«Ce n'est pas Dieu qui envoie la tragédie»

Le cardinal Marc Ouellet a prié les catholiques de la région de Québec de faire preuve de «vigilance» devant l’ouverture des locaux de l’Église de la scientologie dans le quartier Saint-Roch.
Photo: Agence France-Presse (photo) Philippe Desmazes Le cardinal Marc Ouellet a prié les catholiques de la région de Québec de faire preuve de «vigilance» devant l’ouverture des locaux de l’Église de la scientologie dans le quartier Saint-Roch.

Québec — Ce n'est pas Dieu qui est à l'origine du tremblement de terre en Haïti, comme certains preachers l'ont affirmé, estime le cardinal Marc Ouellet, qui se dit «touché» par la dignité affichée par les Haïtiens dans la souffrance.

Le prélat a tenu ces propos hier matin à l'occasion du petit-déjeuner annuel qu'organise l'archevêché avec les médias de la capitale. Après avoir reconnu l'existence de phénomènes avérés par la science, comme le déplacement des plaques tectoniques, il a reconnu qu'on peut «peut-être» accuser Dieu «d'avoir fait un monde» capable de telles horreurs, mais que ce Dieu, celui du Nouveau Testament, «est avec nous» et «porte en lui la souffrance».

Se disant «touché par la dignité affichée par les Haïtiens», il a dit que c'est «leur espérance» qui les sauverait et qu'il y avait «un mal pour un bien» dans tout cela, car le tremblement de terre allait permettre «une reconstruction qui ne va pas seulement profiter à une élite corrompue».

Tout en invitant les médias à continuer de focaliser sur le pays, le chef religieux a rappelé que les communautés religieuses étaient très présentes en Haïti et qu'elles avaient subi de lourdes pertes lors du séisme. Une bonne centaine de religieux sont morts, un bilan qui double pour ce qui est de leurs élèves.

École et pape

Le cardinal Ouellet s'est prononcé sur plusieurs autres sujets d'actualité, dont le cours d'éthique et de culture religieuse, qu'il se réjouit de voir de nouveau débattu depuis quelques semaines. Le gouvernement, dit-il, ne respecte pas la liberté religieuse des parents. «Quand on limite la liberté des gens, tôt ou tard ça nous rebondit dans la face.»

C'est également au nom de la liberté religieuse que le cardinal s'est porté à la défense du pape Benoit XVI, dont les propos sur un projet de loi britannique visant à contrer la discrimination à l'endroit des homosexuels ont été très mal accueillis par les groupes de défense des droits des gais cette semaine.

Selon l'archevêque, il en va de la liberté des évêques d'embaucher qui ils veulent, notamment dans l'enseignement. «Est-ce que je vais faire enseigner la catéchèse par quelqu'un qui ne croit pas? Quelqu'un qui a une vie morale publiquement discutable? [...] On a le droit, quand on engage quelqu'un, de choisir quelqu'un qui a une bonne réputation.»

Or, a-t-il laissé entendre, il ne faut pas pour autant exclure tous les homosexuels. «Oui, un homosexuel peut croire. Certains sont croyants et ont leur place dans la communauté chrétienne. [...] Mais doit-on afficher constamment son orientation sexuelle? Est-ce que je dois me dire hétéro ou homo?»

Attention aux scientologues

Dans un tout autre ordre d'idées, le prélat a prié les catholiques de la région de Québec de faire preuve de «vigilance» devant l'ouverture des locaux de l'Église de la scientologie dans le quartier Saint-Roch. Mgr Ouellet se demande en outre si le gouvernement ne devrait pas clarifier sa définition des religions par rapport aux sectes. Un exercice qui, selon lui, a eu pour conséquence d'exclure la scientologie du territoire belge, par exemple.

Enfin, Marc Ouellet se demande si le gouvernement ne pourrait pas aussi faire quelque chose afin de compenser l'Église pour la hausse des frais d'électricité dans les églises. «Alors qu'elles [les communautés locales] font de la suppléance d'une certaine manière pour maintenir le patrimoine religieux, on leur complique encore plus la vie avec les tarifs d'Hydro-Québec en multipliant par trois les frais dans les églises.»

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