Inquiétudes à l'approche du 1er juillet

Québec — Les groupes de défense des locataires s'inquiètent de nouveau cette année du manque de logements à l'approche du 1er juillet. Une situation jugée particulièrement alarmante pour les familles à faible revenu et les sans-logis de Québec.

Selon les dernières données de la Société canadienne d'hypothèque et de logement (SCHL), le taux d'inoccupation dans les grandes villes québécoises s'éloigne de plus en plus de la cible de 3 % que les groupes de défense des locataires associent à un marché équilibré.

Si ce taux baisse légèrement à Montréal, à 2,7 %, on observe une chute brutale de 4,1 % à 2 % dans la région de Gatineau. Québec supplante quant à elle l'ensemble des 34 autres régions métropolitaines du Canada avec un taux d'inoccupation moyen d'à peine 0,6 %. Un problème qui s'explique paradoxalement par la bonne santé de son économie, explique Nicole Dionne du Bureau d'animation et d'information en logement du Québec métro (BAIL).

«La force économique de la région fait en sorte que la demande de logements est très élevée. Il y a actuellement beaucoup de gens qui viennent à Québec pour des emplois», fait-elle valoir en ajoutant que les familles immigrantes risquent d'être gravement touchées.

À l'inverse, les villes qui subissent durement la crise économique voient leur taux d'inoccupation exploser. C'est le cas par exemple de Windsor, en Ontario, où le taux s'élève à 15,5 %.

Au Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), on souligne que les familles à faible revenu sont les premières victimes de la baisse du taux d'inoccupation. Son porte-parole François Saillant note que, dans le cas des logements de deux chambres et plus, les taux sont de moins de 1 % à Saguenay (0,6 %), à Trois-Rivières (0,5 %) et à Québec (0,4 %). La situation n'est guère plus reluisante dans les villes de taille moyenne. À Val-d'Or et Prévost, il n'y a tout simplement aucun logement disponible dans cette catégorie.

Guerre de chiffres

Comme chaque année, la publication des nouvelles données de la SCHL donne lieu à une véritable guerre de chiffres entre les groupes de défense des locataires et la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), qui défend les intérêts des propriétaires.

Tout en concédant qu'il est difficile de trouver des logements pour «certains locataires dont la capacité financière est réduite», la CORPIQ souligne que les loyers au Québec sont les «deuxièmes moins chers au pays». En effet, le prix moyen d'un appartement de deux chambres s'élève à 1154 $ à Vancouver et à 1093 $ à Toronto, contre 656 $ à Montréal.

La CORPIQ rejette en outre la mesure du taux d'inoccupation et préfère se fier au taux de disponibilité des logements qui comprend, en plus des logements vacants, ceux dont les baux n'avaient pas encore été renouvelés lors de l'enquête en avril. Le taux de disponibilité moyen au Québec s'élève à 5,3 %, soit plus de deux fois le taux

d'inoccupation, mais, de l'avis des associations de locataires, la mesure comprend à tort des logements qui ont déjà trouvé preneurs.

Quoi qu'il en soit, propriétaires et locataires s'entendent sur une chose: le gouvernement doit offrir aux plus démunis davantage de suppléments au loyer. Au cabinet de la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, on nous indique que la Société d'habitation du Québec était en train d'évaluer la nécessité d'un tel ajout et que «personne ne serait laissé dans la rue».

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