital St-Luc ouvert pour les soins de longue durée et autre cas lourd?
    La population vieillie, il me semble que les ministres de la santé successifs, auraient dus y voir clair et mettre le CHUM ailleurs.
    Et pourquoi 2 CHUM, l'argent (des milliards) auraient bien mieux servis pour du personnel!

  • Pierre Samuel - Abonné 26 février 2010 12 h 12

    La H1 N1 à toutes les sauces...

    La H1 N1 a décidément le dos large! Après avoir créé une panique «artificielle» dans la population compte tenu de sa virulence nettement exagérée, les docteurs Mathieu, Dufresne et Cameron, contrairement au soporifique plaisantin ministre de la Santé, Yves Bolduc, affirment une triste vérité de La Palice en mentionnant qu'il n'y a «rien de neuf» dans le fait «qu'un hôpital débordé est non sécuritaire» !

    Nonobstant, les futures pandémies, amplifiées ou non, il n'en demeure pas moins que la «médecine de brousse» qui a cours depuis près de 20 ans dans nos hôpitaux déployée vaillamment par tous ces braves et courageux urgentologues, chirurgiens, infirmières, secouristes d'Urgence-Santé, préposés, etc.) méritent à très peu d'exceptions contraires toute notre admiration et reconnaissance!

    Autant les gouvernements péquistes que libéraux, par leurs politiques
    vaudevillesques et leur absence de jugement (déficit zéro, farce grotesque des deux CHUM(S) sont les principaux responsables de ce gâchis inqualifiable et insoluble où la H1 N1 ne leur sert que trop facilement de bouc émissaire!

  • France Marcotte - Inscrite 26 février 2010 17 h 24

    Vous qui entrez ici...

    Si on dit sans artifices les choses comme elles sont pour ceux qui les vivent, cela pourrait ressembler à ceci: l'urgence d'un hôpital est un lieu où on entre à ses risques et périls. Quand un proche dit qu'il ne peut faire autrement, qu'il doit s'y rendre, tout le monde est triste pour lui et lui souhaite bonne chance. C'est un lieu maudit. Certains, qui auraient besoin de soins préfèrent souffrir que d'y aller. J'en connais qui ont des fractures et qui les laissent se rabouter toutes seules. D'autres, et ils commencent à être nombreux, se dirigent vers les cliniques payantes, complètement désespérés. Tout pour ne pas aller attendre 15 heures dans ce lieu glauque et dangereux.