L'homosexualité des personnes âgées: briser le mur du silence

Diane Heffernan, coordonnatrice du Réseau des lesbiennes du Québec, et Diane Bordeleau participaient hier à une conférence de presse sur la sensibilisation à l’homosexualité dans les centres d’accueil du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Diane Heffernan, coordonnatrice du Réseau des lesbiennes du Québec, et Diane Bordeleau participaient hier à une conférence de presse sur la sensibilisation à l’homosexualité dans les centres d’accueil du Québec.

L'homosexualité demeure un grand tabou dans les résidences pour personnes âgées. Et le ministère responsable des Aînés au Québec a décidé de les aider à briser le silence.

Un homme âgé n'ose pas poser la photographie de son conjoint sur sa table de chevet, par crainte du jugement de ses pairs. Une femme maquille son passé de lesbienne lorsqu'elle doit partager son repas avec les autres usagers du centre d'accueil où elle vit. Par peur de l'ostracisme ou du harcèlement, les aînés vivant en résidences pour personnes âgées cachent leur homosexualité, ce qui fait d'eux une population vulnérable à l'isolement.

C'est la conclusion à laquelle sont venus deux organismes de soutien aux homosexuels, Gai Écoute et le Réseau des lesbiennes du Québec, au moment de remettre leurs mémoires respectifs à la commission des aînés tenue en 2008.

Dans les faits, le tabou entourant l'homosexualité est tel que les deux organismes n'ont réussi à trouver aucun homosexuel avoué dans les centres d'hébergement pour personnes âgées du Québec. Lorsque le Réseau des lesbiennes du Québec a tenté d'organiser la diffusion d'une vidéo sur le mouvement de sensibilisation à la condition lesbienne dans ces centres d'hébergement, certaines personnes ayant assisté à la diffusion de la vidéo ont été ensuite étiquetées d'homosexuelles et harcelées par des membres de leur milieu. «Le curé avait dit aux résident(e)s de ne pas venir», souligne Diane Heffernan, coordonnatrice du Réseau des lesbiennes du Québec. Et aucun de ces centres d'hébergement n'a accepté d'accueillir la conférence de presse que la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, donnait hier sur la question.

Le ministère voulait tenir l'événement dans un milieu où il y aurait des personnes âgées, expliquait hier la ministre Blais, qui donnait sa conférence au centre Saint-Pierre à Montréal, mais les centres ont décliné l'invitation les uns après les autres, de peur d'être considérés comme étant des centres d'hébergement spécialisés dans les services aux homosexuels.

Dans l'ensemble des services réservés aux personnes âgées, qu'il s'agisse de la Fédération de l'âge d'or du Québec, des centres d'accueil, des facultés de gériatrie ou de l'université du troisième âge, il n'est jamais question d'homosexualité, déplore Laurent McCutcheon, président de Gai Écoute. Pourtant, on estime qu'environ 10 % de la population, tous âges confondus, est homosexuelle.

On sait que l'homosexualité n'a été légalisée au Canada qu'en 1969. La génération actuelle des aînés est donc sans doute encore stigmatisée par cette censure. Aujourd'hui, précise la ministre Blais, ce sont les baby-boomers qui vieillissent. Ils ont vécu dans une société largement libérée de ses tabous et veulent vieillir de la même façon.

De l'aide

Pour répondre aux préoccupations des deux organismes, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a annoncé hier le versement de deux enveloppes destinées à la promotion des projets de sensibilisation du personnel soignant à la réalité des aînés homosexuels. Gai Écoute recevra 400 000 $ sur quatre ans pour produire une trousse d'information sur la question destinée aux intervenants du réseau d'hébergement, de la santé, des soins à domicile, du milieu communautaire et aux aidants naturels. Les membres de l'organisme doivent également monter un site Internet «spécialisé sur la question du vieillissement des personnes aînées lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres». Ces initiatives font partie du projet Pour que vieillir soit gai, visant la démystification de l'homosexualité chez les personnes âgées. Le regroupement des lesbiennes du Québec recevra pour sa part 120 000 $ sur trois ans pour diffuser et animer la vidéo intitulée Portraits de lesbiennes aînées, mettant en scène les expériences respectives de lesbiennes assumées.

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