Le Canada perd son dernier vétéran de la Première Guerre mondiale

Le parcours militaire de John Babcock s’est arrêté à Londres, aux portes de la guerre sanglante, où il a déchargé des convois militaires et s’est exercé pour un débarquement qu’il ne fera jamais.
Photo: Agence Reuters Jeff Green Le parcours militaire de John Babcock s’est arrêté à Londres, aux portes de la guerre sanglante, où il a déchargé des convois militaires et s’est exercé pour un débarquement qu’il ne fera jamais.

John Babcock était l'un des 65 millions de soldats à avoir participé à la Première Guerre mondiale. Et l'un des six derniers survivants sur la planète à pouvoir encore témoigner de l'atmosphère de la «Grande Guerre». Ils sont maintenant cinq vétérans à porter la mémoire de cette époque: trois en Grande-Bretagne, un aux États-Unis et un en Pologne. Et il n'y a plus de Canadien depuis hier.

John Babcock, dernier soldat canadien à avoir pris part à la Première Guerre mondiale, s'est éteint à l'âge de 109 ans, à quelques mois de souffler 110 bougies (23 juillet).

Né en 1900 dans une ferme près de Kingston, en Ontario, il vivait depuis 1921 à Spokane, dans l'État de Washington, aux États-Unis, ayant poursuivi sa carrière militaire au sud de la frontière après la Première Guerre mondiale. Il avait renoncé à sa citoyenneté canadienne pour pouvoir travailler aux États-Unis, mais le gouvernement conservateur lui a rendu sa citoyenneté en 2008.

Le gouvernement lui a d'ailleurs rendu hommage hier, soulignant que c'est «la fin d'une époque». «C'est rempli de tristesse que nous tournons une page de notre histoire, a déclaré le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn. M. Babcock n'étant plus des nôtres, il ne reste aucun ancien combattant pour nous parler de cette époque marquante de notre histoire.»

Ottawa dit vouloir commémorer la mémoire de M. Babcock, mais aucune indication n'a été donnée, puisque le vétéran de 109 ans a refusé l'honneur des funérailles d'État que le gouvernement lui offrait.

John Babcock avait à peine 15 ans lorsqu'il a été approché par un lieutenant pour s'enrôler dans l'armée. Il a prétendu avoir 18 ans pour obtenir le droit d'aller combattre en Europe. Le jeune John verra toutefois ses espoirs déçus: jamais il n'ira au front. Son parcours s'est arrêté à Londres, aux portes de la guerre sanglante, où il a déchargé des convois militaires et s'est exercé pour un débarquement qu'il ne fera jamais, l'armistice étant signé quelques jours avant son départ vers le front.

John Babcock s'étant éteint, le vétéran le plus âgé de la Première Guerre est maintenant Frank Buckles, un Américain né le 1er février 1901.

Des milliers de morts

John Babcock était le dernier survivant des 650 000 Canadiens ayant participé à la guerre 1914-18. C'est énorme, puisque le Canada comptait huit millions d'habitants à l'époque.

Près de 60 600 soldats sont morts au combat, alors que 173 000 autres ont été blessés. Une goutte d'eau dans l'océan des 9,75 millions de soldats décédés dans ce conflit planétaire.

L'historien militaire Jack Granatstein, du Canadian Defence and Foreign Affairs Institute, préfère d'ailleurs qu'on se souvienne des 650 000 participants canadiens à la Première Guerre, plutôt que de John Babcock. «Son plus grand exploit a été de vivre aussi longtemps! Il n'a pas vu de combat, il n'est pas allé au front, car il était trop jeune. Il est revenu en seul morceau et il a été chanceux», a-t-il dit au Devoir hier.

Par contre, la Première Guerre mondiale a une grande importance dans l'histoire du Canada, affirme M. Granatstein. Il s'agit du dernier conflit où le Canada, en tant que colonie de la Grande-Bretagne, a été entraîné dans une guerre sans avoir son mot à dire. C'est en 1931 que le Canada prend les commandes de sa politique étrangère.

De plus, ce conflit marque le premier vrai déchirement entre francophones et anglophones à propos de la pertinence de combattre et d'imposer la conscription. «La tension politique était énorme», dit M. Granatstein, qui ajoute que les francophones ont finalement peu participé à cette guerre outre-mer. Henri Bourassa, fondateur du Devoir, était l'une des voix les plus fortes contre cette guerre, qu'il jugeait «impérialiste».

«Les opposants à la guerre étaient moins nombreux au Canada anglais, alors les hommes se sont enrôlés plus vite. C'est une fierté au Canada anglais, ça fait partie de notre histoire, alors que c'est moins le cas au Québec.» Les soldats canadiens, ajoute l'historien, on acquit une réputation de «féroces guerriers» à cette époque. «C'est le début de notre réputation militaire», dit-il.
2 commentaires
  • Andrée Laprise - Inscrite 20 février 2010 10 h 01

    Encore M. Granatstein!!!

    Pourquoi avoir posé cette question à Jack Granatstein sur l'enrôlement des francophones? Il est faux de croire que les hommes du Canada anglais se sont enrôlés plus vite que ceux du Canada français. Relisez «Billet pour le front« de Desmond Morton ou mieux encore «Déserteurs et insoumis» de Patrick Bouvier. Vous verrez que les anglophones aussi rechignaient à s'enrôler. Il y eut autant de demandes d'exemptions dans les provinces anglophones qu'au Québec. Mais ça, personne n'en parle jamais, trop occupés que sont les journalistes à reprendre les mêmes vieilles rengaines.
    Il y a d'autres historien(ne)s, bilingues en passant, qui peuvent répondre à vos interrogations sur la Première Guerre mondiale. Vous voulez des noms: Jonathan Vance, Bill Rawling, Desmond Morton, Marcelle Cinq-Mars, Tim Cook, Yves Tremblay et j'en passe. Sauf M. Morton, ce sont de jeunes historiens de moins de 50 ans qui analysent l'histoire autrement.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 février 2010 10 h 45

    «ont acquis» et non «on acquit»

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