Rapport de la Vérificatrice générale du Canada - Le Canada a perdu la trace de 36 000 immigrants «illégaux»

Ottawa — La Vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, vient d'apporter de l'eau au moulin dans le débat sur la sécurité des frontières canadiennes en révélant que de plus en plus de personnes non autorisées à rester au Canada se sont évanouies dans la nature et que, de manière générale, les contrôles à l'entrée du pays sont déficients.

Le nombre de ces «illégaux» n'a cessé de croître au cours des six dernières années pour atteindre 36 000, une augmentation que Mme Fraser trouve «inquiétante». «Nous devons être réalistes, concède-t-elle. Cet écart ne sera jamais complètement éliminé. Mais c'est l'augmentation de cet écart qui nous inquiète et le fait que le ministère n'a pas établi quel niveau était acceptable.»

De manière générale, l'évaluation que fait Mme Fraser du travail effectué à la frontière l'inquiète sérieusement. «Le terme perte de contrôle est peut-être un peu exagéré, mais il n'est pas loin de la réalité», a-t-elle dit en conférence de presse.

Ces 36 000 personnes ne se trouvent plus nécessairement en sol canadien. Certaines ont peut-être déjà quitté le pays après l'expiration de leur visa sans en avertir les autorités, mais le gouvernement n'en sait rien puisqu'il n'a pas de système de contrôle à la sortie du pays.

Mme Fraser met par contre en garde ceux qui voudraient utiliser ces chiffres pour justifier de la part des Américains un resserrement des contrôles à la frontière. «Être inadmissible au pays ne veut pas dire nécessairement qu'on représente une menace à la sécurité. [...] Les États-Unis ont aussi des centaines de milliers de personnes qui sont au pays illégalement. C'est un problème auquel tous les pays font face.»

Problèmes à l'entrée

La Vérificatrice note un problème de communication entre les deux catégories d'agents responsables du tri des arrivants aux frontières, soit ceux de l'Agence des douanes et du revenu (qui font toutes les premières vérifications) et ceux d'Immigration et Citoyenneté (qui effectuent d'autres vérifications s'il y a lieu). Il n'existait aucune entente récente entre les deux groupes pour s'assurer que le travail des premiers réponde aux besoins des seconds. Ce n'est qu'à la suite de l'enquête de la Vérificatrice générale qu'une telle entente a été signée.

Autre problème majeur, il n'y a pas d'agents d'immigration à tous les points d'entrée au pays. Seulement 44 sur 272 en sont dotés et aucune analyse n'a été effectuée par le ministère pour déterminer s'il s'agissait de la meilleure répartition.

De plus, les taux de renvoi hors du pays varient d'un point d'entrée à l'autre selon qu'il y a des agents d'immigration (2,56 %) ou non (1,14 %). Cette différence existe aussi d'une région à l'autre. Au Québec, le point d'entrée situé sur la route 223 détenait un taux de renvoi cinq fois plus élevé que celui de la route 221.

«Citoyenneté et Immigration Canada n'analyse pas les taux de renvoi à l'échelle nationale ni à l'échelle régionale, et il n'est donc pas en mesure de déterminer si ces différences sont justifiées», écrit-on.

Il en va de même pour les pourcentages de personnes détenues à leur arrivée au Canada. Les taux varient d'une ville à l'autre, ce qui fait croire à la Vérificatrice générale que la détention n'est pas liée au risque réel mais plutôt à la disponibilité des ressources.

«Nous craignons que l'insuffisance de places de détention disponibles et les budgets serrés n'influencent les décisions touchant la détention.»

De manière générale, le ministre responsable, Denis Coderre, a voulu calmer les esprits en rappelant qu'une panoplie de nouvelles mesures venaient d'être mises en place à son ministère. «On a une nouvelle loi avec de nouveaux outils qui nous permettent d'assumer et d'assurer la vigilance», a dit M. Coderre.