Art pour tous - Ils et elles sont parmi vous

Espace Pandora, de Venissieux, Culture pour tous, de Montréal, et Médiation culturelle association, de Lyon, poursuivent depuis trois ans une réflexion sur les relations entre l'art, la culture et des publics, de nature et de besoins divers. En 2009, une question: quels territoires pour les acteurs de la médiation culturelle? La réponse: plus complexe qu'on pourrait le croire.

Nous sommes dans une ville sise à proximité de la frontière polonaise. C'est la nouvelle Allemagne. Il y a vingt ans encore, la Stasi contrôlait toujours là les maîtres à penser, et une dernière réflexion possible était de faire un retour sur ce qui avait divisé, et décimé, des populations vouées à vivre une obligatoire cohabitation.

La Fondation Genshagen, par son programme Dialogue artistique et culturel en Europe, qui s'applique à rétablir des ponts, est donc intervenue. Et, dans un ancien château, qui

40 ans auparavant avait été transformé autant en un lieu de services publics qu'en un site pour résidence collective, des «médiateurs» se sont attaqués a établir des «ponts». Dix ans durant, ils ont ainsi fréquenté une population où le bilan d'après-guerre a établi à 50 000 les pertes humaines, qu'elles aient été russes, allemandes ou polonaises. L'outil, pour y parvenir: le dialogue. Les moyens: la rencontre interculturelle

et l'éducation.

En Hongrie, une expérience identique a cours. Laura Toth est anthropologue. S'inspirant d'expériences françaises, cette Hongroise intervient sur son territoire d'origine avec des actions qui ont pour objet une «restructuration de l'espace public et symbolique par le recours à la médiation culturelle». Des plasticiens collaborent: par le recyclage, mettant en place un processus d'échange, ils agissent dans l'espace public, ici en établissant un lien physique entre la vieille ville et l'ancienne, elle industrielle, avec parades et sculptures traçant alors un parcours. L'histoire d'hier est ainsi récupérée, transformée en une nouvelle réalité.


Portneuf tissé

Le territoire québécois n'est pas à l'abri d'actions identiques. Éva Quintas est à Lyon pour rendre compte du Tricobus que Culture pour tous a permis de construire dans la région de Portneuf. Ce sont là 500 personnes, originaires de 19 villages de la région, qui ont tricoté un vieil autobus. Cette initiative, inspirée des Convertibles, un concept qui était devenu un événement dans la région lyonnaise, avait un objectif bien défini: si les Journées de la culture, que pilote Culture pour tous, veulent ouvrir l'art et la culture au grand public, ici, «on tricote une place à l'art contemporain dans un territoire rural».

Ailleurs, à Grenoble par exemple, François Veyrunes demande aux danseurs de la Compagnie 47.49 de performer devant un public unique: leurs corps sont ainsi mis en représentation devant des malades dont plus d'un est en phase terminale. Et, à Romans-sur-Isère, les usagers de la bibliothèque sont les auteurs des coups de coeur et autres fiches informatives: Internet relie en direct lecteurs et livres.


Médiateurs ou éducateurs

Mais que sont donc ces agitateurs de l'espace public, qui ont pour titre en France celui de médiateur et qu'on désigne au Québec comme des animateurs culturels, quand aux États-Unis ils sont des facilitators et en Amérique latine des éducateurs populaires?

De métier et de pratique, ils viennent de tous les horizons, et quant à leur mandat, Jean-Marie Lafortune, du département de communication sociale et publique de l'UQAM, l'établit comme «devant changer les rapports sociaux et placer l'environnement au coeur du développement, un développement socioculturel durable». Alors, leur territoire devient sans limites.

Pour un autre, un praticien, ici Thierry Renard, de l'Espace Pandora, ce médiateur est d'abord un passeur, et surtout pas un technocrate, mais un inventeur, qui «fait rencontrer des publics qui jamais ne se rencontrent».

Mais, pour l'avenir de cette pratique, pour assurer la subsistance de ceux et celles qui, dans le monde de l'art et de la culture, sont, pour reprendre le jargon économique, des «valeurs ajoutées», les temps actuels n'annoncent rien de bon, car quel pouvoir, que ce soit au pays d'un Sarkozy ou d'un Harper, aime financer des «agitateurs»?

Ainsi, une spécialiste des enjeux de la communication, Marie-Christine Bordeaux, de l'Université Stendhal, à Grenoble, après avoir affirmé que «la médiation est conflictuelle», s'interrogeait: «La médiation est-elle un mal français?»

Peut-être, mais que ce soit ou non le cas, ce «mal» sévit aussi au Québec. Et un peu partout en Europe.

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