La disparition du vol AF447 d'Air France - Mystère au-dessus de l'Atlantique

C’est un appareil de ce type qui a disparu au-dessus de l’Atlantique, hier, avec 228 personnes à bord.
Photo: Agence Reuters C’est un appareil de ce type qui a disparu au-dessus de l’Atlantique, hier, avec 228 personnes à bord.

Le vol AF447 d'Air France a disparu des écrans radars trois heures et demie après son décollage de Rio de Janeiro, au-dessus de l'Atlantique, à 350 kilomètres des côtes brésiliennes. Les contrôles aériens civils brésilien, africain, espagnol et français ont tenté en vain d'établir le contact avec le vol AF447. La compagnie évoque une catastrophe aérienne.

Personne ne sait ce qu'il s'est passé à bord du vol d'Air France Rio de Janeiro-Paris dans la nuit de dimanche à hier, avec 228 personnes à bord, mais deux certitudes se dégagent chez les experts: les chances de retrouver des survivants sont infimes, et il serait très peu probable qu'un éclair soit la cause de l'accident, contrairement à ce qu'a laissé penser Air France, hier.

Une panne de circuit électrique ayant été signalée à bord de l'avion lors d'un violent orage, Air France n'excluait pas que l'appareil, un Airbus A330-200, ait pu être foudroyé. Éric David est pilote chez Air Canada, et son avion a déjà été touché par la foudre, il y a 20 ans, alors qu'il travaillait pour Nordair sur un vol entre Toronto et Montréal. «La foudre, ça ne fait pas grand-chose. Ça fait un éclat de lumière comme un flash de caméra», a expliqué M. David au Devoir.

«Ça dure un dixième de seconde et c'est fini, ce n'est pas comme à Hollywood. Il n'y a pas eu de dommages aux instruments.» M. David a alors simplement noté le phénomène dans le carnet de bord du Boeing 737 qu'il pilotait ce jour-là. Il n'a même pas pris la peine d'informer les passagers de l'éclair, tant l'incident était bénin.

«On évite les orages plus en fonction du givrage, de la grêle et des turbulences. L'éclair, c'est le moindre des dangers dans les orages», explique-t-il.

L'appareil d'Air France a en effet traversé une zone orageuse «avec fortes turbulences à deux heures du matin (heure universelle), soit 4 h heure de Paris», d'après un communiqué de la compagnie française.

«Un message automatique a été reçu à 2 h 14 (4 h 14 heure de Paris) indiquant une panne de circuit électrique», a expliqué Air France dans ce communiqué, hier.

Car si les avions résistent sans problème aux éclairs, il y a certaines formes de turbulences qu'ils doivent contourner à tout prix, tant les masses d'air sont puissantes. C'est ce qu'a expliqué au Devoir Clément Fortin, directeur du département de génie mécanique de l'École polytechnique de Montréal et lui-même ancien pilote au sein des Forces canadiennes. D'après lui, il existe «de grandes zones de turbulences» que les avions doivent repérer et éviter. «Les cumulonimbus, les grands nuages noirs que l'on voit lorsque l'on est au sol, ce sont des zones où l'on ne peut pas pénétrer, même les grands avions de ligne et les avions de chasse les évitent, car il y a de la glace, de la grêle, il y a des turbulences énormes», a expliqué M. Fortin au Devoir. «J'ai été à même de faire le tour de cellules comme ça [...] c'est extrêmement impressionnant et dangereux», reconnaît cet ancien pilote de CF-5.

Passer dans une telle zone peut s'avérer très risqué. «Une des histoires que j'ai entendues, c'est qu'il y a des pilotes canadiens qui sont rentrés dans une cellule comme ça avec leurs avions de chasse et ils ont été obligés de s'éjecter. Le vol était complètement incontrôlable et ils ont passé 30 minutes avec leur parachute à se faire ballotter de haut en bas avant de redescendre au sol», raconte M. Fortin.

Et l'endroit où se serait écrasé l'avion fait partie d'une zone connue pour ses turbulences, selon Henry Margusity, météorologue d'Accuweather, une compagnie américaine de prévisions météorologiques. «Cette zone, c'est là où les vents de l'hémisphère Nord rencontrent les vents de l'hémisphère Sud, et les deux convergent dans ce que l'on appelle la Zone de convergence intertropicale», a expliqué M. Margusity au Devoir. Selon le météorologue, la zone où l'avion était recherché connaissait de fortes tempêtes tropicales dimanche soir. Il aurait donc été très difficile pour le pilote d'éviter ces turbulences. Mais M. Margusity affirme qu'il n'a pas vu la présence d'éclairs dans cette zone, dans les données qu'il a analysées.

Il ne connaît pas la cause de l'accident, mais l'hypothèse de l'éclair lui paraît peu probable. «Quelque chose de catastrophique est arrivé à bord de cet avion, un avion qui est à 35 000 pieds du sol ne peut tomber du ciel comme ça. C'est difficile de croire qu'un éclair peut terrasser un Airbus tout neuf. C'est un avion moderne», constate-t-il. L'avion, mis en service le 18 avril 2005, totalisait 18 870 heures de vol. Sa dernière visite d'entretien en hangar datait du 16 avril 2009.

Seul un examen approfondi des boîtes noires, des débris de l'appareil, mais aussi des dépouilles des passagers, permettra d'en savoir un peu plus sur cette mystérieuse catastrophe aérienne, d'après Wagdi George Habashi, professeur au département de génie mécanique de l'Université McGill et spécialiste des accidents aériens. Il a notamment été consulté pour l'enquête sur le crash de l'avion supersonique Concorde à Paris en 2000. Il refuse de faire de conjectures sur les causes de l'accident pour le moment et se dit choqué par ceux qui avancent trop vite des hypothèses.

«Il faudrait trouver des morceaux de l'avion pour savoir comment ça c'est passé. On peut toujours juger par les pièces que l'on retrouve. Est-ce qu'il a éclaté en vol? Est-ce qu'il est descendu à pic? Est-ce qu'il a essayé d'atterrir sur l'eau? Tout ça se fait en regardant les débris et aussi, malheureusement, les carcasses humaines», a expliqué M. Habashi au Devoir. En effet, les dépouilles repêchées, selon les séquelles qu'elles présentent, pourraient par exemple permettre de savoir si l'avion a, par exemple, brûlé.

Ce qui est sûr, c'est qu'il y a une série de causes. «Il n'y a jamais, jamais une seule cause. La plupart des accidents sont en fait un concours de circonstances, qui fait que les choses vont mal tout d'un coup. Et parfois, c'est des combinaisons auxquelles on ne peut pas penser», a déclaré M. Habashi.

«L'expérience du pilote qui était dans l'avion était immense, 10 000 heures de vol, c'est incroyable [...], et le copilote aussi avait une très grande expérience. De plus, on parle d'une compagnie d'aviation très, très connue, constate le professeur de génie mécanique. Mais il faudrait attendre d'avoir plus d'éléments», conclut-il.

Avec Reuters
2 commentaires
  • Martin Dufresne - Inscrit 2 juin 2009 02 h 07

    Vol 800 de TWA, abattu au large de Long Island, le 17 juillet 1996

    Un accident similaire, pour lequel on trouve beaucoup d'informations sur le Web.

  • Michel Chayer - Inscrit 2 juin 2009 13 h 09

    @ Martin Dufresne, Dilatation probable du Triangle des Bermudes...

    @ Martin Dufresne

    On pourrait aussi envisager une turpitude des Martiens : à ce sujet, on trouve aussi beaucoup d'informations sur le WEB...