L'affaire Airbus rebondit à la commission Oliphant

Ottawa — Le spectre de l'affaire Airbus est revenu hanter Brian Mulroney hier. Le rapport d'un expert en comptabilité a soulevé bien des questions à propos des liens financiers qui unissent Karlheinz Schreiber et l'ex-premier ministre.

Mais en fin de compte, rien n'a permis de relier M. Mulroney à la vente controversée d'avions Airbus à Air Canada, en 1988, une transaction qui l'a poursuivi pendant des années malgré ses proclamations répétées d'innocence.

Le rapport comptable, rédigé par la firme Navigant Consulting et déposé dans le cadre de l'enquête publique sur les relations d'affaires entre MM. Mulroney et Schreiber, n'a pas non plus permis de trouver de trace écrite des 300 000 $ que M. Schreiber dit avoir versés à M. Mulroney afin qu'il fasse du lobbying pour d'un autre projet, soit la construction de véhicules militaires blindés de conception allemande au Canada. Cela s'explique en bonne partie par le fait que les sommes échangées entre MM. Schreiber et Mulroney l'ont été en argent comptant.

Le rapport montre que l'argent reçu par M. Schreiber pour son rôle d'intermédiaire dans la transaction des Airbus a probablement été versé plus tard dans un compte bancaire suisse au nom de code «Britan».

M. Schreiber a affirmé qu'il avait ensuite retiré du compte Britan 300 000 $ afin de payer M. Mulroney pour ses services de lobbying pour le projet Bear Head en 1993-94. Ce projet prévoyait que la firme allemande Thyssen AG implante une usine au Canada pour y construire des véhicules blindés et les exporter.

Steven Whitla, de Navigant, a déclaré dans son témoignage que bien que la documentation reste incomplète, on pouvait raisonnablement conclure que la majeure partie des sommes contenues dans le compte Britan provenait des commissions reçues par M. Schreiber pour le projet Airbus. M. Whitla a cependant été incapable de remonter la filière financière jusqu'à M. Mulroney. Bien que les montants retirés par M. Schreiber semblent équivaloir aux versements faits à M. Mulroney, les paiements ont toujours été effectués en argent comptant. Il n'est donc pas possible de prouver que l'argent a été remis à M. Mulroney, a précisé M. Whitla.

Richard Wolson, l'avocat en chef de la commission Oliphant, a aussi indiqué que même si l'argent du compte Britan a été utilisé pour payer M. Mulroney, cela ne signifie pas que l'ancien premier ministre savait que cet argent provenait à l'origine de la transaction avec Airbus.

Soupçonné par la GRC de malversations dans le dossier Airbus, M. Mulroney avait intenté une poursuite pour diffamation. Il avait conclu une entente à l'amiable avec Ottawa, avait reçu des excuses publiques de la part du gouvernement canadien et une compensation financière du gouvernement libéral de Jean Chrétien.

À voir en vidéo