Héros des mers glacées

Joseph-Elzéar Bernier à bord de l’Arctic sans son uniforme de capitaine.
Photo: Joseph-Elzéar Bernier à bord de l’Arctic sans son uniforme de capitaine.

Le 1er juillet 1909, le capitaine J. E. Bernier installait une plaque sur l'île Melville, dans l'Arctique, pour affirmer la souveraineté canadienne dans le Grand Nord. Retour sur un voyage qui demeure toujours d'actualité.

Tout un personnage que ce Joseph-Elzéar Bernier, le plus célèbre navigateur canadien-français. Né à L'Islet en 1852, capitaine de navire à l'âge de 17 ans (ce qui en ferait le plus jeune capitaine du monde à l'époque), il a commandé plus de 100 navires différents et effectué près de 300 voyages dans le monde.

Capitaine, propriétaire de bateaux, directeur du premier chantier maritime de Lauzon, cet homme plus grand que nature était également obsédé par une idée, celle de conquérir le pôle Nord et d'affirmer la souveraineté du pays sur l'Arctique.

Il n'a jamais atteint le pôle Nord, mais il fut le premier à prendre possession des territoires arctiques au nom du pays, un geste qui demeure d'actualité alors que l'actuel gouvernement continue à vouloir affirmer la souveraineté canadienne sur des terres qui deviennent très convoitées avec la fonte des glaces.

Pour souligner le centenaire de cette expédition, le Musée maritime du Québec, à L'Islet-sur-Mer, entreprendra une série d'événements à compter de samedi, et ce, jusqu'en octobre: conférences, expositions, spectacle théâtral et historique... et même une soirée de musique électronique et de scratch vidéo sur des images du patrimoine maritime!

Mais pour mieux comprendre l'impact du personnage, il faut relire le fort ouvrage qui lui avait été consacré par Marjolaine Saint-Pierre en 2004 aux Éditions du Septentrion.

Car au début du XXe siècle, ce Canadien français était une véritable vedette, qui faisait les manchettes des journaux.

Obsédé par l'idée d'explorer l'Arctique, et fier d'être le premier francophone à le faire, Bernier s'agite de tous bords pendant des années pour mettre en branle son projet: tractations avec le premier ministre Wilfrid Laurier qui ne veut pas le subventionner, campagne de financement à laquelle participent tous les curés des paroisses catholiques du Québec, bref il finit par obtenir les autorisations nécessaires pour partir.

Alors qu'il est dans la cinquantaine, il ne mènera pas moins de huit expéditions gouvernementales en Arctique, avec plusieurs scientifiques à bord, et trois expéditions privées commerciales, où il établit des postes de traite.

Son navire, l'Arctic, est à la voile et à la vapeur. Le capitaine entraîne son corps au froid pendant deux ans, planifie son équilibre nutritionnel, et son équipe étudie avec attention l'habillement des Inuits pour s'en inspirer et survivre dans les grands froids.

À l'époque Bernier est un véritable héros, particulièrement au Québec, accueilli comme tel par la population lorsqu'il revient de ses voyages.

Un héros oublié? C'est la question que veut justement poser le Musée maritime de L'Islet à l'occasion de différents débats. Pour connaître le détail de la programmation des célébrations du 100e anniversaire de cette expédition, il faut aller voir le site Internet du musée au www.mmq.qc.ca.

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À lire également: Marjolaine Saint-Pierre, Joseph-Elzéar Bernier/Capitaine et coureur des mers, Septentrion, 2004.