Vie religieuse - Les communautés religieuses nouvelles sont celles qui attirent le plus

Les moines trappistes d’Oka, dont le monastère vient d’être transféré à Saint-Jean-de-Matha.
Photo: Jacques Nadeau Les moines trappistes d’Oka, dont le monastère vient d’être transféré à Saint-Jean-de-Matha.

Les communautés religieuses font partie du paysage québécois depuis toujours. En effet, c'est en 1615 que les premiers religieux, quatre récollets, s'installèrent en permanence à Québec, à la demande de Samuel de Champlain. Presque 400 ans plus tard, qu'en est-il des communautés religieuses au Québec?

Selon la Conférence religieuse canadienne, on compterait présentement au Québec environ 14 500 membres de communautés religieuses — y compris les membres québécois en mission à l'étranger — répartis entre quelque 150 communautés différentes. Nous sommes loin de l'âge d'or des communautés religieuses, dont l'apogée se situe à la fin des années 1950. En 1961, par exemple, on dénombrait au Québec 59 558 membres masculins et féminins de communautés religieuses, dont les membres à l'étranger. Mais peut-on parler d'un déclin catastrophique?

«C'est un déclin important, mais il est moins dramatique qu'on pourrait le croire, explique Rick Van Lier, prêtre dominicain et théologien mais aussi historien, sociologue et professeur à l'Institut de pastorale des dominicains, dont les travaux portent sur les communautés religieuses au Québec. Il faut comprendre que la situation d'avant la Révolution tranquille était tout à fait exceptionnelle. Le nombre des membres de communautés religieuses dépassait grandement la norme et le Québec figurait dans le peloton de tête des pays en ce qui concerne la présence de communautés religieuses. Il faut en tenir compte lorsqu'on fait la comparaison. La situation actuelle est plus normale.»

Communautés anciennes

Les communautés anciennes sont les communautés religieuses, comme les dominicains ou les soeurs de la Charité (soeurs grises), dont les racines au Québec remontent loin. Ce sont pour la plupart des communautés vieillissantes dont la moyenne d'âge oscille autour de 70 ans. «Certaines disparaîtront sans doute par simple attrition, d'autres devront changer.»

Elles devront aussi se renouveler, mais à ce sujet la situation est moins noire qu'on pourrait le penser. «Il y a un regain d'intérêt pour les communautés religieuses, même les traditionnelles, et elles arrivent à recruter. Les jeunes sont minoritaires, mais il y en a. On assiste aussi à l'arrivée d'une nouvelle génération, celle des ponts. Ce sont des personnes dans la cinquantaine qui, après s'être mariées, avoir eu des enfants et mené une carrière, choisissent la vie communautaire religieuse. La communauté religieuse offre la possibilité d'une expérience de vie intergénérationnelle au quotidien, ce qui aujourd'hui au Québec est devenu plutôt rare.» De plus, ces communautés religieuses anciennes ont toutes des antennes à l'étranger et une partie du recrutement provient de contrées où la ferveur catholique est plus soutenue, comme en Amérique du Sud.

Communautés nouvelles

Les communautés nouvelles sont celles qui ont été fondées après la Révolution tranquille. «Plusieurs de ces communautés ont été fondées dans les années 1970 et s'inscrivent dans le courant social de l'époque où on vivait un mouvement envers la vie communale.»

On distingue toutefois deux catégories de communautés nouvelles. «Il y a celles dont le fonctionnement s'apparente aux communautés traditionnelles, en ce sens que ce sont des communautés soit masculines, soit féminines, et que tous les membres font voeu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance.» La seconde catégorie offre plus de souplesse. «Ce sont alors des communautés mixtes mais dont tous les membres font les trois voeux. Dans certains cas, on accepte les membres qui sont mariés et qui ont même des enfants.»

Pour le moment, ces communautés nouvelles sont celles qui attirent le plus. «Elles attirent un plus grand nombre de membres et des membres plus jeunes.» En viendront-elles à supplanter les communautés anciennes? «Je suis de ceux qui n'y croient pas. Mon hypothèse est que, d'ici une quinzaine d'années, les membres se partageront également entre les communautés anciennes et les communautés nouvelles.»

La vie religieuse aujourd'hui

«Aujourd'hui, les communautés religieuses ne sont plus obligées d'être des ONG à vocation humanitaire qui devaient suppléer à l'inaction étatique dans des domaines comme l'éducation et la santé, ce qui fut le cas longtemps au Québec.» Libérées de cette tâche, elles peuvent revenir à leur mission principale: offrir à ceux qui en ont envie un milieu de vie religieux. «Une vie religieuse où il est question de la quête de Dieu et de la rencontre personnelle avec le Christ.» La vocation humanitaire n'est pas pour autant écartée. «Les communautés religieuses seront toujours engagées dans les lieux de fragilités et de fractures sociales.»

Selon Rick Van Lier, deux tendances viendront encadrer l'action des communautés religieuses à l'avenir. «Il y a d'abord la quête de sens. La pauvreté de l'heure, c'est un peu le sens de la vie. Les communautés religieuses permettent cette quête de sens, en particulier les communautés monastiques qui, de plus, grâce à leur hôtellerie, le permettent à tous ceux et toutes celles qui veulent réfléchir à la vie.»

La deuxième tendance est celle de l'évangélisation. «Ce sont les communautés religieuses qui peuvent sensibiliser les personnes à la foi et à la théologie en étant des communautés apostoliques.» Il se réjouit même que la catéchèse ne soit plus du ressort de l'école. «Autrefois, nous avions beaucoup de baptisés, mais combien de chrétiens? Cela nous a donné beaucoup de personnes avec une foi en culottes courtes, c'est-à-dire une foi qui n'évoluait pas et qui demeurait infantile. Aujourd'hui, nous assistons à un catholicisme de transition parce que c'est un catholicisme qui est maintenant choisi librement. La sensibilisation à la foi et l'évangélisation se font maintenant auprès de personnes adultes qui souvent se rechristianisent, ce qui vient revitaliser le catholicisme québécois.»

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Collaborateur du Devoir

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