De droit de vote à électeurs conscrits

Faudrait-il rendre le vote obligatoire? Est-ce que le gouvernement devrait forcer les gens à aller aux urnes, faute de quoi ils recevraient des amendes? La question se pose à la lumière du désastreux taux de participation aux élections municipales de la fin de semaine.

Dans tout le Québec, le taux de participation a atteint environ 45 %, soit le même qu'en 2005. À Montréal, la barre des 40 % n'a pas été franchie. Pourtant, le directeur général des élections du Québec a investi près d'un million de dollars en publicité pour convaincre les citoyens de se rendre aux urnes. De plus, les médias ont accordé une place importante aux élections dans les grandes villes, ce qui n'avait pas été le cas en 2005. Malgré tout, l'aiguille n'a pas bougé.

«C'est désolant», tranche Marcel Blanchet, le directeur général des élections du Québec (DGEQ). «On a un beau système démocratique, mais les gens ne l'utilisent pas. On aurait vraiment espéré plus», a-t-il dit au Devoir hier.

Le DGEQ ne baisse pas les bras pour autant. Depuis un an, il a mis en marche une vaste étude pour tenter de cerner le profil de l'électeur qui se rend aux urnes. L'étude tentera aussi de faire la lumière sur les raisons qui incitent les gens à rester à la maison. Le tout sera terminé dans les prochaines semaines. «On n'attend pas des miracles de cette recherche, mais on tente de mieux comprendre la source du problème pour pouvoir s'y attaquer», dit M. Blanchet.

Dans un communiqué de presse, le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, a préféré mettre l'accent sur les quelques villages où le taux de participation a été plus élevé. «Je pense notamment à Shigawake et à Saint-Joseph-de-Ham-Sud où la participation électorale a atteint respectivement 87 % et 86 %», a-t-il affirmé. Soulignons que Ham-Sud renferme 264 électeurs inscrits et Shigawake, 287.

Marie-Claude Prémont, professeure à l'École nationale d'administration publique, estime qu'il faudra prendre le taureau par les cornes. «C'est déprimant. Surtout que c'est difficile d'imaginer une campagne plus énergique et intéressante. Il y a eu beaucoup d'attention médiatique et rien n'a changé. Je crois qu'il faut maintenant penser hors du cadre», dit-elle.

Annie-Marie Gingras, spécialiste en communication politique à l'Université Laval, propose d'instaurer une formation à la vie civique. «En éducation primaire et secondaire, il devrait peut-être y avoir davantage de formation à la vie politique, ne serait-ce qu'expliquer par exemple ce qu'est un député et à quoi il sert. Il ne s'agirait pas de se lancer dans des débats idéologiques, mais bien de proposer une éducation civique, une initiation à la base de notre système de gouvernement.»

Et pourquoi pas le vote obligatoire? Plusieurs pays occidentaux forcent leurs citoyens à aller voter. C'est le cas notamment de la Belgique et de l'Australie. Dans ces deux pays, le taux de participation aux élections est d'ailleurs supérieur à 90 %. En Belgique, par exemple, le gouvernement tire quelques milliers de noms au hasard parmi ceux qui ne se sont pas rendus aux urnes et impose une amende d'une valeur équivalant à une contravention de stationnement. «Je ne sais pas si c'est le meilleur système, mais ça fonctionne», dit Pierre Drouilly, sociologue à l'UQAM et spécialiste du comportement des électeurs.

Le DGEQ, Marcel Blanchet, se dit très au fait de cette pratique, mais doute que ce système puisse être mis en application au Québec. «Je ne suis pas certain que ça passerait [avec succès] le test de la Charte des droits et libertés», dit-il, ajoutant que, politiquement, le gouvernement du Québec n'est probablement pas rendu là.

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