La bataille des Plaines se transporte en Angleterre

Québec — Vers 15h aujourd'hui, sur les plaines d'Abraham, après des jours d'intenses polémiques, le Moulin à paroles commencera à faire entendre ses textes. Quelques heures plus tard, on se préparera à la reconstitution de la fameuse bataille... à quelque 5000 km de là, en Angleterre!

En effet, des sociétés historiennes britanniques ont organisé depuis des mois leur «Wolfe Weekend», deux jours de festivités et d'activités pédagogiques pour célébrer le militaire. La fête aura lieu dans la ville qui a vu naître James Wolfe, Westerham, dans le Kent, à 35 kilomètres au sud de Londres. La maison familiale du général a d'ailleurs été baptisée «Quebec House», du nom de sa grande victoire, et sera au coeur des activités. Notamment une exposition intitulée The Making of Britain's First Hero, où est présenté aussi l'original de la fameuse toile The Death of Wolfe, de Benjamin West.

Un campement de soldats en costumes d'époque et vivant comme au XVIIIe siècle — un peu comme celui qui devait s'installer à Québec cet été — accueillera les visiteurs dans la petite ville. Les batailles de Montmorency, aujourd'hui, et des plaines d'Abraham, lundi, seront reconstituées en partie par un peu plus de 100 personnes, a expliqué au Devoir Colin Spicer, responsable de l'organisation, joint sur son cellulaire hier au Fish and Chip Shop local.

M. Spicer a tenu à dire qu'il n'avait rien à voir avec la première tentative de reconstitution, sur les Plaines, celle qui a été annulée par la Commission des champs de bataille en février. «Ça, c'est un problème canadien. Nous sommes en Angleterre et nous formons une toute petite société historique qui n'a aucun caractère politique», répondit-il, un brin exaspéré par notre coup de fil. La preuve, a-t-il souligné, demain matin à 10h30, la cérémonie commémorative soulignera tant la mort de Wolfe que de Montcalm, et les soldats des deux pays qui se sont affrontés ce jour-là.

M. Spicer soutient que certains de ses compatriotes passionnés de batailles anciennes avaient prévu, cet été, se déplacer à Québec pour la grande reconstitution qui devait avoir lieu sur les Plaines. «Ils n'ont pas pu annuler leur billet d'avion. J'en connais qui sont allés quand même et qui ont séjourné à Québec pour le plaisir», a-t-il expliqué.



Un ovni commémoratif

Dans la capitale québécoise, aujourd'hui, c'est par un ovni commémoratif, croisement entre une veillée d'armes, une nuit de la poésie et un happening hippy que quelque 140 lecteurs de tous horizons tenteront d'honorer la devise «Je me souviens». Les textes, dont le Manifeste du Front de libération du Québec (FLQ), seront lus trois fois en 24 heures. La polémique a éclaté lorsque le maire de Québec, Régis Labeaume, a annoncé qu'il n'y participerait pas en raison de la présence de Patrick Bourgeois, du journal Le Québécois. Le gouvernement du Québec, le ministre Sam Hamad en tête, a annoncé par la suite qu'il boycotterait l'événement parce qu'on allait y lire le Manifeste du FLQ et que cela allait «faire l'apologie de la violence».

Des radios de Québec, qui s'étaient en début d'année prononcées pour la reconstitution de la bataille, ont dénoncé ces derniers jours la «grande invasion souverainiste sur les Plaines». Dans une conférence de presse mercredi, un reporter du 93,3 FM a demandé à Pauline Marois s'il fallait lire aussi, lors du Moulin à paroles, la lettre que Denis Lortie avait envoyée à André Arthur, avant que ce dernier ne perpètre son attentat au parlement en 1984. «Ça aussi, ça fait partie de notre histoire», a-t-on entendu. Certains auditeurs ont promis en ondes d'aller perturber l'événement en reprenant les mots que le cinéaste Pierre Falardeau avait choisis pour dénoncer la reconstitution de la bataille des Plaines.

Peu de personnalités étiquetées comme «fédéralistes» seront présentes aujourd'hui sur les Plaines pour cet événement organisé en partie par les auteurs de la chanson Libérez-nous des libéraux, les Loco Locass. L'ancien ministre conservateur Benoît Bouchard sera un des seuls à lire un texte pendant le Moulin à paroles. Plusieurs ont fait remarquer qu'un membre de sa famille a travaillé à l'organisation de l'activité.



Pas de faillite

Sur le plan du financement, il semble que l'alerte sonnée avant-hier ait porté ses fruits. Hier matin, un message signé des Jeunes Patriotes circulait sur Internet: «Comme vous le savez peut-être, le Moulin à paroles [...] a des problèmes financiers. Le gouvernement du Québec tente de bloquer l'événement en lui coupant sa subvention de 20 000 $.» (Biz, de Loco Locass, a comparé ce geste à ceux des gouvernements d'URSS, hier, à Radio-Canada.)

Vers 14h, la metteure en scène Brigitte Haentjens et l'organisateur Pierre-Laval Pineault ont convoqué les médias sur les Plaines pour expliquer qu'il ne manquait plus que de 3000 à 4000 $ et que les contributions du public de 5 à 200 $ affluaient. «C'est remarquable», s'est exclamée Mme Haentjens, qui n'en revenait pas encore de l'intérêt que les gens portaient à un événement de «lecture de textes» s'annonçant somme toute «assez austère et aride».

L'activité a reçu un coup de pouce financier important du Parti québécois, comme l'a révélé Pauline Marois mercredi. Chacun des élus péquistes a versé 300 $ de son fonds discrétionnaire, et Mme Marois a remis 500 $ aux organisateurs. Les députés du Bloc québécois, n'ayant pas de fonds discrétionnaire, ont offert une «aide logistique» a précisé Gilles Duceppe.

Ce dernier lira la déclaration de Robert Bourassa au moment de la mort de l'accord du lac Meech. Quant à Pauline Marois, elle a annoncé hier qu'elle lirait un texte d'Hélène Pedneault. La rumeur voulait pourtant qu'elle se mette en bouche quelques phrases de Pierre Falardeau, lequel ne participera pas au happening, étant très malade.

Le Moulin à paroles sera télévisé en direct au canal Vox aujourd'hui, de 15h à 23h et demain (dimanche) de 9h à 15h. On pourra aussi le suivre sur canoe.ca/moulin.

***

Programme du Westerham Wolfe Weekend:

http://www.westerhamkent.org.uk/pdf/Wolfe_Weekend_leaflet_low.pdf