Intellectuel médiatisé ou islamiste dangereux?

Qui est Tariq Ramadan, l'universitaire suisse d'origine égyptienne qui enseigne aujourd'hui à Oxford? M. Ramadan est un «islamiste», selon Marc Lebuis, fondateur d'un site Internet qui souhaite dénoncer l'islam politique. Mais il est un «intellectuel reconnu», selon Présence musulmane Montréal (PPM), l'organisme qui l'a invité à donner une conférence hier soir à l'Université de Montréal.

Damien Rambeaud se dit agnostique, mais il fait partie des 750 personnes qui ont payé sept dollars pour écouter M. Ramadan. Il souhaite connaître le point de vue de celui-ci sur «les questions de spiritualité». «Je ne pense pas du tout qu'il soit un islamiste», explique cet étudiant.

Mais pas tout le monde n'est de cet avis. «Il veut faire avancer l'islam politique, c'est un danger pour la démocratie», s'indigne M. Lebuis, lors d'une entrevue téléphonique avec Le Devoir. «Il a énormément d'écho», rajoute-t-il.

Au vu des nombreuses personnes refoulées à l'entrée de l'amphithéâtre faute de places, il semble que M. Ramadan a effectivement un écho. M. Lebuis a même acheté une pleine page publicitaire dans Le Devoir pour critiquer les idées de l'intellectuel musulman.

«On ne commence à jeter des pierres sur un arbre que quand celui-ci porte ses fruits», a dit M. Ramadan, en réponse aux critiques. Pendant une heure, il a ainsi parlé sur le thème de «la quête spirituelle», devant un public très attentif.

Il a évoqué les différentes manières de conserver son identité religieuse lorsque l'on vit en «Occident». Il a incité le public à lire, à s'éloigner de temps en en temps des valeurs matérialistes qui nous entourent, mais a aussi prôné la tolérance et le respect.

Mais M. Ramadan n'est pas un intellectuel comme les autres. Il est le petit-fils du fondateur des Frères musulmans, un mouvement d'opposition islamiste très présent en Égypte. Il a aussi pris des positions critiques contre l'homosexualité et il anime une émission sur la chaîne anglophone Press TV, financée entièrement par le gouvernement iranien. M. Ramadan a néanmoins déclaré travailler de manière indépendante à Press TV.

Mais Patrice Brodeur, professeur agrégé spécialiste en islam, pense qu'il faut éviter les raccourcis trop faciles. «Il sait articuler des positions qui sont parfois un défi pour l'Occident, ce n'est pas pour autant que c'est quelqu'un qui est dangereux», note M. Brodeur, lors d'une entrevue au téléphone avec Le Devoir.

«On se nourrit de la pensée de M. Ramadan qu'elle permet de construire des ponts dans un contexte de suspicion envers les musulmans», explique la coordinatrice de PMM, Samia Bouzourène, qui souligne que son organisme est «indépendant».

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