Colloque sur l'itinérance - La judiciarisation nuit à la lutte contre l'itinérance

Photo prise lors d’une manifestation contre la judiciarisation des itinérants.
Photo: Jacques Nadeau Photo prise lors d’une manifestation contre la judiciarisation des itinérants.

Les forces de l'ordre doivent mettre un frein à la judiciarisation des personnes itinérantes, ont martelé plusieurs acteurs de la lutte contre l'itinérance au Québec qui ont pris part au quatorzième colloque annuel sur l'itinérance organisé par le Collectif de recherche sur l'itinérance, la pauvreté et l'exclusion sociale (CRI) hier à l'UQAM.

La stratégie préconisée par les autorités policières ne fait qu'attiser des tensions, selon eux. Les contraventions aggravent la situation des personnes itinérantes, contribuent à les maintenir dans une situation précaire et engorgent le système judiciaire, ajoutent-ils.

Des personnes itinérantes, dont la plupart sont en situation d'extrême pauvreté, se retrouvent avec une dette pouvant s'élever à plus de 10 000 dollars, qu'ils sont incapables de rembourser. Il faut amnistier ces personnes vulnérables des contraventions qu'ils ont reçues, ont plaidé certains.

«On le sait: les tickets, ça ne donne rien», a admis Isabelle Billette, conseillère en planification au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Ses propos ont été accueillis avec scepticisme par quelques participants au colloque. Le SPVM doit maintenant «assumer ses paroles», a lancé un participant.

Plusieurs voient d'un bon oeil la création d'un poste de procureur désigné aux dossiers des personnes itinérantes à la Cour municipale de Montréal, mais sont convaincus que l'impact de la mesure sera limité.

«Les élus municipaux doivent se doter d'un discours cohérent qui rapproche les citoyens et qui contribue à diminuer les peurs. Ils doivent réviser la réglementation et remettre les compteurs à zéro», indique Bernard St-Jacques, organisateur communautaire au Réseau d'aide pour les personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). Il y a un fossé énorme entre l'approche des groupes communautaires et celle des autorités politiques, policières et juridiques, a-t-il observé. Le RAPSIM a mis sur pied une clinique juridique qui offre aux personnes itinérantes d'étudier leur dossier judiciaire et de les accompagner à la Cour municipale, notamment.

Armées de patience, les 200 personnes qui ont répondu favorablement à l'appel du CRI et qui espèrent le dépôt prochain d'une politique québécoise sur l'itinérance.

En marge des ateliers, plusieurs intervenants ont déploré la décision de l'UQAM d'annuler la tenue de la 13e édition du Festival d'expression de la rue (FER) sur la place Pasteur, située sur la rue Saint-Denis. «Honte à vous, monsieur le recteur Claude Corbo», a lancé Bernard St-Jacques.

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