Le tiers des logements seraient en piteux état

Québec — D'après le lobby des propriétaires, le tiers des logements au Québec nécessitent des rénovations «majeures». Or, pendant que cette année les particuliers rénovaient en grand nombre leur maison grâce aux crédits d'impôt offerts par les gouvernements, les propriétaires d'appartements, eux, s'en sont tenus au minimum.

D'après un sondage interne mené à la fin de l'année par la Corporation des propriétaires immobiliers (CORPIQ) auprès de ses membres, 32 % des appartements ont besoin de rénovations majeures, ce qui comprend les fondations, les murs, la tuyauterie, l'électricité, des planchers à remplacer, le toit, le système de chauffage, les fenêtres ou les balcons.

Or les propriétaires s'obstinent à ne pas les faire. Ainsi, dans une lettre transmise en décembre au ministre des Finances Raymond Bachand, ils reconnaissent eux-mêmes s'en tenir «au minimum nécessaire». «Ce qu'on observe, c'est que les travaux sont reportés année après année jusqu'à ce qu'il y ait des problèmes graves», précise Hans Brouillette, le porte-parole de la CORPIQ.

Les propriétaires ont peu bénéficié des crédits d'impôt à la rénovation mis en place par Québec et Ottawa en 2009. Ainsi, une nette majorité de ceux qui ont participé au sondage mentionné plus haut se sont dits indifférents ou non intéressés à ces crédits d'impôt.

Ces mesures fiscales n'ont rejoint que les propriétaires occupants de petites unités, et l'aide ne commençait à s'appliquer qu'à partir de 7500 $, déplore la CORPIQ, qui réclame des incitatifs fiscaux à la rénovation spécialement pour les propriétaires.

«La situation est grave, plaide l'organisme dans sa lettre au ministre. En plus des argents [sic] actuellement investis par les propriétaires, ce sont entre un et deux milliards par année sur cinq ans qui seraient nécessaires pour remettre le parc immobilier sur une base solide.»

Selon M. Brouillette, les propriétaires n'ont aucun intérêt à investir actuellement parce que les loyers contrôlés par la Régie du logement les empêchent de compenser pour leurs dépenses.

Chez les associations de locataires, on reconnaît que le parc locatif est en mauvais état. «Oui, c'est clair que le parc vieillit», affirme Jean-Claude Laporte, du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). Entre les recensements de 2001 et de 2006, la part des locataires qui affirmaient avoir besoin de réparations majeures dans leur logement est passée de 8,9 % à 10,6 %, relève-t-il, soit environ 8000 logements de plus au Québec.

Ce qui est nettement inférieur au taux de 32 % avancé par les propriétaires. Ces derniers répondent à ce propos que les locataires sont en général moins au courant des travaux à faire que les propriétaires.

Économiste spécialisé en habitation à l'Université Laval, le professeur François Desrosiers croit que le problème est «structurel». «Les propriétaires hésitent à rénover parce qu'ils récupèrent trop lentement leurs mises de fonds», signale-t-il.

«Il y a une disparité de traitement entre le locatif et la propriété unifamiliale. Il devrait y avoir des mesures plus généreuses pour encourager les propriétaires à faire des rénovations.»

Un tel scénario fait bondir le FRAPRU. «Je vois mal comment on pourrait se servir de l'argent public pour aider des individus et des entreprises à faire du profit pendant qu'il y a des centaines de ménages mal logés. Je trouverais ça indécent», croit M. Laporte. Pour le FRAPRU, les villes devraient tout simplement se doter d'un code du logement «avec des dents», qui imposerait des amendes aux propriétaires qui répugnent aux travaux. Or, rétorque M. Brouillette, on ne pourra jamais «forcer» des gens à faire des rénovations.