Ville, université et entreprise - Le savoir rend la ville dynamique

L’École de technologie supérieure a joué un rôle de levier pour revitaliser le sud-ouest du centre-ville de Montréal depuis 1997.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’École de technologie supérieure a joué un rôle de levier pour revitaliser le sud-ouest du centre-ville de Montréal depuis 1997.

«Lorsqu'on se demande pourquoi certaines villes réussissent mieux que d'autres, on remarque une constance: les villes qui sont les plus dynamiques ont en commun une concentration d'activités de savoir. C'est directement lié à la réussite des villes.» C'est ainsi que Jean-Michel Daclin, adjoint au maire de Lyon chargé du rayonnement international, du tourisme et des affaires européennes, a ouvert le colloque intitulé Ville, université, entreprise: les défis de la créativité et de l'innovation, qui s'est tenu le 1er décembre aux salons de l'hôtel de ville de Lyon.

Plusieurs invités prestigieux ont fait la démonstration de l'utilité d'un lien qui unirait ville, savoir et université. Yves Beauchamp, directeur général de l'École de technologie supérieure (ÉTS), est venu expliquer comment son établissement a joué un rôle de levier pour revitaliser le sud-ouest du centre-ville de Montréal depuis 1997. Laboratoires, résidences, entreprises, projets immobiliers, services de proximité: le quartier s'est complètement reconstruit au fil des ans. «Le succès attire le succès. Encore plus de six milliards de dollars d'investissements sont prévus dans le quartier durant les prochaines années», a indiqué M. Beauchamp, précisant que l'ÉTS construira pour sa part la Maison des étudiants, le Centre d'innovation et d'incubation pour l'industrie et un parc urbain.


Le CHUM: tout baigne!

Il a aussi été question du CHUM. «Ce projet d'envergure internationale aura un effet structurant sur la ville et améliorera la qualité de vie de ses résidants», a indiqué Guy Gélineau, directeur général du Quartier de la santé de Montréal.

Il a expliqué que la construction du nouveau centre hospitalier affilié à la faculté de médecine de l'Université de Montréal remembrera le tissu urbain en attirant dans le secteur différents partenaires et acteurs importants de la santé. «Le Quartier de la santé sera une véritable force réunificatrice et rassembleuse qui transformera la ville de Montréal», a-t-il indiqué. Étonnamment, malgré les nombreux Québécois présents dans la salle, personne n'a fait allusion au feuilleton du CHUM, qui dure depuis 14 ans.

Présent à la rencontre, Christian Paire, nouveau directeur général du CHUM, n'en a pas fait tout un plat. «Dans tout projet majeur, la phase de gestation est la plus difficile et elle est

inévitable. Mais, à un moment donné, il faut trancher. On a besoin de quelqu'un qui porte le projet au Québec. C'est une condition essentielle à sa réussite. J'y vais avec enthousiasme», a-t-il confié au Devoir.


L'Europe: une autre réalité

En Europe, les universités et les centres de recherche se développent bien différemment qu'ils ne le font au Québec. «Sur le Vieux Continent, on est en train de passer d'une logique de bâtiment à une logique de campus. Mais, contrairement à l'Amérique, il n'y a pas beaucoup d'espace pour la construction», a indiqué Jean-François Arrue, conseiller municipal délégué auprès du maire de Lyon et vice-président du Grand Lyon universités et recherche.

Ainsi, pendant qu'à Montréal on construit des campus intégrés à la vie urbaine, en Europe, on construit en périphérie.

C'est le cas de l'Université de Liège, en Belgique, dont la majeure partie des activités se déroulent au campus Sart Tilman, à une dizaine de kilomètres du centre-ville. «C'est un campus extrêmement vert, sur une colline, tout près du fleuve», a expliqué le recteur, Bernard Rentier.

Qui dit développement en périphérie dit nécessairement problème de mobilité. «Nous avons développé un service de transport public efficace, mais, tout de même, les défis à relever sont grands en matière de transport», a-t-il ajouté.

L'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a aussi déménagé son campus à Écublens, à quelques kilomètres du centre-ville de Lausanne. L'impact sur la ville a été significatif. «L'université est composée de trois sites et 30 000 personnes y voyagent chaque jour, alors il a fallu construire des lignes de métro pour relier ces sites. C'est vraiment venu restructurer la ville», indique Patrick Aebischer, président de l'EPFL.

Pour satisfaire les besoins des étudiants, des immeubles à logements, des hôtels, une bibliothèque et une extension du centre sportif ont entre autres été construits. De plus, le Rolex Learning Center, un bâtiment dédié à la vie étudiante, à l'architecture futuriste, est en construction actuellement et son inauguration est prévue en 2010.


L'importance de la culture

Mais, pour attirer les activités de savoir, une ville doit également faire quelques efforts en ce qui a trait à la culture. C'est du moins l'avis de M. Arrue. «Il faut aussi développer une vie culturelle à la hauteur des attentes des étudiants, des professeurs et des chercheurs. Les villes doivent construire des théâtres, des salles de spectacles, mais aussi soutenir économiquement les entreprises culturelles pour rendre leurs oeuvres accessibles à la population étudiante», affirme-t-il.

Pour exprimer leur créativité, les artistes doivent aussi avoir accès à des laboratoires bien équipés qui correspondent à leurs besoins, croit pour sa part Simon Brault, président de Culture Montréal et directeur de l'École nationale de théâtre du Canada. Cela peut prendre différentes formes.

«À New York, a-t-il indiqué, on s'est aperçu à un moment donné que les artistes n'avaient plus d'espaces locatifs accessibles, alors que c'est indispensable. En musique, je pense par exemple à Arcade Fire, ce sont des bars, d'anciens clubs sociaux dans lesquels ils ont eu la chance de faire du bruit, qui leur ont permis de se rendre où ils sont aujourd'hui. Tout est une question de contexte, et c'est important de se pencher sur les besoins de nos créateurs.»

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Collaboratrice du Devoir

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