Rapport sur les rejets toxiques en Amérique du Nord - Les pétrolières albertaines font mal paraître le Canada

L'industrie pétrolière nord-américaine rejetait en 2005 le quart des 5,5 millions de tonnes (Mt) de substances toxiques «déclarées» dans les trois pays de l'ALENA. Les rejets de sulfure d'hydrogène (H2S) de l'industrie canadienne — principalement dus aux transformateurs des sables bitumineux de l'Alberta — représentaient 90 % du volume total, ce qui en fait une des principales sources de rejets toxiques du continent.

C'est ce que révélait hier le 12e rapport de la Commission de coopération environnementale (CCE), qui administre le traité environnemental subsidiaire de l'ALENA. Ce bilan peut d'ailleurs être consulté dans Internet en mode interactif. Il permet d'identifier les entreprises de chaque région et leurs rejets. Cette année, la CCE a mis l'accent sur les rejets des pétrolières, dont on ne connaît du reste pas l'ampleur avec précision, car les contaminants rejetés ne sont pas tous soumis à une déclaration obligatoire, surtout aux États-Unis.

Par exemple, en plus des 1,5 Mt de rejets «déclarés», la CCE établit à partir d'autres banques de données que les entreprises qui extraient, raffinent et transportent des produits pétroliers et gaziers ont rejeté 3,7 Mt de polluants atmosphériques. Les seuls terminaux de stockage en vrac de produits pétroliers et gaziers ont émis pour leur part — et en plus — quelque 7 millions de kilogrammes de substances cancérogènes et toxiques pour le développement et la reproduction des organismes vivants.

Globalement, une trentaine de substances émises par 15 secteurs industriels dans les trois pays représentaient à elles seules 90 % des 5,5 Mt des rejets ou transferts déclarés de substances toxiques. Mais seulement neuf de ces «polluants de tête», selon le terme utilisé dans le rapport, sont soumis à une obligation de déclaration. Le Mexique exige la déclaration des quantités importantes pour 104 substances, le Canada pour 300 et les États-Unis pour 600. Le Chemical Abstract Service des États-Unis estime par contre à 27 millions le nombre des substances chimiques connues sur la planète, dont 239 000 sont réglementées ou visées par un inventaire.

À l'échelle des trois pays, 35 000 établissements sont responsables des rejets «déclarés» de 5,5 Mt, un total auquel il faut ajouter 32 Mt de «polluants atmosphériques courants», en général jugés moins toxiques, attribuables à 80 % aux États-Unis, à 12 % au Canada et à 6 % au Mexique.

Au Canada, six entreprises albertaines d'extraction du pétrole ainsi que de la ville de Calgary se retrouvent dans le peloton des dix plus grands pollueurs du pays. Ce douteux peloton de tête comprend en outre trois entreprises de Colombie-Britannique, dont deux établissements de Duke Energy et la Canadian Natural Resources Ltd. Et c'est la ville de Toronto, au huitième rang, qui complète ce tableau d'honneur...

Montréal suit de près, au 11e rang, en raison, tout comme Toronto d'ailleurs, des rejets de son système d'épuration qui laisse filer au fleuve 6,7 millions de kilogrammes de différentes matières. On peut mesurer l'importance de la pollution des villes quand on sait que huit d'entre elles se retrouvent dans la liste des 25 principales sources de rejets au Canada. La seule entreprise québécoise présente dans ce palmarès est la Stablex de Blainville, qui enfouissait en 2005 dans ses cellules, après neutralisation chimique, quelque 4,6 millions de kilogrammes de déchets dangereux.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada en 2005 atteignaient 747 Mt, soit dix fois moins environ que les 7094 Mt émis par les États-Unis, mais un peu plus que les 643 Mt émis par le Mexique. En 2005, au Canada, 354 établissements industriels ont déclaré 278 Mt de GES.

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