Le prix du vin et le prix du plaisir - Bacchus devient agrobiologique !

«On est dans un paradoxe, avec un problème de valorisation du travail, même si le consommateur est prêt à payer plus cher.»
Photo: École supérieure de commerce à Dijon «On est dans un paradoxe, avec un problème de valorisation du travail, même si le consommateur est prêt à payer plus cher.»

Gros rouge ou divine bouteille, le vin est un liquide magique. Le colloque intitulé Marchés et prix du vin a passé le jus de vigne au sas de l'analyse et des enjeux du développement durable. Et tant pis pour les mythes autour du précieux pinard.

Joëlle Brouard, de l'École supérieure de commerce à Dijon, a été crue et réaliste: penser le prix du vin, c'est chercher comment faire payer deux dollars de plus par bouteille. Une réflexion sans cynisme, puisque plusieurs vignerons tirent le diable par la queue. «Les entreprises sont dans une situation financière très délicate», a-t-elle rappelé en entrevue. Les vignerons du sud de la France ont pris d'assaut les supermarchés. Ils sont désespérés, ça leur coûte plus cher aujourd'hui de produire que ce qu'ils arrivent à vendre. Quand vous regardez le prix du vin en vrac en France, à 50 centimes le litre, qu'est-ce que ça paye? On est dans un paradoxe, avec un problème de valorisation du travail, même si le consommateur est prêt à payer plus cher.»

Car, autour des mythiques Pétrus, Musigny et champagne Dom Pérignon, bien loin des vins de table, la rareté et la réputation font exploser le prix. C'est parce qu'en vin, comme le résumait le président du conseil d'administration de l'école d'ingénieurs ISARA-Lyon, Jean Baligand, la règle de marketing des 4 P devient la règle des 5 P. Outre le produit, le prix, le placement et la promotion, s'ajoute ici le facteur plaisir.


Agrobiologie cachée

Alain Bolduc, chef de la direction de la Société des alcools du Québec (SAQ), a abordé les enjeux du développement durable. L'importation du vin demeure la norme au Québec. Le transport, le conditionnement et l'empaquetage prennent alors une grande importance, écologique et économique.

Après avoir cessé la distribution des sacs de plastique, la SAQ cherche à réduire l'emballage et le poids au transport, voire à embouteiller au Québec. «Dans la sélection de nos produits, explique l'adjoint au président, en augmentant les points sur les facteurs de développement durable, on influence les vendeurs. C'est à eux ensuite de convaincre les fabricants de bouteilles de produire du verre allégé, par exemple.»

Et la SAQ, déjà un des clients très influents dans le monde, pourrait encore gonfler son poids. «On regarde avec les sociétés des alcools des autres provinces [canadiennes] la faisabilité d'approcher les grands producteurs à dix, afin d'avoir encore plus de force d'achat.»

Côté marketing, le virage écologique est plausible, selon la spécialiste Joëlle Brouard. «Il faut juste être imaginatif et concilier qualité du produit, conditions économiques et environnement. Il faut aussi permettre aux entreprises d'en vivre. Et je parle ici de toute la chaîne, qui doit préserver la qualité, la culture, le patrimoine, les paysages, etc.» Elle donne le contre-exemple du Domaine La Romanée-Conti, une culture biodynamique qui ne se dit pas. «C'est d'abord un grand vin, avec une approche respectueuse» de la vigne et de la terre. Un vin qui n'éprouve aucun besoin de s'afficher agrobiologique.

La résistance du client

Toute la chaîne, jusqu'au client, devra accepter de changer ses habitudes vers celles du développement durable. Et le client n'est pas si souple: le marché a senti sa résistance lors du remplacement du bon vieux liège par des capsules dévissables.

«Il est clair, précise Jean Chouzenoux, conseiller aux Services Signature de la SAQ, que la bouteille de verre demeure encore, et de loin, la préférée du client. On voit les limites de tous les contenants écopratiques. Surtout face à la section agrobiologique, qui connaît un grand succès.» Simple question de formation, de patience et de longueur de temps, selon Mme Brouard. «Est-ce que les gens achètent un moyen ou un résultat? Pour l'instant, ils ont des idées préconçues, parce qu'on n'a pas expliqué l'intérêt des solutions de rechange. Mais l'objectif, c'est d'avoir un vin dans de bonnes conditions.»

Personne n'achète ni le bouchon, ni la bouteille, rappelle-t-elle avec philosophie.

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Collaboratrice du Devoir

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