Lutte contre le décrochage - Moins de boulot pour les mineurs sans DES?

La Fédération des chambres de commerce demande à ses membres de limiter à 16 heures par semaine le travail de leurs jeunes employés et de ne pas les faire travailler après 22h, sauf les fins de semaine.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La Fédération des chambres de commerce demande à ses membres de limiter à 16 heures par semaine le travail de leurs jeunes employés et de ne pas les faire travailler après 22h, sauf les fins de semaine.

Québec — Inquiète de l'impact du décrochage scolaire sur ses affaires, la Fédération des chambres de commerce incite ses membres à ne pas trop faire travailler les jeunes de 18 ans et moins qui n'ont pas encore leur diplôme d'études secondaires (DES).

«Sans la cinquième secondaire, c'est regrettable, mais on ne se rend pas à d'autres étapes», a déclaré hier la présidente de la Fédération, Françoise Bertrand, lors d'un point de presse en compagnie du ministre du Développement économique, Clément Gignac.

La Fédération, qui compte 100 000 membres, demande à ces derniers de limiter à

16 heures par semaine le travail de leurs jeunes employés. Elle recommande aussi qu'on ne les fasse pas travailler après 22h, sauf les fins de semaine. En guise d'incitatif, les employeurs obéissants recevront une attestation officielle «d'employeur responsable».

Pas question toutefois d'imposer de telles règles. La Fédération a reconnu qu'elle serait la première à dénoncer le gouvernement s'il entendait en faire un règlement ou une loi.

Prié de dire ce qu'il entendait faire si les employeurs ne respectaient pas le mot d'ordre, le ministre Gignac a répondu qu'il était un homme «optimiste» et qu'il se donnait au moins cinq ans avant de réévaluer la démarche. On ne s'est pas non plus donné d'objectif chiffré quant au nombre d'employeurs et de jeunes travailleurs ciblés par cette mesure incitative.

La démarche a par ailleurs été bien accueillie par le président du Groupe d'action sur la persévérance et la réussite scolaire, L. Jacques Ménard. «Les employeurs de jeunes étudiants et travailleurs à temps partiel ont une lourde responsabilité à l'égard du défi de la persévérance», a-t-il déclaré par voie de communiqué.

M. Ménard, tout comme Mme Bertrand, estime en outre que le risque d'un impact négatif de cette mesure sur l'économie sera largement compensé par les bénéfices à long terme puisque la hausse d'une année de la scolarité d'une population entraîne, selon l'OCDE, une augmentation du PIB par habitant de 4 à 7 %.

Le patronat est d'autant plus préoccupé par le décrochage que la pénurie de main-d'oeuvre qui pointe à l'horizon risque de pousser les employeurs à tirer encore plus de jus des rares employés qu'ils ont, aussi jeunes soient-ils. À titre d'exemple, l'histoire des Tim Horton's albertains qui avaient été forcés de fermer durant le jour en raison du manque d'employés avait fait beaucoup de bruit il y a quelques années.

La Fédération estime qu'au moins le quart de ses membres oeuvrent dans les secteurs d'emplois où affluent les étudiants, comme la vente au détail et la restauration. Toutefois, quand on interroge sa présidente sur l'impact social qu'a pu avoir la résistance du patronat à la syndicalisation dans ces secteurs, Mme Bertrand affirme que «la question de la syndicalisation appartient à une autre dynamique».

On se rappellera qu'il y a quelques mois, un jeune étudiant de l'Université Laval avait entrepris une croisade très médiatisée pour syndiquer les employés étudiants des Starbucks de la région de Québec, un employeur qui nuisait selon lui à leur réussite en leur imposant un horaire de travail trop chargé.

Ce qui fait dire à la présidente de la Confédération des associations d'étudiants et étudiantes de l'Université Laval (CADEUL), Barbara Poirier, que la démarche des chambres de commerce est un «pas dans la bonne direction», mais que le débat gagnerait à être élargi.
1 commentaire
  • Louis Lapointe - Abonné 20 février 2010 22 h 19

    La réussite scolaire des jeunes doit leur être présentée comme étant plus importante que leur capacité de consommer.

    « La réussite scolaire des jeunes doit leur être présentée comme étant plus importante que leur capacité de consommer. »*Claude Corbo, 3 février 1993.

    Cette déclaration de Claude Corbo, recteur de l’UQAM, prononcée devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, est rapportée dans l’édition du Devoir du 3 février 1993. À cette époque, Claude Corbo était un des rares recteurs à défendre l’idée que les étudiants devaient étudier plus et travailler moins.

    suite... http://www.vigile.net/La-reussite-scolaire-des-jeu