Poursuite de 8,5 millions contre le Canada - Paul Martin a ruiné la réputation de Gagliano, prétend son avocat

Alfonso Gagliano, au centre, réclame 8,5 millions du gouvernement fédéral à la suite de son renvoi comme ambassadeur au Danemark.
Photo: Jacques Nadeau Alfonso Gagliano, au centre, réclame 8,5 millions du gouvernement fédéral à la suite de son renvoi comme ambassadeur au Danemark.

Alfonso Gagliano occupait avec brio son poste d'ambassadeur au Danemark, avant d'être congédié en 2004, un congédiement abusif orchestré par l'ex-premier ministre Paul Martin, dans le strict but de lui faire porter l'odieux de la crise suscitée par le scandale des commandites.

Hier, dans ses remarques finales au juge Kevin Downs, l'avocat de M. Gagliano, Pierre Fournier, a ainsi attribué la véritable responsabilité de la débâcle de son client à Paul Martin. Ce dernier a tiré les ficelles pour mettre un terme à la carrière diplomatique de M. Gagliano; d'ailleurs, il s'est accordé le crédit d'avoir renvoyé M. Gagliano, lors d'une adresse à la nation, le 21 avril 2005, en plein coeur de la tourmente des commandites, a fait valoir Me Fournier.

Nommé ambassadeur au Danemark en janvier 2002, Alfonso Gagliano a été renvoyé en février 2004, peu de temps après que la vérificatrice générale, Sheila Fraser, eut publié un rapport accablant sur la gestion du programme fédéral des commandites. Même si M. Gagliano n'était pas blâmé dans ce rapport (il le sera à l'issue de la commission Gomery), le gouvernement Martin a pris pour prétexte l'enquête de Mme Fraser pour le limoger de son poste d'ambassadeur.

Pourtant, M. Gagliano avait fait l'objet d'une évaluation fort positive l'automne précédant son départ forcé. Le ministère des Affaires étrangères se répandait en louages sur son leadership, sa vision et sa gestion efficace de l'ambassade du Canada au Danemark.

Selon Me Fournier, Alfonso Gagliano a fait l'objet d'un congédiement sans motif valable, ce qui lui donne droit à une indemnisation. L'ex-ministre des Travaux publics réclame 8,5 millions en dommages-intérêts et en pertes de revenus. Selon le témoignage qu'il a rendu mardi, c'est à la suite de ce renvoi que sa réputation a été ruinée. Il a craint pour sa sécurité et celle de sa famille. Son épouse, Ersilia Gidaro, a confirmé dans son témoignage que son politicien déchu de mari se faisait traiter de criminel.

L'avocat du gouvernement fédéral, Jacques Jeansonne, a suggéré dans son contre-interrogatoire que la réputation d'Alfonso Gagliano avait été malmenée tout autant par la couverture du scandale des commandites par les médias que par le commissaire John Gomery, qui était chargé de faire la lumière sur le gaspillage des fonds publics résultant du programme des commandites.

Hier en fin de journée, Me Jeansonne a commencé la présentation de ses arguments finals, faisant valoir que les obligations contractuelles du gouvernement à l'égard d'un ambassadeur ne sont pas aussi élevées que voudrait le faire croire son adversaire. Selon le raisonnement de Me Jeansonne, M. Gagliano devait être traité avec équité, mais à titre de représentant du Canada à l'étranger, son avenir professionnel était lié au bon vouloir du gouvernement.
 
1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 21 mai 2009 08 h 57

    Rafraîchissant et doux...

    Qu'il est rafraîchissant et doux de voir enfin les coupe-gorges du Québec s'entre-tuer, juridiquement parlant...