Carnaval de Québec - Des Français complètement givrés

La course de canots sur glace reste un événement phare du Carnaval de Québec. Assez pour attirer des Français!
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger La course de canots sur glace reste un événement phare du Carnaval de Québec. Assez pour attirer des Français!

En visite dans notre blanche contrée, les Français s'étonnent de la quantité de neige au sol, découvrent le sirop d'érable et s'extasient devant le roi de notre faune urbaine, l'écureuil. D'autres vont plutôt au Carnaval de Québec et s'entichent assez du spectacle de canot sur glace pour décider de former une équipe. Et revenir hiver après hiver. Après hiver.

«Ils nous trouvent tarés, et surtout très fous.» C'est ainsi que les proches des quatre Français membres de l'équipe de canot sur glace ont accueilli leur révélation sur leur nouveau passe-temps. «Ils ne comprennent pas du tout notre envie de passer du temps au grand froid, les deux pieds dans l'eau glacée», avoue Didier Voindrot, le capitaine du quintette auquel s'est greffé un québécois pure laine, Frédéric Lecompte, débauché par son beau-père français au nom prédestiné, Bruno Rivière.

Faut leur pardonner, à nos cousins, mais ils ont un peu raison. Il faut une sacrée dose de folie pour traverser l'Atlantique, pendant le mois le plus frisquet de l'année, uniquement pour se lancer tête première sur les cours d'eau embusqués de pics glacés. Pour pratiquer ce sport, l'équipe masculine — et unique union internationale, si on ne compte pas celle de Chicago, que Didier n'a pas croisée depuis deux ans — affirme carburer à la passion. «Ça prend aussi beaucoup de motivation. Moi, j'adore!» avoue un Nicolas Larcher enrhumé au bout du fil.

Car faute de lacs gelés — même si l'hiver a bien mordu la France cette année —, c'est avec un bateau sur roulettes sur un quai rempli de morceaux de bois en guise d'obstacles que le groupe s'entraîne sur les quais de Sète, la ville de Brassens. Leur créativité est loin de s'arrêter là. Le sport est peut-être pratiqué depuis plus d'un siècle au Québec, mais il n'y a toujours pas de rayon «équipement pour canot sur glace» chez Atmosphère.

En attendant, les coureurs revêtent des vêtements de jogging pour conserver la chaleur, enfilent des souliers de rugby trafiqués, sur lesquels ils ont remplacé les crampons par des vis. Après avoir emprunté les jambières de protection à leur sport national, le foot, Didier Voindrot, qui a rejoint les courses de canot sur glace en 2004, expérimente cette année les protections de vélo tout-terrain.

Esprit d'équipe et force mentale

Bien que l'équipement soit important, la technique a son poids dans la quête de la victoire. La semaine dernière, à l'Isle-aux-Coudres, les Français ont décroché la 8e place sur les 16 équipes dans une course difficile. Malgré les épreuves, s'ils reviennent au Québec, la franche camaraderie avec les autres coureurs du réseau apporte une chaleur à ce sport d'hiver qui pèse dans la balance. «Dans le milieu du canot, on est tous amis. La rivalité ne se fait sentir que sur la glace. En France [dans les autres sports d'équipe], les joueurs qui se prennent à la tête ne sont pas rares», dit M Voinderot.

L'équipe est doublement soudée aujourd'hui puisqu'elle en est à sa seconde année avec les mêmes membres. Qui, assure Didier, n'ont rien d'athlètes olympiens. La pratique du mécanicien venait de l'aviron quand il a été formé par une équipe féminine qui l'a prise sous son aile, la première année, tandis que les autres s'entraînent, comme n'importe quel autre sportif. Avoir une force mentale assez solide est aussi un préalable. Voiderot raconte que selon le courant, les courses peuvent durer entre une heure et demie et quatre heures. «Au bassin Louise, la première année où j'étais capitaine, on a mis deux heures à traverser les derniers 500 pieds, pour finalement accoster trois kilomètres plus loin de l'arrivée. Il faut être moralement fort pour ça.»

Comme pour s'enfoncer dans l'eau glaciale jusqu'aux hanches. Éric Boisjoly confirme que la glace n'est pas aussi solide que l'on pourrait imaginer et que les pieds qui s'enfoncent dans le fleuve sont fréquents. C'est pourquoi il importe de ne jamais, au grand jamais, lâcher le canot lorsque les glaces leur bloquent la route. «Vaut mieux entrer dans le bateau que de lâcher le canot, explique Didier. En cours de course, il faut souvent jeter un oeil pour vérifier si tous nos équipiers sont toujours là.»

Chose certaine, alors que les «Frappés du canot», comme ils se nomment sur leur blogue, se préparent pour la course du Carnaval dimanche, Éric Boisjoli, ce mordu de sports extrêmes dans la fin trentaine, réserve déjà sa place dans l'embarcation pour l'hiver prochain. Après tout, plus il y a de fous...