Homologation des produits de santé naturels - Les retards scandalisent l'opposition

Unis contre l'inertie. Les partis d'opposition ont fait front commun hier pour dénoncer le manque de rigueur du gouvernement fédéral dans sa gestion des produits de santé naturels. Le programme d'homologation de Santé Canada a vu ses budgets exploser dans les dernières années, en plus d'accumuler des retards qui nuisent aujourd'hui à la crédibilité d'un règlement censé pourtant protéger les consommateurs, estiment-ils.

«C'est totalement inacceptable, a indiqué hier Carolyn Bennett, porte-parole libérale en matière de santé. Le gouvernement n'a pas pris ce programme au sérieux, et un changement de cap urgent est à espérer.»

Comme l'a révélé Le Devoir hier, Santé Canada peine en effet à faire face à ses obligations réglementaires en matière de produits de santé naturels. Selon les données obtenues, le ministère ne pourra pas respecter l'échéance du 31 décembre prochain pour terminer l'évaluation des remèdes naturels mis en vente au pays. Dix mille dossiers sont toujours en attente de traitement et, au rythme actuel des choses, 15 ans seraient nécessaires pour en venir à bout.

Pis, depuis l'adoption du Règlement sur les produits de santé naturels en 2004, le budget du programme d'évaluation a grimpé de 172 %, sans pour autant permettre à Ottawa d'atteindre ses objectifs d'assurance qualité en matière de médicaments et de suppléments naturels. Actuellement, 45 millions de dollars ont été engloutis dans l'aventure. Le budget fédéral 2008 a prévu également une enveloppe de 33 millions sur deux ans pour «la mise en place d'une nouvelle approche», a indiqué dans les derniers jours la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq.

«Nous sommes devant un classique de l'administration publique, a commenté hier le leader adjoint du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair. Encore une fois, Ottawa n'a pas eu les moyens de ses ambitions. Le programme a été mal évalué, les retards s'accumulent et les coûts gonflent. C'est inexcusable.»

Tout en évoquant une certaine similarité, dans l'esprit, avec le registre fédéral des armes à feu qui a toutefois coûté près d'un milliard de dollars à mettre en place, Thomas Mulcair estime que les écueils rencontrés par ce programme de Santé Canada sont d'autant plus déplorables qu'ils concernent un dossier touchant la «protection et l'information du public», a-t-il ajouté.

Récemment, Ottawa a affirmé être en mesure de traiter rapidement les dossiers en attente. Une échéance administrative a d'ailleurs été fixée au 31 mars prochain, soit trois mois après la cible inscrite dans le règlement. «Il faut être réaliste: c'est une mission impossible», a indiqué Luc Malo, porte-parole du Bloc québécois en matière de santé qui assure garder à l'oeil la mise en place de ce programme et les coûts qui vont y être associés.

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