Université d'été - La francophonie des Amériques sera vue sous la loupe des experts

L’un des grands thèmes abordés lors de l’Université d’été portera sur l’histoire et l’avenir des Acadiens.
Photo: Chris Smith — CMA L’un des grands thèmes abordés lors de l’Université d’été portera sur l’histoire et l’avenir des Acadiens.

L'Institut québécois des hautes études internationales (IQHEI), rattaché à l'Université Laval, présente, en collaboration avec la Chaire Senghor de l'Université du Québec en Outaouais et le Centre de la francophonie des Amériques, la première édition de l'Université d'été sur la francophonie des Amériques, qui se tiendra du 5 au 12 juin prochain.

Cette première mouture, qui se tiendra principalement à l'Université Laval mais également à l'Université du Québec en Outaouais (UQO) et au Centre de la francophonie des Amériques, s'adresse aux étudiants des trois cycles universitaires, au grand public ainsi qu'aux professionnels et autres experts.

L'Université d'été sur la francophonie des Amériques se déclinera en 11 blocs thématiques animés. À cela s'ajoutent des conférences, des débats, des ateliers et des échanges de tous ordres. Les grands thèmes porteront sur les Acadiens, les Métis, le statut du français en Amérique latine, les deux régimes linguistiques canadiens, les grandes figures littéraires, l'identité et l'engagement, les contours sociologiques et cartographiques de la francophonie, les rapports des Franco-Américains avec le Québec et la francophonie métissée des Caraïbes à la Louisiane.

En tout, une soixantaine de personnes, dont une dizaine d'experts en provenance d'universités du Québec, de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick ainsi que du Mexique et des États-Unis, sont attendues. On notera aussi la présence de Graham Fraser, commissaire aux langues officielles (conférence de clôture), et de Benoît Pelletier, ex-ministre libéral, dans le cadre d'un midi causerie. À ne pas manquer également, une conférence grand public portant sur les représentations d'Évangéline dans les Amériques. Des visites du Parlement canadien et de l'Assemblée nationale sont également prévues au programme.

Une démarche comparative

«Dans le cadre de cette première édition, nous avons décidé de ne pas choisir un thème en particulier, raconte Anne-Andrée Denault, coordonnatrice des relations avec les milieux académiques au Centre de la francophonie des Amériques, situé dans le Vieux-Québec. Nous avons plutôt choisi d'ouvrir ce sujet de façon un peu plus large. Les thèmes choisis, tels les Acadiens, la Louisiane ou encore les Métis, sont étudiés, bien sûr. Mais il est rare, comme on compte le faire, que soient créés des liens entre ces différents milieux ou encore que soit favorisée une démarche comparative. Nous avons d'ailleurs invité de grands experts qui sont bien connus dans leur domaine respectif.»

Est-ce une façon de voir ou d'envisager autrement cette francophonie des Amériques? «Oui. On souhaite sortir des sentiers battus et voir si les professeurs, par cette démarche comparative, peuvent sortir un peu de leur zone de "confort", en quelque sorte.»

Un nouvel objet de recherche

De son côté, Jean-François Simard, professeur à l'UQO et titulaire de la Chaire Senghor, précise que l'étude de la francophonie des Amériques est «un nouvel objet de recherche. Il n'y a pas de livre sur la francophonie des Amériques. En fait, jusqu'à présent, ce concept est fragmenté. Et la grande question qui va se poser durant cette semaine-là est la suivante: "Est-ce que la francophonie des Amériques est une pure construction idéologique ou est-elle le reflet d'une réalité sociologique?"»

«Écoutez, poursuit-il. Si je pose maintenant la question suivante: "Qu'est-ce qu'un francophone?", vous aurez sûrement votre réponse et moi la mienne, et tout un débat peut ainsi s'animer. En d'autres mots, un certain James Turcotte, qui est de la quatrième génération vivant dans le Maine et dont l'arrière-grand-père est né à Montmagny, mais qui ne parle plus un seul mot de français, est-il un francophone?»

D'un point de vue plus sociopolitique, sinon sociogéographique, le professeur Simard rappelle que l'Amérique s'est pensée dans une logique d'intégration de zones économiques, tels l'ALENA et le MERCOSUR. Désormais, «il nous faut de plus en plus repenser l'Amérique comme une intégration de réseaux sociaux et donc d'appartenance à une langue commune». En clair, il précise que l'Université d'été sur la francophonie des Amériques a pour objectif «de jeter de nouveaux ponts. On est le plus petit groupe linguistique en Amérique — il y a bien sûr des langues vernaculaires — mais je parle ici de langue occidentale. Et, dans cette perspective, on ne peut pas se permettre le luxe de l'isolement linguistique lorsqu'on est minoritaire, comme nous le sommes.»

L'organisation

Réfléchir et débattre sur toute cette question, c'est bien, mais, pour ce faire, ça prend une organisation solide. «Nous sommes un partenaire de cet événement à titre de conseiller, en raison de l'expérience que nous avons acquise au cours des ans par l'entremise de nos écoles d'été», souligne Pauline Curien, responsable des communications et coordonnatrice de la recherche à l'IQHEI. «Concrètement, j'interviens notamment sur le plan de la diffusion de l'information, sur la mise sur pied de la programmation, qui doit être bien équilibrée. Il faut, par exemple, alterner les conférences et les débats, les débats avec les séries de questions, etc.»

Au-delà du modus operandi, Mme Curien souligne que cet événement de marque offrira à son établissement universitaire une belle visibilité «sur le plan de la francophonie des Amériques mais aussi hors Amérique. Et peut-être bien que cela fera émerger d'autres projets du même genre ou d'un genre différent.»

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Collaborateur du Devoir