Sanctuaires du Québec - Ils et elles sont d'abord religieux avant d'être des touristes

À l’oratoire Saint-Joseph, situé en pleine métropole, les pèlerins et les touristes religieux sont originaires d’un peu partout dans le monde.
Photo: Pascal Ratthé À l’oratoire Saint-Joseph, situé en pleine métropole, les pèlerins et les touristes religieux sont originaires d’un peu partout dans le monde.

Que ce soit par conviction religieuse ou simplement par intérêt culturel, chaque année, plus de 300 millions de vacanciers à travers le monde font rimer foi et voyage en choisissant d'inclure dans leur itinéraire une destination à caractère spirituel. L'Europe, particulièrement reconnue pour la richesse de ses lieux saints, est certes très populaire, mais le Québec, qui regorge de sanctuaires, n'est pas en reste. Sainte-Anne-de-Beaupré, Notre-Dame-du-Cap et l'oratoire Saint-Joseph attirent chacun des centaines de milliers de fidèles bon an mal an.

Le tourisme religieux demeure globalement difficile à définir, car il regroupe plusieurs types de voyages. En général, on considère que son objectif est la visite de lieux dits sacrés. Toutefois, les motivations qui poussent les vacanciers à choisir un tel voyage sont multiples. Certains le font par désir de pèlerinage ou par conviction religieuse, alors que d'autres agissent par curiosité culturelle ou parce qu'ils souhaitent effectuer une visite approfondie d'une région.

«Pour nous, le touriste religieux vient surtout en groupe organisé et jamais pour une très longue période. Il a des motivations surtout culturelles. Il est plus attiré par l'architecture, la beauté des lieux et l'expérience globale qui semble se vivre ici. Le pèlerin, peu importe d'où il vient, a une démarche affective liée à des besoins spirituels», souligne Jérôme Martineau, responsable des communications au sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap.

Plus de pèlerins que de touristes

Chaque année, près de 500 000 visiteurs se rendent au sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap. La majorité d'entre eux habitent au Québec, mais près de 10 % proviennent de l'Ontario, des Maritimes et des États-Unis et se déplacent généralement en groupes organisés. Parmi cette clientèle annuelle, on estime qu'environ 15 % sont des touristes religieux et que 85 % regroupent des catholiques venus pour prier ou engagés dans une démarche de pèlerinage.

À Sainte-Anne-de-Beaupré, on accueille annuellement près de trois fois plus de visiteurs qu'à Notre-Dame-du-Cap. Selon une enquête réalisée par Léger Marketing pour l'Office du tourisme de Québec, laquelle portait sur les comportements et les profils des clientèles touristiques ayant visité la région de Québec en 2007, 15 % des touristes qui ont visité la région de Québec ont fréquenté le sanctuaire. Près de la moitié d'entre eux venaient de l'extérieur du Québec.

«Cette provenance internationale caractérise la clientèle. Il s'agit d'une grande part puisque seulement 27 % de l'ensemble des touristes qui ont visité la région de Québec en 2007 venaient de l'extérieur», précise Vincent Aubry, con-seiller en développement touristique pour l'Office du tourisme de Québec.

Bien que le nom-bre de visiteurs provenant de l'étranger soit plus élevé à Sainte-Anne-de-Beaupré qu'à Notre-Dame-du-Cap, on constate que les pro-portions respectives des touristes religieux et des pèlerins sont similaires.

«Les groupes organisés qui s'annoncent ici, particulièrement ceux provenant des États-Unis et du reste du Canada, sont presque toujours des pèlerins. Ils ont des motivations vraiment religieuses, ils viennent pour faire un pèlerinage. Les autres viennent surtout parce que la basilique est reconnue», soutient le père Guy Pilote, recteur du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré.

Un profil type

Du côté des sanctuaires québécois, on affirme qu'il est difficile de tracer le portrait des visiteurs. Chose certaine, tous s'entendent pour dire que la majorité des pèlerins et des touristes religieux sont plus âgés que la moyenne de la population.

«Ici, au sanctuaire, on sent le vieillissement de la population qui vient en pèlerinage! On a un nombre assez constant de visiteurs, mais moins de pèlerins qu'avant. C'est à l'image de l'Église québécoise», assure M. Martineau.

Chez ces visiteurs, on note une propension à voyager en groupe. C'est ce que remarque M. Aubry, de l'Office du tourisme de Québec: «Du nombre total de touristes qui ont visité la région de Québec et le sanctuaire en 2007, 16 % d'entre eux sont venus en groupes organisés. Pourtant, seulement 6 % de la totalité des touristes qui ont visité la région de Québec cette année-là sont venus en groupes.»

La situation géographique des sanctuaires semble avoir un impact sur l'origine de la population qui les fréquente. À l'oratoire Saint-Joseph, par exemple, situé en pleine métropole, les pèlerins et les touristes religieux sont originaires d'un peu partout dans le monde.«C'est indéniable, il suffit de se promener un peu ici pour voir que la clientèle est très hétérogène. On reçoit beaucoup de gens de diverses origines culturelles, qu'ils soient catholiques ou non. Ceux qui sont les plus présents sont les Latinos et les Haïtiens», commente le père Jean-Guy Vincent, vice-recteur à la pastorale de l'oratoire Saint-Joseph.

À Sainte-Anne-de-Beaupré, les rédemptoristes reçoivent beaucoup de Canadiens et d'Américains, mais aussi bon nombre de Français, de Mexicains et d'Espagnols, pour ne nommer qu'eux. Situé à Trois-Rivières, à mi-chemin entre les deux grandes métropoles québécoises, Notre-Dame-du-Cap accueille de nombreux Italiens et Haïtiens, en raison de leur attachement traditionnel à la Vierge Marie, figure emblématique du sanctuaire, présume M. Martineau.

Saisonnalité

Comme c'est le cas dans l'industrie du tourisme traditionnel, le tourisme religieux est confronté à la saisonnalité. Si, au Québec, l'achalandage est considérable de mai à octobre dans les sanctuaires, c'est en juin, en juillet et en août qu'on note le plus grand nombre de fréquentations.

À Sainte-Anne-de-Beaupré, par exemple, l'Office du tourisme de Québec a relevé que 71,5 % des touristes ayant fréquenté le sanctuaire en 2007 l'ont fait entre avril et septembre. Du côté de Notre-Dame-du-Cap, l'achalandage n'a pas tari au mois d'août, particulièrement en raison de la neuvaine de l'Assomption. En hiver, par contre, tous les sanctuaires ont signalé une accalmie.

La crise

Selon l'Organisation mondiale du tourisme, le tourisme international a connu une période de croissance de 2004 à 2007. En temps de crise économique, plusieurs craignent que celui-ci ne fléchisse considérablement. Étant donné leur nature, les sanctuaires québécois paraissent peu touchés: «J'ai constaté que beaucoup de gens viennent prier ici pour que la crise économique se règle. Ils sont de plus en plus nombreux à le faire», souligne le père Jean-Guy Vincent. «On sent qu'en ce temps de crise, par besoin spirituel, plusieurs décident de se rendre au sanctuaire plutôt qu'ailleurs, confie le père Guy Pilote. La crise est malheureuse, mais ici, elle rassemble les gens. Je suis ici depuis longtemps et, d'une année à l'autre, je me dis tout le temps: "Je ne sais bien pas s'ils vont revenir!" Surtout dans des périodes comme celle-ci. Puis, ils reviennent toujours... Alors, d'après moi, ça devrait aller!»

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Collaboratrice du Devoir

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