Bien Malouin qui sait créer

Photo: Jacques Grenier

Il a déjà travaillé pour Droog Design, Tchep et autres géants du design européen. Ses créations intelligentes ont fait un tabac au Salon du meuble de Milan l'an dernier. Table gonflante, fauteuil-tente, chaise-cintre! On n'a pas fini d'entendre parler de l'imagination débridée de Philippe Malouin, jeune designer québécois et star montante du design en Europe.

Pour avoir un aperçu de son talent, à moins de faire un aller simple pour Londres, il faut se rendre ces jours-ci à la Galerie Commissaires, dont l'exposition À quoi ça sert, une nouvelle modernité selon Philippe Malouin présente deux pièces du jeune créateur multi-talentueux, aux côtés d'autres oeuvres de designers mus par le même désir de simplicité et de recherche.

«C'est exceptionnel de voir un jeune Québécois dont les pièces sont retenues pour le Salon de Milan, qui est une véritable institution en Europe. À peine sorti des classes, il a déjà travaillé pour Droog et attiré l'attention des médias en Europe», soutient Pierre Laramée, ex-publicitaire et directeur de Commissaires, qui ne tarit pas d'éloges à l'égard du jeune Malouin.

Dans la petite galerie du boulevard Saint-Laurent, Laramée expose ces jours-ci Grace, une immense table gonflante en forme de clin d'oeil, créée par Malouin et adoptée par l'espace Rosanna Orlandi à Milan, un des lieux cultes du design milanais.

Faite du caoutchouc utilisé pour produire les Zodiacs, Grace se gonfle en un clin d'oeil à la manière d'un canot de sauvetage et se déploie sur quatre pattes amovibles. Une fois dégonflé, le tout peut-être roulé et transporté dans un sac de sport. Autre flash lumineux, la chaise Hanger, qui tient lieu de chaise et de cintre, c'est selon, et dont le crochet permet de la remiser sur une barre à vêtements.

«Le fait d'être Canadien et de passer d'un appartement de 1500 pieds carrés à un autre de 400 pieds carrés à Amsterdam a inspiré tout mon travail sur l'utilisation maximale de l'espace. Le nomadisme, ç'a été mon parcours des dernières années et mon travail le reflète bien!», explique Malouin, rejoint à Londres, cet antre culturel où il a posé l'ancre depuis un an.

Étudiant à Concordia, puis à la faculté d'aménagement de l'Université de Montréal, Malouin fait ensuite un bref stage à l'École nationale supérieure de création industrielle de Paris, ce qui lui permet de créer pour Hermès un curieux prototype de sac qui se transforme en pouf.

Ensuite, il soumet sans trop d'espoir sa candidature à la fameuse Académie de design d'Eindhoven, aux Pays-Bas, alma mater de plusieurs grands noms du design. À l'exposition des finissants, la directrice artistique de l'Académie craque pour ses pièces cocasses et lui déroule le tapis rouge pour le Salon de Milan.

Depuis, tout s'accélère pour Malouin, qui vit à la vitesse grand V. Depuis un an, il a créé un fauteuil-tente pour le géant du meuble italien Campeggi, sa chaise Hanger sera commercialisée d'ici un mois par le fabricant Eurocraft et il prépare une première exposition solo pour la galerie Next Level à Paris.

La maison-phare du design hollandais Droog Design vient de lui commander une série d'objets fonctionnels et de meubles de rangement. Il collabore aussi avec Tom Dixon, directeur artistique chez Habitat. Bref, c'est la folie.

«J'aime bien créer des meubles simples qui facilitent la vie», dit le jeune dandy, qui a attiré l'attention des magazines Wallpaper, Elle et GQ et de plusieurs blogues spécialisés en design.

Qui dit pratique ne veut jamais dire banal chez Malouin. «Tout en ayant des idées très créatives, il incarne un retour au fonctionnalisme et à la sobriété, en opposition à un certain tape-à-l'oeil qui était en vogue ces dernières années», croit Pierre Laramée.

Sa lampe Dervish, un luminaire-ventilateur à vitesse variable, dont les pales souples se mettent à propulser l'air quand la rotation atteint le summum, est un parfait exemple de l'imagination mise au service de la fonction. L'éclair lui est venu après avoir visité un lave-auto avec un copain. Idem pour Ball_point stool, un tabouret aux pattes en forme de stylos-bille géants, qui laissent sur le sol la trace de chacun des mouvements de son usager. Stool pour tabouret, mais aussi pour «rapporteur».

Emporté par ce tourbillon, Malouin ne semble jamais s'arrêter et, comme sa lampe Dervish, donne son meilleur lorsque poussé à pleine vitesse. «Le milieu est très compétitif et il faut toujours arriver avec du nouveau. Je dois dire que je n'ai pas beaucoup dormi depuis cinq ans», affirme celui qui a choisi de vivre en plein coeur de Londres, capitale culturelle en pleine effervescence.

Chez Commissaires, on peut donc voir Grace et Hanger, de même que plusieurs autres pièces de créateurs furtifs (Tomas Alonzo, Oskar Zieta, llot llov, Raw-Edges, Mathias Hahn, Komplot et Samare). À noter, le tabouret fait de deux feuilles de métal gonflé d'Oskar Zieta, Paddle, un banc de métal inspiré des sièges de babiche typiques des canots amérindiens, et les lampes de Serge Mouille, un élève du grand designer Jean Prouvé, qui se déploient sur les murs comme d'immenses araignées.

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- À quoi ça sert - Une nouvelle modernité selon Philippe Malouin, Commissaires, 5226, boulevard Saint-Laurent, Montréal. Jusqu'en juin 2009.

- Voir aussi: http://revver.com/video/698305/philippe-malouin-graduation-design-academy-eindhoven/; http://www.mefeedia.com/entry/tent-sofa-and-bed-by-philippe-malouin/17106386.8

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