Sport, luxe et confort

 Dans le vestiaire des hommes, la fin de l’allée des douches débouche sur le salon, le bain troubillon, le sauna et le spa. Rythmée par un éclairage graphique et des changements de matériaux à chaque station, l’allée se termine sur la mise en scène d’un paysage de troncs de bouleau rétroéclairé, en hommage à quelques arbres qu’il a fallu sacrifier lors de la transformation du complexe.
Photo: Vittorio Vieira Agence Zoomcrea Dans le vestiaire des hommes, la fin de l’allée des douches débouche sur le salon, le bain troubillon, le sauna et le spa. Rythmée par un éclairage graphique et des changements de matériaux à chaque station, l’allée se termine sur la mise en scène d’un paysage de troncs de bouleau rétroéclairé, en hommage à quelques arbres qu’il a fallu sacrifier lors de la transformation du complexe.

Récemment rénové et restructuré, le Club sportif Le Sanctuaire, rebaptisé Midtown, est un exemple de réussite en matière de transformation architecturale. L'ancien complexe sportif à la fois découpé, hermétique et marqué aux ambiances des années 80 fait place à un nouvel ensemble beaucoup plus contemporain, aérien et ouvert. Le nouveau Midtown de Montréal met en scène la lumière, la matière et les mouvements du corps avec une élégance et une douceur rares. Ici, tout n'est plus que luxe, sport et volupté.

Qu'est-ce que le luxe en architecture aujourd'hui? C'est certainement une question de détails, de richesse d'ambiances, quelque chose associé à l'idée de confort, de bien-être, de facilité dans la compréhension et l'utilisation des espaces. Mais le luxe passe aussi par des choses plus primaires. Avoir un budget suffisant, un délai de chantier généreux et un bon architecte qui s'entend bien avec son client, c'est du luxe aussi!

Or ce miracle s'est produit avec le Midtown de Montréal: l'architecte Dwayne Mac Ewen s'est parfaitement entendu avec le directeur général du club, François Leduc, et les clients du groupe; le budget était plus que généraux, avec ses 8huit millions de dollars, et le chantier s'est étalé sur 34 mois, de façon à laisser le club opérationnel pendant toute la durée des travaux.

Le résultat donne un projet bien pensé et parfaitement exécuté, une oeuvre conçue sur mesure jusque dans les moindres détails pour que la clientèle du club se sente vraiment chez elle. «Le groupe Midtown souhaitait développer sa nouvelle marque de commerce et offrir l'excellence au niveau du service à la clientèle. L'architecture des lieux devait refléter tout ça et prendre en compte les spécificités du club montréalais réputé pour être très chaleureux et ouvert», explique François Leduc.

L'architecte a parfaitement perçu les besoins des utilisateurs en allant créer des espaces de circulation et de vie qui dépassent totalement leur simple fonction, pour devenir de véritables lieux d'échange très perméables les uns envers les autres et beaucoup plus ouverts sur l'extérieur du club. Dans le nouveau Midtown, le bien-être de chacun compte plus que le clinquant, et les échanges sociaux priment sur le paraître...


Projet basé sur l'émotion

Premier complexe de tennis d'intérieur en Amérique du Nord, le Midtown de Chicago a été créé en 1967. Celui de Montréal a vu le jour en 1987 et il possède une atmosphère particulière, très sociable, que les dirigeants souhaitaient mettre en avant lors des transformations. Pour réaliser le projet, ils ont fait appel à Dwayne MacEwen, fondateur du bureau d'architecture DMAC de Chicago. Spécialisé, entre autres, dans les projets d'hôtels et de spas, l'architecte a tout de suite saisi la difficulté du mandat: réussir à apporter fluidité, lumière et transparence dans un édifice très fragmenté, encombré de piliers de béton et s'étalant sur plusieurs niveaux, dont la majeure partie en sous-sol.

Originaire de l'île du Prince-Édouard, Dwayne MacEwen s'est mis dans la peau de celui qui reste coupé de la lumière naturelle et de l'extérieur pendant les longs mois d'hiver. «Nous avons essayé de transformer l'expérience de parcourir des corridors ou de passer du temps dans un vestiaire en quelque chose d'intéressant. Je me suis servi des textures des matériaux et de la lumière comme d'une matière pour sculpter les espaces et les ambiances entre les murs, pour composer l'ensemble comme une symphonie, pour apporter une certaine charge émotionnelle aux lieux et faire naître pour chaque personne qui les fréquente un souvenir indélébile», dit-il.


Dans le non-construit

Il a donc repensé les 180 000 pieds carrés du complexe et revu l'organisation et la circulation de l'ensemble en s'interrogeant sur chaque élément, du plus petit au plus grand, de la poignée de porte au pan de mur en bois d'ipé, s'intéressant à tout ce qui pouvait améliorer l'expérience de l'usager. «Je n'ai pas voulu me contenter de redessiner ou de planifier. Pour moi, l'architecture, c'est ce qui se passe dans le non-construit. J'ai tenté de chorégraphier ce qu'on expérimente dans chaque espace, ces choses que l'on ressent ou que l'on vit sans nécessairement les voir», dit l'architecte.

Ainsi, tel un poète, il a composé un nouveau complexe qui ressemble à une succession de tableaux impressionnistes et où les corridors sont bien plus que de simples couloirs interminables, où les vestiaires vont au-delà de la simple pièce pour se changer... Grâce à un travail remarquable de lumières et de surfaces sculptées, les deux plus grands corridors du projet, celui de l'entrée et celui longeant les terrains de tennis, deviennent des colonnes vertébrales vivantes sur lesquelles les échanges physiques et visuels s'opèrent. Un travail sur la musique et l'odorat vient délicatement peaufiner le tout.


Ouverture sur la nature

Le premier geste de l'architecte a été d'ouvrir l'ensemble du complexe à l'aide d'immenses baies vitrées pour qu'on puisse voir les activités se déroulant dans chaque recoin. Ces nombreuses ouvertures ont donné naissance à des vues perspectives et permis de réunifier ce qui était auparavant coupé. «Le plus bel exemple est celui de la piscine: cerné par deux immenses baies vitrées et encadrées par des colonnes éclairées recouvertes de bois d'ipé, le bassin d'eau offre désormais une vue traversante d'un bout à l'autre du complexe, du corridor de l'entrée jusqu'au coeur de la terrasse à l'extérieur», explique François Leduc.Ce travail sur les ouvertures a changé toute la dynamique du club et apporté une reconnexion à la ville et à la nature qui manquait à l'ensemble.

Pour les espaces situés en sous-sol, l'ouverture sur la nature passe par le choix de matériaux simples et nobles — verre, bois naturels, pierres, céramiques — et par travail de sculpteur effectué sur la lumière... La symbiose des deux donne naissance à des espaces de circulation et de vie où règne une impression de lumière naturelle qui pénètre depuis les parois ou les plafonds pour faire vibrer la texture du bois, de la pierre, et les espaces entre chaque mur. «J'ai voulu apporter l'essence de la nature au coeur du projet, pour que les gens se sentent moins enfermés, pour que leur esprit voyage et que le bien-être s'installe», souligne l'architecte.

La section la plus spectaculaire du projet se trouve du côté du vestiaire des hommes où Dwayne MacEwen a conçu une allée de douches impressionnante, semblable a une allée plantée de structures en tuiles rouillées. Elle abrite d'un coté des lavabos et de l'autre, des douches très spacieuses.

Cette allée «royale», rythmée par un éclairage graphique et des changements de matériaux à chaque station, se termine sur la mise en scène d'un paysage de troncs de bouleau rétroéclairé. C'est un tableau d'une grande beauté, en hommage à quelques arbres qu'il a fallu sacrifier lors de la transformation du complexe. Ces troncs de bouleau, qu'on retrouve à d'autres endroits dans le projet, sont la marque du lieu, une sorte d'empreinte profonde pour le Midtown de Montréal, qui donne un sentiment d'appartenance et d'enracinement à celui qui prend le temps d'observer ce jardin intérieur.

«Le parcours du club se fait désormais avec une fluidité et un plaisir extrêmes», dit une cliente heureuse de fréquenter les nouvelles installations du Midtown... L'architecte a réussi son pari de transformer une structure complexe et sombre en une promenade excitante, rythmé par les images de la terrasse, du café, de la piscine, des terrains de squash ou de tennis.


Raffinement

Le luxe du club réside incontestablement dans le raffinement de ces ambiances, l'expression lumineuse, la chorégraphie des espaces entre eux, qui exprime bien l'esprit du Midtown d'ici: un club accueillant, vivant, sociable, sensible et expressif. Tel un artiste, Dwayne McEwen a su donner vie à des séquences de matières et d'espaces rendus vivants par la lumière qui passe, en travaillant l'architecture comme un sculpteur travaille la pierre: chaque angle, chaque taille compte, le but ultime étant de provoquer des émotions et de faire naître des idées dans la tête des gens. C'est peut-être ça, le luxe de l'architecture.

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Collaboratrice du Devoir

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ww.midtownsanctuaire.com, www.dmacarchitecture.com.

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