Lutte contre l'itinérance - Québec dépose un plan d'action plutôt qu'une politique d'ensemble

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Québec a levé le voile hier sur son premier plan d'action contre l'itinérance, à peine 40 jours après le dépôt du rapport de la Commission des affaires sociales qui avait fait l'unanimité à l'Assemblée nationale. Un exercice en 70 points, qui suscite de l'espoir, mais aussi beaucoup de frustrations chez ceux qui attendaient bien plus encore.

La ministre déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault, s'était engagée à livrer ses propositions sur l'itinérance «avant les grands froids». Pressée par le temps, elle a dû opter pour un plan d'action en lieu et place de la politique réclamée depuis longtemps. «Le plan est une réponse rapide à un problème qui n'attend pas», a expliqué hier la ministre, qui ne «ferme pas la porte» à la rédaction d'une politique pour autant.

Fruit de la concertation de dix ministères, ce plan reprend les deux tiers des propositions faites par la Commission. Il comprend 70 actions articulées autour de cinq priorités: la prévention, la stabilité résidentielle, l'intervention, la cohabitation dans les lieux publics et la recherche. Un budget de 14 millions a été prévu pour sa mise en place sur une période trois ans.

L'exercice permettra notamment de combler une importante lacune en dressant le portrait de l'itinérance dans 11 villes du Québec. Bien que le phénomène touche une majorité d'hommes, les dernières années ont vu certaines clientèles exploser comme les femmes, les jeunes, les autochtones ou les personnes âgées. Or, aucun chiffre n'a encore permis de détailler cette transformation.

Parmi les autres mesures annoncées, la ministre a confirmé que la Société d'habitation du Québec (SHQ) réserverait 300 unités de son programme Accès-logis aux sans-abri. De la sensibilisation sera également faite auprès du personnel soignant et des corps policiers. Les jeunes auront quant à eux droit à une aide ciblée, que ce soit par l'entremise de divers programmes d'aide à l'insertion, à l'autonomie ou au raccrochage scolaire.

Tous ces énoncés paraissent bien sur papier, «mais en terme d'actions, c'est assez tiède», a fait valoir hier la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'emploi et de solidarité sociale, Monique Richard. Globalement, la députée péquiste trouve ce plan «décevant» pour tous ceux qui attendaient une vraie politique de lutte à l'itinérance. C'est aussi l'avis de son collègue, le député Nicolas Girard. «On espérait un coup de barre, or on donne quelques coups de pinceau à gauche, à droite.»

À Québec solidaire, le plan a été jugé «trop timide». «Les sommes allouées par le gouvernement du Québec sont maigres: 14 millions de dollars. C'est mince, sachant qu'à Montréal seulement, 30 000 personnes sont itinérantes», a insisté la présidente et porte-parole de Québec solidaire, Françoise David. Pas d'accord, a rétorqué la ministre Thériault. «L'argent ne règle pas tout. Le problème qu'on a devant nous n'en est pas seulement un de financement, mais de coordination.»

La plupart des groupes communautaires restent néanmoins sur leur appétit. «Beaucoup de ce que l'on retrouve dans ce plan s'inscrit dans la continuité d'actions déjà existantes ou d'actions ponctuelles qui n'auront pas d'impact à long terme», a déploré le coordonnateur du Réseau solidarité itinérance du Québec (RSIQ), André Trépanier.

Du côté des grands refuges pour hommes, le coeur était plus léger. «Il y a longtemps que nous attendions quelque chose comme cela», a déclaré la directrice générale de La Maison du père, France Desjardins. «Personnellement, je préfère l'action à la politique.»

Même urgence du côté du directeur général de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce. «Hier encore, 300 personnes ont passé la nuit à la mission. Mais j'ai espoir, là on passe à l'action!» Ce qui ne l'empêche pas de rêver d'une vraie politique qui engloberait tous les visages de l'itinérance, y compris celui des femmes, qui sont les grandes oubliées de ce plan, selon Marie-Hélène Houle, directrice générale du Chaînon. «Les mesures destinées aux femmes sont toujours oubliées. Pourtant, c'est une clientèle qui ne cesse de croître.»

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