L'aide alimentaire à l'heure des souhaits

La crise économique a aiguisé les besoins de première ligne, et le milieu de l’aide alimentaire n’y échappe pas comme en témoignait hier le fort achalandage vu chez Jeunesse au Soleil.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir La crise économique a aiguisé les besoins de première ligne, et le milieu de l’aide alimentaire n’y échappe pas comme en témoignait hier le fort achalandage vu chez Jeunesse au Soleil.

Alors que la distribution des paniers de Noël bat son plein, les banques alimentaires réclament de nouvelles enveloppes auprès des instances publiques pour mieux remplir leur rôle. Une «bourse de denrées» permettrait notamment d'éviter le gaspillage d'aliments en gérant mieux leur collecte et leur distribution.

Le milieu de l'aide alimentaire fait son bilan, et présente ses souhaits et ses résolutions pour bien commencer la nouvelle décennie. Banques alimentaires Québec (BaQ) demande 500 000 $ par année pendant trois ans pour financer des projets structurants. Et Moisson Montréal (MM) pourrait réclamer jusqu'à 2,5 millions de dollars afin de mieux remplir son rôle, a appris Le Devoir. La crise économique a aiguisé les besoins de première ligne et rappelle que le problème de la pauvreté est là pour durer. Ce constat amène différents organismes à mieux s'organiser.

BaQ a profité du don-surprise discrétionnaire de 250 000 $ que lui a fait le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) lundi dernier pour lui demander 1,5 million de dollars en trois ans dès 2010. «Dès janvier, on va s'asseoir pour faire un plan plus détaillé», a indiqué au Devoir Richard Décarie, président-directeur général de BaQ, qui alimente les 18 membres régionaux de Moisson Montréal et 1050 autres organismes plus petits. Ceux-ci desservent 279 000 démunis par mois dans tout le Québec, dont le tiers sont des enfants.

Avec ce financement triennal, BaQ — qui reçoit actuellement 140 000 $ par année du MSSS et fait doubler la mise auprès de ses donateurs — voudrait notamment instaurer une «bourse des denrées», un système informatique qui gérerait l'offre et la demande de produits fournis par les différents joueurs de l'industrie alimentaire.

«Ça mettrait en lien l'ensemble des transformateurs, distributeurs, producteurs [de denrées] avec les organismes d'aide alimentaire, en temps réel», explique M. Décarie.

L'association limiterait ainsi les pertes énormes (parfois jusqu'à 50 % des dons) liées à la logistique complexe du transport, de l'entreposage des denrées périssables, souvent tout près de leur date de péremption.

«Le don de 250 000 $, c'est très bien, mais c'est comme une goutte d'eau dans la mer du besoin. Si on investit dans des mesures structurantes comme la bourse de denrées, on assure pour les vingt prochaines années à tous ces organismes une capacité accrue d'avoir des produits de bonne qualité.»

Richard Décarie est persuadé qu'avec cet investissement triennal, BaQ pourra ensuite fonctionner de manière autonome avec ses donateurs privés.


Effet de levier

De son côté, Moisson Montréal (MM), la plus imposante banque alimentaire du pays, compte réclamer jusqu'à 2,5 millions de plus que les 75 000 $ qu'elle reçoit de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Le soutien de Centraide (500 000 $) et des montants discrétionnaires des ministères (comme les 87 000 $ qui lui reviennent du don-surprise de 250 000 $ à BaQ) bonifient la mise, mais ils sont ponctuels et imprévisibles, une situation intenable pour faire fonctionner un organisme qui gère un budget de trois millions de dollars.

«Soixante-quinze mille dollars, c'est nettement insuffisant; on est toujours en train d'assurer notre propre sécurité financière alors qu'on intervient au niveau de la sécurité alimentaire, il y a comme un paradoxe», dit la directrice de MM, Johanne Théroux, en relevant que les organismes similaires en Ontario fonctionnent avec le double de leur budget pour faire le même travail. «Avec 3 millions, on va chercher une valeur de denrées de 40 millions de dollars, on a un effet de levier extraordinaire. Je pense qu'on a fait nos preuves en termes d'efficacité et de rigueur. On veut se concentrer à chercher des solutions avec les organismes d'aide alimentaire plutôt qu'organiser des tournois de golf.»

D'ici là, MM peut dire «mission accomplie, mais de justesse» pour Noël 2009, alors que les derniers paniers de Noël seront distribués d'ici mercredi. Et ce, malgré une nette diminution des dons de la population (20 %) cette année, conjuguée à l'augmentation des demandes de denrées (24 %).

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