Montréal - L'ONU enquête sur le prétendu profilage racial

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Le profilage racial est dans la mire du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme. Une délégation de l'agence internationale sera à Montréal-Nord aujourd'hui afin de recueillir des informations à ce sujet.

Gay McDougall, experte en droit des minorités pour l'ONU, aurait l'intention d'étudier la question du profilage racial, mais aussi celle de l'impunité dont jouissent les policiers impliqués dans les affaires de morts d'hommes, d'exclusion sociale et de discrimination des minorités dans l'emploi.

Mme McDougall, une sommité en matière de droits des minorités, s'entretiendra aujourd'hui et demain avec les porte-parole des principaux organismes communautaires de Montréal-Nord, avec le président de la Ligue des Noirs, Dan Philips, et avec le directeur du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Fo Nemi. «Nous avons l'intention de lui parler de la discrimination raciale dans l'emploi, du taux de chômage alarmant des minorités et aussi de profilage racial», a confirmé M. Nemi. «Il ne sera pas juste question de racisme, mais aussi de pauvreté et d'exclusion», a-t-il précisé.

La transparence des enquêtes réalisées par des policiers sur leurs collègues, dans les cas de morts d'hommes, est aussi au coeur des préoccupations de M. Niemi et de Dan Philips. «On voit qu'il n'y a pas de recours pour les gens qui sont victimes de la police. Quand les policiers font des enquêtes sur d'autres corps policiers, le résultat est toujours convenu d'avance», estime Dan Philips.

En vertu des pratiques en vigueur, dès qu'un citoyen est abattu par un policier en devoir, l'enquête est transférée à un autre corps policier pour assurer la transparence du processus. C'est ainsi que le Service de police de Montréal (SPVM) enquête sur la Sûreté du Québec, et vice-versa, dans la métropole.

Or, de telles enquêtes débouchent rarement, sinon jamais, sur des accusations criminelles contre les policiers impliqués.

À Montréal, le cas le plus récent implique Fredy Villanueva, abattu de deux balles par le policier Jean-Loup Lapointe en légitime défense selon la thèse officielle. Le policier n'a jamais été accusé dans cette affaire. L'enquête du coroner ad hoc André Perrault, qui se mettra en branle lundi prochain, devrait permettre de faire la pleine lumière sur cette tragédie.

La visite de Mme McDougall s'inscrit dans le travail de mise à jour du bilan du Canada en matière de droits de la personne.

Lors de la publication de son rapport sur le Canada, en 2005, le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme avait jugé sévèrement le SPVM pour sa pratique d'effectuer des arrestations massives, sans discernement, lors de manifestations. Entre 1999 et 2005, quelque 2000 manifestants ont été appréhendés à Montréal, plus que dans n'importe quelle autre ville du pays. La plupart des poursuites ont été abandonnées en cours de route. Les tribunaux ont d'ailleurs fustigé le SPVM dans une série de décisions sur le caractère abusif et disproportionné de ces arrestations.
1 commentaire
  • Claude L'Heureux - Abonné 21 octobre 2009 19 h 36

    Vivement l'enquête de l'ONU

    Ces révélations sont troublantes. Québec semble incapable d'intégrer les immigrants trop nombreux, semble-t-il. Bilinguisme et accomodements déraisonnables ajoutés à cela: vivement l'enquête de l'ONU. Et le jeune Villanueva en fuite tué de deux balles !

    Claude L'Heureux, Québec