Les Haïtiens de Montréal - Une communauté habituée aux mauvaises nouvelles

La rue Delmas, à Port-au-Prince, a été envahie par les sinistrés.
Photo: Agence Reuters Eduardo Munoz La rue Delmas, à Port-au-Prince, a été envahie par les sinistrés.

On se demande comment les membres de la communauté haïtienne font pour tenir le coup. Qu'il s'agisse de simples citoyens ou de vedettes comme le joueur de hockey Georges Laraque, la quasi-totalité des personnes que nous avons interrogées hier ne parvenaient pas à contacter leurs amis et leurs parents dans l'île antillaise où la terre a tremblé mardi.

Dans les commerces, les restaurants et les salons de coiffure du nord-est de la métropole, le personnel et les clients ont les yeux ou à tout le moins les oreilles rivés sur les réseaux d'information continue.

On reste calme, puisqu'on est encore dans l'expectative et qu'on est habitué aux mauvaises nouvelles. Mais les yeux sont humides et les voix, tremblantes.

Un commerçant de la rue Jean-Talon raconte qu'il appelle constamment à Port-au-Prince mais n'arrive à joindre personne. Mardi, il a parlé à un ami dans la capitale haïtienne: «À la dernière seconde, j'ai entendu la phrase: "L'immeuble s'effondre", puis la communication a été coupée. J'ai ensuite réussi à apprendre que ma tante est vivante mais qu'elle n'a plus de maison.»

«On se serre les coudes et on pleure ensemble, poursuit le jeune homme. Ma première réaction a été de dire: "Encore?" Mais Haïti, c'est la misère extrême. Alors, pourquoi?» Un collègue dans la boutique de cosmétiques vient d'apprendre qu'une de ses deux filles qui vivent en Haïti est saine et sauve, mais il reste sans nouvelles de son autre enfant.

«Mes trois enfants et leur mère se trouvent en Haïti. Je n'ai pas encore de nouvelles d'eux, dit Harry Jean-Pierre, employé dans un salon de coiffure situé sur la même artère. Je voudrais bien me rendre là-bas pour aider, mais qui paiera les factures ici? C'est la nature; on ne peut rien y faire et on souffre», soupire-t-il.

À Montréal-Nord, le joueur du Canadien Georges Laraque avait la tête ailleurs lors de l'inauguration de la nouvelle patinoire extérieure réfrigérée financée par Québec en forme et la Fondation des Canadiens pour l'enfance. Comme des milliers d'autres Québécois d'origine haïtienne, il est sans nouvelles des membres de sa famille au lendemain du tremblement de terre que la gouverneure générale Michaëlle Jean a comparé, à juste titre, à l'explosion d'une bombe atomique.

Par une triste coïncidence, Laraque rendait visite à des enfants à l'hôpital Sainte-Justine, mardi soir, lorsqu'il a appris que l'hôpital de Port-au-Prince s'était effondré. «Quand tu entends ça, ça donne un coup. C'était encore plus dur de faire la visite et de l'apprendre en même temps», a-t-il dit. «Ça remet les choses en perspective, a-t-il ajouté. Il y a des choses dans la vie qui sont plus importantes que le sport.»

Laraque, dont les deux parents sont originaires d'Haïti, a offert ses condoléances à la communauté haïtienne. Visiblement touché par cette catastrophe, il a tout de même patiné avec les jeunes et signé des autographes, pour leur plus grand bonheur.

La Maison d'Haïti, située dans le quartier Saint-Michel, a reçu de nombreuses demandes de renseignements de la part de clients et d'habitués, a indiqué Mireille Metellus, directrice des programmes de l'institution. Mais on n'arrivait pas, là non plus, à établir le contact avec Haïti. «Nous aidons surtout au niveau du soutien moral», a expliqué Mme Metellus.

Plusieurs représentants de la communauté haïtienne se sont rencontrés au cours des heures ayant suivi l'annonce du séisme qui a dévasté la région de Port-au-Prince. Au moment de tenir une conférence de presse dans le quartier Saint-Michel, hier matin, des élus et des intervenants du monde associatif issus de cette communauté étaient encore sans nouvelles de certains de leurs proches, mais ils devaient répondre de leur mieux aux innombrables demandes de renseignements de la part de leurs commettants.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 14 janvier 2010 17 h 54

    Le pauvre Vatican

    Hier, lors de son intervention publique, Benoît XVI s'est contenté de demander aux grandes puissances d'aider le peuple haïtien. Comme chef du Vatican, il n'a pas offert un seul peso. Deux chapeaux, deux langages !
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario