Une nouvelle ville - Que la cohabitation soit

Avez-vous remarqué que sont apparus dans plus d'une rue québécoise ces panneaux où s'inscrivent ces mots: «Corridor scolaire»? Et ils ne seraient que les premiers signes d'une reconquête en cours. Assisterions-nous à la fin d'un règne? Celui de l'automobile-reine?

C'était en banlieue lyonnaise, là où la ligne C3, celle du trolley qui va de la gare Saint-Paul à Vaulx-en-Velin, d'ouest en est, conduit à l'École nationale des travaux publics de l'État, une sorte d'École polytechnique consacrée au génie appliqué à la construction et à l'urbanisme. Et, dans l'amphithéâtre, ils étaient venus de la Suisse, de la France, de la Grande-Bretagne et du Québec pour discourir et présenter des expériences où le mot d'ordre était «Sécurité avant tout».

Si un Marc Blanchet, de la Ville de Montréal, allait élaborer sur les raisons qui font que sa ville est en voie d'implanter une réglementation pour réduire en zone urbaine les limites de vitesse, le tout étant assisté par ces radars que craignent déjà les conducteurs trop véloces, il a été précédé par d'autres qui ont fait état d'une nouvelle démarche en planification urbaine.

Corridors, corridors

Ainsi, Diane-Michèle Potvin, du ministère des Transports du Québec, et Hélène Bourdeau, une ingénieure coordonnatrice en transport et circulation de la Ville de Laval, s'étaient déplacées aux Entretiens Jacques-Cartier pour expliquer le programme québécois qui a permis la mise en place de corridors scolaires. Et plus d'un Québécois qui se serait trouvé dans la salle aurait été surpris d'apprendre que cette initiative lie tout autant transport et éducation que remise en forme des jeunes élèves. Et le ministère de la Santé et des Services sociaux subventionne les aménagements nécessaires à l'implantation de ces corridors, car ils ont pour objet de faire en sorte que les enfants rejoignent l'école à pied ou en vélo, formule souhaitée pour promouvoir l'activité physique.

Si la réalisation d'un tel programme paraît simple, qu'on se détrompe: il faut près d'une année pour évaluer un quartier, consulter parents, enfants et autorités diverses, mettre en place signalisations et autres trottoirs, tout en limitant à l'occasion vitesse et accès. Et dire que chaque enfant aura aussi à tracer son parcours idéal.

Zones multiples

En fait, tout cela n'est qu'un début dans le monde du nouvel urbanisme. Si la Table québécoise de la sécurité routière a accouché de résolutions qui font que vitesse, alcool au volant ou usage du téléphone en voiture sont maintenant plus lourdement pénalisés, ailleurs on repense la relation entre voiture et piéton.

Ainsi, en France, 45 villes ont déjà tracé des secteurs dits «zones de rencontre», des lieux où la vitesse est réduite à 30 km/h, car piétons, automobiles, vélos et autres modes de locomotion ont le droit de partager le même bitume.

Et en Angleterre, comme l'a rapporté Anne Jaluzot, de la Mission interministérielle architecture, urbanisme et cadre de vie, le Cabe, on annule les réalisations antérieures en démolissant les ouvrages qui avaient permis d'ériger des barrières entre les zones piétonne et automobile: le nouvel Oxford Circus à Londres a vu ainsi ses murs de béton «sauter», et l'espace se traverse tant en diagonale qu'en croisé: que le piéton circule en toute liberté! Et ailleurs, les nouveaux aménagements de Kensington High ont permis une chute drastique du nombre des accidents, un souhait du maire «rouge» que fut Ken Livingstone.

Nouveau code

Mais ailleurs, on va encore plus loin. La Belgique, flamande ou wallonne, a ainsi mis à mal son code de la route qui est devenu le Code de la rue. Et c'est plus qu'un jeu de mots, car, comme le disait Isabelle Janssens, de l'Institut belge de sécurité routière, il est là écrit que «chaque usager doit pouvoir se déplacer en toute sécurité». Que les Fangio se le tiennent donc pour dit: la route ne leur appartient plus, car le principe du respect du plus faible prévaut et «Prudence» est le mot d'ordre.

Si tous alors s'entendaient pour dire que convivialité, courtoisie et prudence vont de pair, cela n'est pas encore une réalité québécoise, car ici la route se conquiert plus qu'elle ne se partage et c'est souvent la loi du plus gros et du plus fort qui établit le calendrier des priorités. De lourdes amendes transforment toutefois les habitudes, dirait Marc Blanchet.

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