La mesquinerie à l'heure du Web 2.0

La preuve qu'Obama ne vaut rien? Même les chiens refusent ses sucreries. Aux États-Unis, la «politique trash» n'est pas vraiment un concept — personne n'utilise ce mot —, mais bien une réalité, extrêmement répandue. Sur le site antiobama.net, on peut ainsi voir en vidéo un chien qui tourne la tête avec dédain dès qu'on lui propose une croquette de la part du président. «Tu ne veux vraiment pas cela de la part de Barack Obama?, demande sa maîtresse. Il t'enverra de l'argent.» Rien n'y fait, au seul nom du président, le corniaud fait la gueule.

Grâce à Twitter, Facebook et des centaines de sites internet consacrés à la démolition du 44e président des États-Unis, toutes les questions les plus absurdes ou insultantes font quasi instantanément le tour du pays. «Barackie est-il gai?», interroge une des dernières vidéos, recommandée, sur la messagerie Twitter, par le compte Antiobama.net. On y voit Barack Obama toucher les épaules de quelques hommes politiques ou laisser son bras flotter de façon un rien efféminée... et déjà le doute est insinué: le président est peut-être aussi homosexuel...

Dans le genre, le thème de prédilection des casseurs d'Obama reste pourtant sa prétendue confession musulmane. Sans cesse, de nouvelles vidéos ou pseudo-révélations surgissent, assénant que Barack Hussein Obama «n'a pas un, pas deux, mais trois noms islamiques» et que sa référence suprême est le Coran.

Les conservateurs affluent

Les réseaux Internet, parfaitement exploités par Obama durant sa campagne, semblent se retourner contre lui, observe Don Irvine, président d'Accuracy in Media, un centre qui joue les gendarmes des médias. «Depuis son élection, les conservateurs ont afflué vers les médias sociaux, comme Facebook et Twitter, pour exprimer leurs points de vue et, récemment, ils l'emportent même sans doute de peu sur la gauche dans ce domaine. Mais les médias sociaux diabolisent beaucoup moins Obama que ne l'avait fait la blogosphère dominée par la gauche avec George Bush», estime Don Irvine.

Les nouveaux médias ne rendent pas forcément la politique américaine «plus sale», mais ils contribuent sans doute à sa «polarisation», observe aussi Eric Ostermeier, chercheur à l'Université du Minnesota et auteur du blogue Smart Politics: «Internet est une façon instantanée pour les républicains, qui se sentent exclus du pouvoir à Washington, de faire entendre leur voix. Et il est clair qu'en 140 caractères [le maximum pour un post sur Twitter], on ne saisit guère toute la complexité d'un sujet. Ces messageries ont donc tendance à accroître encore la polarisation politique, qui était déjà forte.»