Une usine d'eau qui coûte cher - Saint-Irénée est en colère contre BPR

Des citoyens de Saint-Irénée refusent la responsabilité financière de la construction et de l'entretien de l'usine d'eau potable qui est en fonction depuis deux mois dans leur petit village de Charlevoix. Dans une pétition lancée lundi et destinée au premier ministre Jean Charest, ces citoyens contestent le bien-fondé de «l'usine surdimensionnée de BPR», qui a fait bondir leur taxe d'eau de 92 %.

C'est la réception du compte de taxes municipales la semaine dernière qui a mis le feu aux poudres, mais le malaise des citoyens par rapport à l'usine d'eau potable remonte à 2008, alors qu'il s'agissait d'un projet mené sans appel d'offres public par la firme de génie-conseil BPR. «Personne n'a voulu nous écouter quand on a dit que ça n'avait pas de bon sens. Ils ont tout fait pour nous fermer la boîte. Le problème est visible à l'oeil nu. C'est trop gros pour seulement 130 résidences. [...] On est tellement aux prises avec BPR qu'il est temps que ça bouge», a soutenu l'une des instigatrices de la pétition, Agathe Lavoie.

Mme Lavoie et ses voisins estiment que ni la municipalité ni le ministère des Affaires municipales n'ont pu justifier «la taille excessive» de l'usine. «Maintenant, nous sommes le village le plus taxé pour l'eau au Québec», peut-on lire dans la pétition. Les signataires réclament une commission d'enquête publique qui devrait commencer ses travaux en scrutant ce qui se déroule à Saint-Irénée.


«Je me sens floué»

L'administration de Saint-Irénée a imposé à l'ensemble de la population (quelque 650 habitants, mais 800 comptes de taxes) une taxe spéciale afin de rembourser l'emprunt pour la construction de l'usine. Cette taxe équivaut à 0,0008 %, soit l'équivalent de 8 $ pour une valeur foncière de 100 000 $.

Pour ce qui est de l'entretien de l'usine signée BPR, la taxe d'eau pour les 130 propriétaires résidentiels collectés au réseau d'aqueduc est passée de 300 $ à 575 $. Les commerçants ont subi une hausse équivalant au nombre d'unités résidentielles que leur commerce représente aux yeux de la municipalité. Ainsi, un motel comptant 15 chambres et qui est ouvert seulement de mai à septembre est taxé pour l'eau à hauteur de 4950 $ par année, c'est-à-dire l'équivalent de 7,98 unités résidentielles.

«Je me sens floué. Je ne sais pas si c'est par la municipalité ou par BPR, mais c'est trop cher», s'est indigné hier le propriétaire du motel, Rock Boulianne. Ce commerçant, qui détient également une station-service, un dépanneur et un casse-croûte saisonnier, ne cache pas sa colère devant ce qu'il qualifie de «vrai village BPR». «Il y a des choses à éclaircir. Ça sent la magouille. Je me pose des questions sur les façons de faire de BPR. Ils sont partout», a soutenu M. Boulianne.

La situation préoccupe également le Commissaire au lobbyisme du Québec, qui a ouvert une enquête sur la firme de génie-conseil BPR, comme le révélait hier Radio-Canada. Vérification faite, cette enquête a démarré en septembre dernier à la suite d'une plainte.

C'est la deuxième enquête en six mois qu'institue le Commissaire au lobbyisme sur les activités de BPR. Il y a deux semaines, le Commissaire transmettait son premier rapport au Directeur des poursuites criminelles et pénales. Au total, 84 infractions ont été relevées concernant les activités de BPR dans le Bas-Saint-Laurent. L'ancien maire de Rivière-du-Loup et actuel député libéral, Jean D'Amour, a reconnu avoir enfreint la loi. Il a payé 500 $ pour un constat d'infraction le concernant.

Dans un récent communiqué de presse, BPR soutenait que la Loi sur la transparence et le lobbyisme avait besoin d'être clarifiée afin de «présenter de façon compréhensible les règles d'exercice de la profession». Au bureau du Commissaire, on soulignait hier que «la loi est claire et qu'aucune interprétation n'est possible lorsqu'il y a des communications d'influence qui se font avant le processus d'appel d'offres».

La firme BPR n'avait pas de commentaires à formuler sur le dossier.