St. Bridget's Refuge, le refuge oublié

St. Bridget’s Refuge, Montréal, Québec, vers 1896.
Photo: St. Bridget’s Refuge, Montréal, Québec, vers 1896.

Ceinturé des vestiges d'une clôture de fer forgée ayant près de 140 ans d'histoire, le vaste terrain vert situé au pied du grand escalier menant à la basilique Saint-Patrick n'attire plus beaucoup les regards aujourd'hui, sinon ceux des sans-abri. Bien qu'en réalité cet espace leur ait toujours été destiné, il était autrefois beaucoup plus chaleureux puisque s'y trouvait un véritable refuge pour les accueillir.

En 1847, de nombreux immigrants irlandais quittèrent leur pays, alors ravagé par la famine, la maladie et la pauvreté, pour venir s'établir à Montréal. Ce flot de gens comportant une forte majorité de personnes déjà gravement malades, de jeunes filles et de veuves, fut d'abord rassemblé dans des habitations de fortune construites à la hâte dans le quartier Pointe-Saint-Charles.

Dépassées par le nombre croissant de malades, les autorités gouvernementales firent donc appel aux Soeurs Grises, qui s'installèrent en premier lieu dans une maison située sur la ferme Saint-Gabriel, puis, l'année suivante, dans un nouveau local sur la rue Saint-Laurent.

Ne pouvant se désister devant l'ampleur de la tâche lorsque le refuge ferma ses portes faute de ressources, les religieuses hébergèrent par la suite une partie des malades dans divers centres temporaires jusqu'en 1869, année où fut inauguré le St. Bridget's Refuge, comme il était appelé à l'époque.

Construit au coût de 28 978,48 $, à la demande du père Patrick Dowd (pasteur qui marqua l'histoire et de la basilique Saint-Patrick, et de l'aide aux nécessiteux de Montréal), l'immeuble de quatre étages, situé sur la rue de la Gauchetière, devint alors un hospice pour les vieillards pauvres des deux sexes, un asile pour les filles irlandaises sans travail ainsi qu'un lieu où les nécessiteux pouvaient se réfugier. L'aile ouest servit d'ailleurs de refuge de nuit aux sans-abri pendant de nombreuses années. Ceux-ci s'y voyaient offrir, avant leur départ le lendemain, un déjeuner composé de pain et d'un thé chaud.

Rebaptisé sous le nom de Father Dowd Memorial Home en 1928, le refuge fut administré par les Soeurs Grises jusqu'en 1944. Puis, la congrégation s'estimant incapable d'assurer au centre un nombre suffisant de religieuses parlant l'anglais, l'administration passa aux soins des Soeurs de la Providence.

En 1977, il fut décidé par le pasteur et président du conseil d'administration de Saint-Patrick de quitter le bâtiment, devenu désuet, pour un nouvel emplacement situé à Côte-des-Neiges.

Étant vacant à la suite du déménagement de l'oeuvre, l'immeuble fut alors démoli et le terrain utilisé en tant qu'espace de stationnement jusqu'en 1998, année où l'on décida d'aménager les lieux en parc et de déterrer les fondations de pierre de l'ancien refuge.

Réaménagé sous l'inspiration des plans d'origine, créés en 1925 par l'architecte paysagiste Frederick G. Todd, le site n'a toutefois jamais connu le succès escompté. Bien qu'une enseigne commémorative explique en détail l'historique du terrain, cette dernière, plutôt discrète, n'attire pas des masses, et la végétation, qui semble un peu trop sauvage par endroits, fait plutôt fuir les gens, qui ignorent malheureusement à quel point l'endroit est accueillant une fois sa clôture franchie.

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