Le roche papier ciseaux s'émancipe

Un championnat de roche, papier, ciseaux se tiendra à Québec...
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Un championnat de roche, papier, ciseaux se tiendra à Québec...

Québec — Oui, vous avez bien lu, et non, ce n'est pas une blague: la ville de Québec sera l'hôte, le 11 novembre prochain, d'un championnat de roche papier ciseaux. Un événement de plus dans la liste, de plus en plus touffue, des compétitions internationales absurdes.

«Le roche papier ciseaux (RPC) ç'a un côté ridicule, sauf que les gens jouent à ça depuis la nuit des temps», plaide Jean-Sébastien Boufreault («Jean-Seb» pour les intimes) un animateur de radio de Québec dont la station (NRJ) parraine l'événement. «Il y a même des décisions commerciales importantes qui se sont prises à travers le temps à partir du roche papier ciseaux.»

La compétition, qui sera présentée pour la première fois dans la capitale, est organisée en marge du désormais célèbre championnat du monde de la discipline, prévu pour le 14 novembre à Toronto.

L'an dernier, une néophyte du nom de Monica Martinez a remporté le prix de 10 000 $ après avoir rivalisé avec 250 joueurs pendant plus de six heures. Ce qui fait dire à Jean-Seb que «c'est le seul sport qui permet à n'importe qui de devenir, en une soirée, champion du monde et de partir avec 10 000 $ dans ses poches.»

Coiffeuse de son métier, Mme Martinez s'était rendue à l'événement par hasard parce qu'elle connaissait quelqu'un qui travaillait chez Yahoo! L'association de l'entreprise à ce championnat absurde témoigne bien d'une tendance de plus en plus courante en publicité qui pousse des compagnies en quête de jeunes clients à embrasser les nouvelles modes les plus fantasques. «C'est comme Red Bull et la compétition du Crashed Ice, souligne Jean-Seb. Probablement qu'au départ, ceux qui ont eu l'idée d'organiser une course de descente en patins se sont fait dire que ça n'avait pas d'allure.»

Ainsi, dans un communiqué tout ce qu'il y a de plus standard, Yahoo conviait cette semaine vos humbles serviteurs à traiter d'un sport constituant «un moyen amusant et sécuritaire de résoudre les conflits». Un brin cynique, le communiqué précisait qu'avec un prix cette année de 7000 $, «le championnat représent[ait] à lui seul un véritable plan de relance économique».

Pendant ce temps, certains se plaisent à jouer le jeu à fond. Par exemple, sur le site officiel de la Société mondiale du roche papier ciseaux (http://www.worldrps.com/), on nous propose d'acquérir un livre sur la science du roche papier ciseau ou encore de nous familiariser avec les stratégies les plus répandues pour devenir un champion, le principe général étant que, dans la vie comme au hockey, l'important, c'est le mental.

Selon Jean-Seb, qui a découvert le jeu l'an dernier, les hommes et les femmes ont des approches différentes. «Les femmes débutantes vont, dans 70 % des cas, choisir le papier lors de leur premier coup», explique-t-il, en soulignant que «le papier est plus féminin» et «la roche plus masculine». Quant aux ciseaux, qui sont moins populaires, leur rôle est ambigu, ce qui lui fait dire à la blague que c'est «le bisexuel» du jeu. Aux dires de la championne en titre, il s'agit surtout d'anticiper les intentions de son adversaire.

Lors des compétitions, les joueurs sont placés face à face avec, entre les deux, un arbitre en uniforme. Les concurrents jouent trois fois, mais peuvent se rendre en prolongation en cas d'égalité. Les gens qui se connaissent bien, dit-on, ont tendance à recourir aux mêmes stratégies, ce qui peut rendre les parties interminables.

Beaucoup profitent de ces événements pour se costumer et, de toute évidence, le championnat constitue un savant prétexte pour boire beaucoup de bière. On ne s'étonnera pas, dès lors, que la compétition organisée à Québec se tienne dans un bar, nommément l'Ozone. Une centaine de participants sont espérés. Pour s'assurer de leur présence, on leur demande de payer 10 $, les fonds amassés étant destinés à l'Opération Enfant Soleil.

Avis aux intéressés, le RPC a son lot de variantes, et pour compliquer les choses, on ose dans les réseaux non officiels ajouter des éléments supplémentaires, tels le lézard et la bombe nucléaire. Les sites d'amateurs révèlent en outre que les Japonais prisent le jeu en équipes de cinq. Enfin, on a même trouvé le moyen d'ajouter au jeu Spock, le personnage de Star Trek... À l'heure du «tout machine» et des jeux vidéo ultrasophistiqués, voilà du moins la démonstration par l'absurde qu'il peut parfois suffire d'un rien pour nous distraire.

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