Prix Gérard-Morisset - Hier, comme si c'était aujourd'hui

Marcel Moussette
Photo: Marcel Moussette

Marcel Moussette a entrepris sa carrière d'archéologue en 1968 et, pendant plus de 40 ans, il a utilisé son bagage de connaissances en archéologie pour étudier l'histoire de la culture matérielle des francophones d'Amérique du Nord. Dans une première tranche de vie professionnelle, il a poursuivi ses recherches pour le gouvernement du Canada et, par la suite, il s'est tourné vers une carrière universitaire. Son travail lui vaut de recevoir en 2009 le prix Gérard-Morisset.

Il étudie d'abord en biologie à l'Université Laval, où il obtient un bac dans cette discipline, et n'oeuvre qu'un an dans ce domaine avant de retourner aux études. Mais Marcel Moussette bifurque alors vers l'ethnologie: «Durant cette année-là, j'ai travaillé beaucoup avec les pêcheurs en pêche expérimentale du côté de Grande-Rivière; c'est à ce moment-là que je me suis aperçu qu'il existait toute une tradition autour des pêcheries. Il y a l'acte de prendre le poisson, mais il y a aussi toute la dimension humaine qui l'entoure.» Son entourage l'influence: «J'avais déjà des amis qui étaient passés du côté de l'anthropologie. Je possédais un vif intérêt envers la façon dont les pêcheurs s'adaptaient à leur environnement.»

Au moment de se tourner vers cette science, il est encadré par un tuteur du nom de Paul Tolstoy. Ce professeur et anthropologue réputé devient pour lui une source d'inspiration: «Il est maintenant âgé de près de 80 ans et il est à la veille de prendre sa retraite. À son contact, j'ai découvert que ce qui m'avait intéressé pendant mes études en biologie, c'étaient toutes les questions d'évolution des vivants, c'est-à-dire la dimension historique de la biologie.» Il s'engage dans cette voie de l'anthropologie, qui le conduira vers l'obtention d'une maîtrise. Il publiera en 1979 La Pêche sur le Saint-Laurent, dont il puisera la matière dans ses études en biologie et dans ses travaux au deuxième cycle universitaire.

À peu près au même moment, il se captive pour une science nouvelle et en émergence qui a pris naissance du côté des États-Unis, l'archéologie historique: «C'était lié au développement des lieux historiques où s'étaient installés les premiers colons venus d'Angleterre.»

Le modèle américain est importé au Canada à la fin des années 1960 et transporté du côté du grand projet de Louisbourg, au Cap-Breton, où s'affairent plusieurs archéologues étrangers; Marcel Moussette, qui est à l'emploi de Parc Canada, se joint à eux, en majorité des Américains et des Anglais: «On a effectué une première fouille au fort Beauséjour, après quoi je suis allé à Ottawa, où j'ai passé sept ans. Par la suite, un bureau régional s'est ouvert à Québec. Je m'y suis retrouvé pour cinq autres années et on a mis sur pied le laboratoire destiné à cette région.»

Changement de direction

Marcel Moussette a connu deux tranches de vie professionnelle: la première à l'emploi du fédéral et la deuxième quand il plonge dans le milieu universitaire: «J'ai fait mes classes à Parc Canada; c'est là que j'ai préparé mes terrains, que j'ai mûri mes compétences, qu'on m'a donné des responsabilités et que j'ai pu faire du travail en archives même si je n'avais pas une formation d'historien. Il y a des choses que j'ai apprises dans mon milieu de travail.»

Si, jusque-là, il s'est penché sur les lieux historiques pour effectuer des recherches, il se sert alors de son expérience de travail pour rédiger sa thèse de doctorat en ethnologie à l'Université Laval, tout en continuant à travailler. À la fin de 1981, il obtient le poste de professeur en archéologie historique que Laval a décidé d'ouvrir. M. Moussette vit un profond changement: «J'avais 41 ans à l'époque et je n'avais jamais enseigné auparavant, même si j'avais eu beaucoup de contacts avec les gens de recherche dans les laboratoires de Parc Canada. Je quittais la fonction publique, où tout était orienté vers une recherche appliquée, pour tomber dans un milieu où je pouvais me tourner vers le fondamental. J'ai reçu toute l'énergie dégagée par les rapports avec les étudiants, j'ai dirigé des mémoires et des thèses, j'ai communiqué mes connaissances, etc. Pour moi, cela a été une découverte fantastique qui m'a apporté beaucoup et qui m'a changé. Sur le plan personnel, c'est ce qui m'a le plus marqué dans ma carrière.»

Une réalisation de taille

D'un point de vue professionnel, il fut l'âme et le maître d'oeuvre du chantier-école: «Il existait déjà auparavant, mais il s'agissait de le faire fonctionner de façon systématique et de faire en sorte que ses activités se poursuivent. C'est une réalisation intéressante qui a porté fruit, parce qu'on a formé des étudiants avec beaucoup de compétence et que c'est maintenant reconnu un peu partout. On a mis cela sur pied avec un collègue qui est aussi professeur en archéologie à Laval, Michel Fortin.» Il s'agissait de faire en sorte que les étudiants puissent réellement passer à l'action sur le terrain, même pour être en mesure par la suite de rendre compte des expériences vécues.

Dans ce but, survient un tournant pour Marcel Moussette: «C'est à ce moment-là qu'on a commencé les fouilles sur le site du Palais de l'intendant, qui est encore en exploitation après 25 ans. On est tombé là sur un endroit très riche et très complexe, et moi-même, d'année en année, j'ai dû me tenir à la fine pointe du savoir pour être capable d'interpréter les données, de travailler et de diriger des recherches en vue de la préparation de mémoires.»

Il se souvient de sa première idée en arrivant à Laval, avant d'en arriver au chantier-école et au Palais: «Je voulais travailler beaucoup sur les sites des premiers colons, en raison de la biologie, de l'environnement naturel et de ma thèse de doctorat sur le chauffage domestique que j'avais toujours en tête. En 1987, j'ai commencé un travail de fouilles sur l'île aux Oies, où il y avait un bon potentiel de trouver des premiers habitats de colons. Je me suis rendu là durant dix étés, où je tenais deux chantiers-écoles pendant cette saison.» Il en résultera une monographie préparée par une de ses étudiantes au sujet d'un des sites fouillés, qui paraîtra d'ici quelques semaines.

Il s'intéresse toujours, malgré la retraite venue, à un autre site, celui du Rocher-de-la-Chapelle: «On a là un premier habitat de colons, auquel succèdent deux autres occupations qui montrent bien comment l'évolution se produit.» En plus, il caresse un projet d'envergure, qui consiste en la réalisation d'un ouvrage de synthèse sur l'archéologie de la présence française en Amérique; Marcel Moussette prépare ce livre en collaboration avec un chercheur de l'Université du Sud de l'Alabama.

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Collaborateur du Devoir

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